Congo : 50 000 dollars pour des influenceuses quand les retraités congolais crèvent
© Camer.be : Toto Jacques | 13 mars 2026 17:07:57 | 3669Le scandale ébranle Brazzaville. Des influenceuses ivoiriennes ont perçu jusqu’à 50 000 dollars de l’argent public pour vendre des pizzas en live devant le président Denis Sassou Nguesso. Pendant ce temps, les hôpitaux publics sont en grève et les étudiants congolais réclament leurs bourses impayées.
L’information, confirmée par plusieurs sources internes, révèle que Prissy la Dégameuse et Eudoxie Yao ont été invitées au palais présidentiel. Leur mission consistait à animer des live shows pour promouvoir un plat local, le "Makayabou", sous les applaudissements de l’entourage du chef de l’État. Les transactions, réglées en espèces, oscillent entre 30 et 50 millions de FCFA par prestation.
Ces paiements interviennent dans un contexte social explosif. Au Congo-Brazzaville, les retraités manifestent depuis des mois pour obtenir le versement de leurs pensions. Les facultés sont paralysées par des grèves étudiantes. Les coupures d’eau et d’électricité paralysent quotidiennement l’activité économique.
L’utilisation de l'argent du contribuable congolais pour rémunérer des célébrités étrangères pose la question du détournement de fonds publics. Le régime de Denis Sassou Nguesso, déjà cité dans les Panama Papers et les Pandora Papers, semble avoir institutionnalisé un système de rémunération parallèle de ses soutiens de communication.
Ce mécanisme de captation des ressources répond à une logique électorale. Lors de sa dernière campagne, le président avait déjà eu recours aux services d’Eudoxie Yao pour séduire la jeunesse. Le live, format privilégié par les influenceurs, offre une vitrine décomplexée au pouvoir, loin des contraintes de la presse traditionnelle. L’entourage y voit un moyen de redorer l’image d’un régime marqué par des violences politiques anciennes, notamment le coup d’État de 1997 qui avait fait environ 400 000 victimes.
Les conséquences à court terme sont immédiates. La colère gronde dans les rues de Brazzaville et Pointe-Noire. Les syndicats appellent à une radicalisation du mouvement social. À long terme, cette gestion clientéliste des deniers publics menace la stabilité macroéconomique du pays. Le FMI, qui suit de près les dépenses publiques congolaises, pourrait durcir ses conditions.
Le contraste est saisissant entre le luxe affiché au palais et le dénuement des quartiers populaires. Comment un État peut-il justifier de telles dépenses de communication quand sa population manque du strict minimum ? Cette affaire révèle l’ampleur de l’immoralité politique au sommet de l’État congolais et pose une question simple : jusqu’où le régime ira-t-il pour humilier un peuple qui réclame seulement ses droits ?
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