Le BIR sème la terreur à Ekona, les habitants vivent dans la peur
© Camer.be : Onana Nestor | 17 août 2026 00:25:57 | 2677À Ekona, dans la région du Sud-Ouest, la population vit dans une terreur constante face aux exactions du Bataillon d'Intervention Rapide: arrestations arbitraires, disparitions forcées et exécutions sommaires qui ne cessent de s'intensifier.
Ekona n'est plus qu'une ville fantôme où chaque pas peut être le dernier. Les habitants du Muyuka vivent sous la menace constante du Bataillon d'Intervention Rapide (BIR), une unité d'élite de l'armée camerounaise accusée de multiplier les exactions. Une femme arrêtée chez elle, son mari disparu après être allé la réclamer. Deux adolescents abattus dans le dos alors qu'ils rentraient des champs. Des familles qui n'osent plus se rendre à la prison de Kumba de peur d'être à leur tour arrêtées. Bienvenue à Ekona, où la peur est devenue le quotidien.
Le BIR, une unité d'élite au passé trouble
Créé pour lutter contre Boko Haram dans l'extrême-nord du Cameroun, le Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) est une unité d'élite de l'armée camerounaise. Mais depuis le début de la crise anglophone en 2016, ses soldats sont déployés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest pour traquer les combattants séparatistes ambazoniens.
Le bilan est lourd. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté des cas de brutalités excessives, de torture et d'exécutions extrajudiciaires imputables au BIR. Une pratique qui semble s'être intensifiée ces dernières semaines à Ekona.
Ekona, une ville sous le joug militaire
Ekona, localité située dans l'arrondissement de Muyuka, département du Fako, région du Sud-Ouest, est devenue le théâtre d'opérations musclées. Selon un témoin sous couvert d'anonymat, les habitants vivent dans une peur constante.
Le mécanisme est toujours le même : lorsque les séparatistes attaquent les forces gouvernementales, le BIR s'abat sur la population civile, les accusant de cacher ou d'aider leurs agresseurs. Une stratégie de représailles collectives qui transforme chaque civils en cible potentielle.
Une femme arrêtée, son mari disparaît
L'affaire la plus récente remonte à la semaine dernière. Une femme a été arrêtée à son domicile à Ekona et conduite à Kumba. Lorsque son mari s'est rendu à Kumba pour tenter de la faire libérer, il a été à son tour arrêté et détenu. Aucune information n'a été donnée à la famille sur leur sort.
Les familles n'osent plus se rendre à la prison de Kumba pour prendre des nouvelles de leurs proches, craignant d'être à leur tour arrêtées et détenues. Un climat de terreur qui isole les détenus et prive leurs proches de tout recours.
Larry et Ransom : le crime parfait ?
Le vendredi 14 août 2026 restera gravé dans les mémoires. Ce jour-là, Larry et Ransom, deux adolescents, revenaient des champs. Ils se sont arrêtés près d'un ruisseau à Last Town pour se laver les pieds avant de rentrer chez eux.
Ils étaient sans armes. Pas de machettes, rien qui pourrait suggérer qu'ils représentaient une menace pour la sécurité. Des soldats du BIR les ont interpellés et leur ont demandé s'ils étaient des combattants séparatistes ambazoniens. Ils ont nié. On leur a dit de partir.
Alors qu'ils s'éloignaient, ils ont été abattus dans le dos.
Deux adolescents, exécutés sommairement, sans procès, sans preuve, sans pitié.
"Pourquoi le BIR s'en prend-il à Ekona ?"
Personne n'a de réponse. Depuis plusieurs mois, les éléments du BIR multiplient les descentes dans les quartiers de Muyuka et ses environs. Les opérations se succèdent, les arrestations s'enchaînent, les disparitions s'accumulent.
Des organisations de la société civile ont dénoncé de nombreuses arrestations et détentions arbitraires perpétrées par les forces du 3ᵉ détachement du BIR. Mais les dénonciations restent sans suite.
Un passé de violence à Ekona
Ekona n'en est pas à son premier drame. En juin 2023, au moins cinq hommes ont été sommairement exécutés par les forces gouvernementales, selon des vidéos et des témoignages. En septembre 2025, des civils, y compris des enfants, ont été rassemblés par les soldats du BIR et soumis à des traitements dégradants en plein air.
Chaque cycle de violence laisse des cicatrices. Chaque impunité nourrit la suivante.
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