Oligui Nguema : « Ici, c’est la culture du résultat, pas la paresse »
© Camer.be : Paul Moutila | 07 janv. 2026 02:18:39 | 4537La tolérance zéro est désormais de mise à Libreville. Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a adressé un avertissement sans ambiguïté à son gouvernement : l'ère des discours est révolue, place aux résultats concrets. Lors du premier Conseil des ministres de la Ve République, tenu le 5 janvier 2026, le Chef de l'État a fixé un cadre d'une rigueur inédite, sommant ses ministres de produire des effets mesurables sur le quotidien des Gabonais.
Ce ton martial, résumé par une phrase choc adressée à ses collaborateurs "qu'un ministre paresseux aille au Cameroun, ici c'est la culture du résultat" marque un tournant dans la méthode présidentielle. Élu en avril 2025 avec plus de 90% des voix après avoir dirigé la transition post-coup d'État, Oligui Nguema entre dans la phase d'exécution de ses promesses. Le peuple, a-t-il martelé, "n'attend plus des intentions, des discours ou des annonces sans suite".
La feuille de route est impérative. Chaque ministre a désormais l'obligation de rendre des comptes selon un calendrier strict. Sous trente jours, ils doivent présenter un plan d'action pour les cent premiers jours. Sous soixante jours, ils sont tenus de soumettre un contrat de performance ministériel assorti d'indicateurs clairs et vérifiables. Le Programme National de Croissance et de Développement (PNCD) devient la "boussole exclusive" de l'action gouvernementale, engageant la responsabilité personnelle de chaque membre de l'exécutif.
Cette culture du résultat s'inscrit dans une volonté affichée de rupture avec les pratiques du passé. Le gouvernement travaille depuis plusieurs mois à tracer la voie d'une "excellence administrative", axée sur la performance, l'efficacité budgétaire et la redevabilité. Des réformes structurelles, comme la fusion d'anciens ministères économiques, visent à rationaliser l'action publique. L'objectif est clair : restaurer la crédibilité d'un État souvent perçu comme lent et inefficient.
La pression sur l'équipe gouvernementale est désormais tangible. Le président a précisé que le "temps politique n'est plus celui de l'apprentissage, mais celui de l'exécution". Les ministres sont prévenus : ils seront jugés à l'aune de leur impact sur des problèmes criants comme le coût de la vie, les coupures d'eau et d'électricité, ou la qualité des services publics. Cette exigence de performance immédiate place la barre extrêmement haut pour un exécutif encore récent.
En imposant cette discipline de fer, Brice Oligui Nguema joue un pari risqué. Il mise sur une transformation rapide et visible de l'administration pour consolider sa légitimité et répondre aux attentes d'une population impatiente. Si cette méthode parvient à débloquer des dossiers stagnants, elle pourrait renforcer l'autorité présidentielle. Dans le cas contraire, le risque de défiance et de frustration n'en sera que plus grand.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si ce coup de semonce présidentiel, aussi médiatique soit-il, sera suffisant pour infléchir les lourdeurs bureaucratiques d'un État et produire les changements tangibles que les Gabonais réclament.
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