Cameroun, Concours d'entrée dans les Grandes écoles : les jeunes déçus par les admissions à tête chercheuse
© L'Effort Camerounais : Sylvestre Ndoumou | 15 août 2018 15:02:36 | 12683Parmi les fléaux qui poussent les jeunes à l’exil, l’on peut citer les obstacles à franchir pour être admis dans une grande école. Dans les concours administratifs, particulièrement l’entrée à l’Ecole nationale d’administration et de Magistrature, « Des listes de futurs lauréats proviennent généralement des ministres, des cadres du parti au pouvoir, des directeurs généraux, des cadres de la Présidence de la République ».
Voilà ce que nous apprenons d’un fonctionnaire qui s’est confié à nous sous anonymat. En fait, ce n’est pas un secret, mais une réalité qui saute parfois aux yeux, sans que l’on ne soit absolument un analyste de haute dimension. Les frustrations, les déceptions et même les humiliations, voilà le lot quotidien des milliers de jeunes diplômés qui passent des jours et des jours à arpenter les ministères à la recherche d’une annonce, d’un concours.
Au Cameroun, le mérite ne suffit peut-être pas. D’autres considérations, parfois mystérieuses et irrationnelles rentrent aussi en compte dans les concours d’entrée dans les grandes écoles. Tout cela suffit à faire comprendre à ceux qui n’ont pas de parrains solidement enracinés dans les sphères de l’Etat qu’ils n’ont aucune chance de passer, même si de temps en temps, la providence fait qu’une place oubliée revienne à un fils de pauvre dans les concours administratifs.
Pour mieux comprendre ce qui se passe, nous prenons pour exemple le bras de fer qui avait opposé Benjamin Amama alors ministre de la Fonction Publique et de la réforme Administrative à Inoni Ephraïm, Premier ministre à l’époque. En effet, en février 2006, Benjamin Amama ordonne l’annulation des résultats d’un concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) pour le compte de l’année académique 2005/5006. Une décision motivée par le rapport effectué en janvier 2006 par la commission d’enquête et de clarification des conditions d’organisation des concours d’entrée à l’Enam. Alors qu’il tentait ainsi de rattraper la fraude constatée lors de ces examens, Benjamin Amama Amam sera désavoué plus tard par le Premier Ministre. En effet, le 15 février 2006, Jules Doret Ndongo, alors le Secrétaire général des services du Premier ministre, adresse une note à Benjamin Amama Amam, lui demandant de revoir sa décision d’annulation. Les résultats de ces concours furent plus tard validés par le Directeur général de l’Enam de cette année là, Benoît Ndong Soumhet. Un revirement qui n’occulte visiblement pas l’existence de réseau mafieux d’entrée dans les grandes écoles au Cameroun. Il faut comprendre que Benjamin Amama s'était mis à dos de puissants réseaux de corruption gênés par l'impitoyable chasse aux fonctionnaires fictifs à laquelle il s'était livré de 2004 à 2006, en tant que ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Soupçonnant des fraudes et malgré les pressions du chef du gouvernement, il s'était obstiné à refuser de valider les résultats du concours d'entrée à l’ENAM.
Comme on peut le voir, l’admission dans les grandes écoles est une affaire de réseaux, de corruption, d’arnaque. Pour entrer dans les écoles normales supérieures de Yaoundé et Maroua, il faut débourser entre 500 000 francs Cfa et 1.500 000 Fcfa au moins. Pour accéder à l’Enam, il faut avoir un parrain haut placé.
Dans une telle société qui ne garantit pas l’équité et la justice là où elle est possible, comment alors s’étonner que les jeunes cherchent tous à aller voir ailleurs. Dans leur Lettre pastorale sur la corruption, les Evêques du Cameroun avaient tiré la sonnette d’alarme, sur la nécessité de jeter les bases d’une société juste : « La corruption engendre une société injuste qui ne garantit plus l'égalité des droits et des chances pour ses citoyens. Elle crée un climat de suspicion et de méfiance entre les individus, elle les condamne à vivre dans la peur et l'insécurité (…) Notre jeunesse, il faut le répéter, est ainsi de plus en plus convaincue que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité d'user de son pouvoir et de son avoir pour corrompre (…). Ce sont bien sûr les enfants de familles riches qui peuvent acheter les places intéressantes et donner les pots-de-vin nécessaires pour obtenir les diplômes.
Mais quelle est la valeur réelle de tels diplômes, puisqu'en réalité ces fraudeurs n'ont rien appris ni acquis une quelconque compétence? Quel avenir sommes-nous en train de préparer, quelle élite sommes-nous en train de former? Jusqu’au moment où nous allions sous presse, aucune réponse plausible et convaincante n’a encore été donnée à cette question.
Lire aussi
Obala : il tue son patron pour la recette du cacao, la gendarmerie le rattrape
Enquêtes sur la délivrance de la carte nationale d’identité: Shanda Tonme écrit à Mbarga Nguélé
Orange Cameroun et InstrumElec mettent les Orange Digital Centers à l'heure du solaire
Les leaders des associations de défense des Droits de l'Homme réunis à Bruxelles
Christa Pike de retour en prison après son exécution ratée
BTE Engineering Group mise sur les ascenseurs avec une filiale dédiée, BTE Elevators & Mobility
Canton Akwa : Sa Majesté Louis Din Dicka sacré, le trône des Bona’Eleke renoue avec son destin
Louis Din Dika Akwa IV : sacre royal sous haute tension à Douala
Bafia : attaque nocturne contre le receveur municipal à Obala
Enonchong : « Vox237 est un outil, pas un parti »
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
Conseil constitutionnel : le bureau d'Atangana scellé à Yaoundé
« Rip Monsieur le Président » : l'hommage qui est en réalité un réquisitoire
Vision 4 : Sadi ordonne à Canal+ de rétablir la chaîne
MRC : Mengue promet de ne pas troubler le 17 octobre
38 postes de contrôle, 17 pots-de-vin : le corridor en chiffres
il y a un mois
« La France a tout organisé » : la sortie explosive d'Ali Bongo
Indira Baboke dit « oui » à Tamsir en plein concert à Douala
SURESNES – DJ HANS ET RÉGINE : QUAND L’AMOUR CHOISIT LA SOBRIÉTÉ
Bab el-Mandeb : les Houthis contrôlent désormais le détroit
Coupures d'électricité : Zelensky menace de riposter sur Moscou
il y a un an