Fonds monétaire : Interrogations autour d'un projet de Khadafi
© La Nouvelle Expression : Frégist Bertrand Tchouta | 09 janv. 2017 11:27:34 | 8754Le président de la République veut relancer ce dossier, trois ans après le Sommet de Malabo, et surtout l’arrêt des activités du Comité Gankou, chargé de conduire la phase pilote, pour faute d’argent. Pour remettre le Fma à flot, il faut 14 000 milliards de Fcfa. Ce qui manque le plus, au regard de la conjoncture économique en Afrique.
En décidant de convoquer ses pairs de la Cemac à Yaoundé en décembre dernier pour plancher sur les contours d’un nouvel ajustement structurel, et un retour au Fmi, Paul Biya s’est peut-être fait piquer par le moustique du panafricanisme. Le Président de la République, dans son allocution adressée aux membres du Corps diplomatique, a annoncé le retour en force du Cameroun dans le paysage géostratégique continental.
Concrètement, Paul Biya voudrait relancer trois grands projets. L’opérationnalisation de la Base logistique continentale (annoncée à Douala) ; la volonté d’accueillir le Centre interrégional de coordination des opérations de sûreté et de sécurité maritime dans le golfe de Guinée, et surtout, la relance des activités du Fonds monétaire africain. Un projet qui n’a pas connu d’avancées depuis l’adoption des statuts du par les pays africains à Malabo, au cours du 23e Sommet de l’Union africaine (juin 2014).
Manque d’argent
Si l’ambition de Paul Biya d’engraisser de nouveau le Fma est à saluer, on s’interroge cependant sur les moyens dont dispose le Président camerounais pour relancer un projet qui est abandonné depuis deux ans. Faut-il le rappeler, lorsque l’idée de lancer le Fma est émise, un groupe de travail composé de six experts est créé. Dirigé par Jean-Marie Gankou, ingénieur statisticien et ancien ministre de l’Economie et des Finances au Cameroun, il est chargé de conduire la phase pilote, et de préparer le démarrage de l’institution. Pendant leur mandat, Jean-Marie Gankou et ses six collègues (Côte d’Ivoire, Mali, Nigéria, Ethiopie, Tunisie), vont notamment élaborer les textes organiques du Fonds monétaire africain.
Sauf que le coût de ce comité pèse lourd. Deux ans seulement après la création du Comité, une correspondance adressée à Philemon Yang (2011) par Jean Ping, Président de L’Ua, pour des raisons financières, demande au Cameroun de reprendre la gestion de charges salariales des experts. Ceci, alors que le Cameroun injecte déjà près de 600 millions de FCfa pour couvrir les infrastructures et d’autres charges de fonctionnement. Deux instructions du Pm à Essimi Menye, puis Alamine Ousmane Mey, ne permettent pas de supporter le fonctionnement de la Commission Gankou, qui finit par plier bagages.
Pour ré-engraisser le Fma, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Plus de 14 000 milliards de FCfa (22,6 milliards de dollars), s’il faut revenir au capital initial décidé en 2009. A l’époque, selon la répartition décidée, l’argent devait être supporté par l’Afrique du Sud (8,05%) de parts, le Nigéria (7,94%), l’Egypte (6,12%), et l’Algérie (4,59%). Sauf qu’entre temps, le pouvoir financier de ces pays s’est effrité, emportant avec elle leurs penchants panafricanistes. En plus, tous ces pays font face à des crises socio-politiques importantes. En Afrique du Sud, Jacob Zuma résiste tant bien que mal à garder son siège, l’Egypte et l’Algérie sortent à peine d’une révolution, et le Nigéria doit jouer entre une dévaluation les attaques de Boko Haram dans le Nord, et l’insécurité dans les puits de pétrole dans le Sud.
Paul Biya, qui veut engraisser, n’a pas d’argent pour acheter l’engrais. Son pays, qui parle déjà d’ajustement, a passé l’année 2016 à emprunter auprès d’institutions internationales (Exim Bank Chine, Deutsche Bank, Emprunts obligataires, etc.). De quoi s’interroger sérieusement sur la pertinence de l’annonce présidentielle.
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