Un président plus vieux que presque tout son pays : est-ce un problème ?
© Camer.be : Toto Jacques | 14 juin 2026 21:36:23 | 4225En direct sur Canal 2 International, le président du mouvement Jouvence a mis des mots sur un malaise silencieux : celui d'un pays gouverné par des dirigeants dont l'âge dépasse celui de la quasi-totalité de la population.
Il a dit ce que beaucoup pensaient sans jamais oser le formuler à la télévision.
Ce dimanche, sur le plateau de Canal Presse diffusé sur Canal 2 International, Valère Bertrand Bessala n'a pas mâché ses mots. Le président du mouvement Jouvence a lâché une phrase courte, précise, et qui allait faire son chemin sur les réseaux sociaux bien après la fin de l'émission : "Nous avons un sérieux problème."
La raison ? L'âge des dirigeants. Et les chiffres qu'il a avancés, en précisant lui-même être "encore charitable", ont suffi à enflammer le débat.
Le poids des années au sommet de l'État : Jouvence brise un tabou en direct
C'est une émission politique de fin de semaine qui a pris une tout autre dimension. Dimanche, lors de Canal Presse sur Canal 2 International, Valère Bessala, président du mouvement de jeunesse Jouvence, a formulé un diagnostic que peu d'acteurs publics osent exprimer aussi clairement dans l'espace médiatique camerounais.
Sa thèse est simple, mais tranchante : un pays dont le dirigeant est plus âgé que 98 % de sa population, entouré de collaborateurs du même profil générationnel, est structurellement en difficulté. "On est mal barré", a-t-il résumé, avec une économie de mots qui en dit long.
Un constat arithmétique d'abord
Le Cameroun compte plus de 28 millions d'habitants. Sa population est jeune : selon les projections démographiques disponibles, plus de la moitié a moins de 20 ans, et l'immense majorité moins de 50 ans. Le chef de l'État, Paul Biya, né le 13 février 1933, a célébré ses 93 ans cette année. La donnée avancée par Bessala "plus âgé que 98 % de la population" s'appuie sur cette réalité démographique massive.
"Je suis encore charitable", a-t-il précisé sur le plateau, laissant entendre que le chiffre réel pourrait être encore plus élevé.
Au-delà du chiffre, une question de gouvernance
Ce qui interpelle davantage dans la déclaration de Bessala, c'est qu'il ne s'arrête pas à la personne du président. Il élargit le constat à l'ensemble de l'appareil dirigeant : "Ce dernier travaille avec des personnes qui se rapprochent de son âge." C'est là que l'analyse prend une dimension systémique.
La gérontocratie, le gouvernement par les plus âgés est un phénomène documenté dans plusieurs États africains post-indépendances. Ses critiques avancent qu'elle crée un décalage structurel entre les priorités des décideurs et les besoins d'une population majoritairement jeune : emploi, formation, numérique, mobilité, accès aux services.
Jouvence, une voix organisée pour la jeunesse
Le mouvement Jouvence, que préside Bessala, se positionne depuis plusieurs années comme un espace de réflexion et de mobilisation autour du renouvellement générationnel au Cameroun. Sa présence sur un plateau national ce dimanche illustre une tendance : les organisations de jeunesse cherchent de plus en plus à peser dans le débat public institutionnel, au-delà des cercles militants.
La déclaration de leur président n'est pas une attaque personnelle, mais une interpellation politique construite. Elle pose une question de fond : dans quelle mesure un État peut-il projeter une vision à 20 ou 30 ans si ses centres de décision sont déconnectés des générations qui vivront ces années ?
Un débat qui dépasse le Cameroun
La question de l'âge au pouvoir est loin d'être une spécificité camerounaise. Elle a traversé les débats politiques aux États-Unis lors de la dernière élection présidentielle, en France lors des discussions sur le renouvellement des partis, et dans plusieurs pays africains en période de transition. Ce qui distingue le contexte camerounais, c'est l'ampleur du fossé générationnel et la durée exceptionnelle du règne en cours. Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, soit plus de quatre décennies.
Ce que cette phrase révèle
En quelques secondes de direct télévisé, Bessala a cristallisé un sentiment diffus mais puissant au sein de la société camerounaise : celui d'une jeunesse nombreuse, instruite, connectée et pourtant absente des cercles où se prennent les décisions qui la concernent en premier lieu.
La vraie question n'est pas seulement celle de l'âge. C'est celle de la représentativité, de la légitimité générationnelle, et de la capacité d'un système politique à se renouveler sans crise. Le débat est ouvert. Et il ne fait que commencer.
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