Cameroun - « Libérez mon mari » : l'appel déchirant de l'épouse de Bibou Nissack
© Camer.be : Paul Moutila | 10 Aug 2026 00:48:53 | 342L'épouse d'Olivier Bibou Nissack remercie le mouvement Impact-100 et lance un appel pour la libération de son mari et de tous les prisonniers d'opinion au Cameroun.
Incarcéré depuis six ans, le porte-parole de Maurice Kamto voit sa cause reprise par le mouvement citoyen Impact-100. Son épouse brise le silence et élargit le combat à tous les détenus politiques camerounais.
Olivier Bibou Nissack : sa femme brise le silence et supplie Biya
Le 9 août 2026, à Yaoundé, Madame Bibou Nissack, épouse du porte-parole de Maurice Kamto incarcéré depuis le 22 septembre 2020, a publié un communiqué dans lequel elle remercie le mouvement Impact-100 pour son soutien et appelle à la libération de son mari, mais aussi de tous les prisonniers d'opinion du Cameroun. Un appel à la justice qui dépasse les clivages politiques.
Le visage d'une injustice qui dure
Il s'appelle Olivier Bibou Nissack. Porte-parole de Maurice Kamto, figure du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), il est incarcéré depuis le 21 septembre 2020. Ce jour-là, à la veille des marches pacifiques organisées par l'opposition, il a été enlevé à son domicile. Six ans plus tard, il croupit toujours à la prison centrale de Kondengui.
En décembre 2020, un tribunal militaire l'a condamné à sept ans de prison ferme pour « insurrection », « rébellion » et « atteinte à la sûreté de l'État ». Un procès qu'il n'a pas vu venir, lui, civil, jugé par une juridiction qui n'aurait jamais dû le juger.
« Les raisons de son incarcération n'ont jamais été clairement établies. L'infraction n'a ni été expliquée, ni démontrée. » Mireille Fomekong, stratège en communication
Impact-100 : un mouvement citoyen prend fait et cause
Le 9 août 2026, à Douala, le mouvement citoyen Impact-100 a publié un communiqué appelant à la libération d'Olivier Bibou Nissack.
Ce n'est pas un parti politique. Ce n'est pas une organisation de défense des droits de l'homme internationale. C'est un mouvement de citoyens camerounais qui, las de l'injustice, ont décidé d'élever la voix.
Et cette voix, Madame Bibou Nissack l'a entendue.
« Madame Bibou Nissack adresse ses remerciements au mouvement Impact-100 ainsi qu'à tous ses membres pour cette courageuse prise de position. » Communiqué de Mme Bibou Nissack, 9 août 2026
Dans son communiqué, elle salue également « toutes les autres personnes anonymes et personnalités publiques ayant antérieurement élevé inlassablement leurs voix pour formuler cette même exigence ».
« Libérer mon mari est un devoir de justice »
Madame Bibou Nissack ne mâche pas ses mots. Pour elle, la libération de son mari « est d'abord un devoir de justice, car la condamnation de monsieur Bibou Nissack est inique et arbitraire ».
Elle rappelle que cette injustice a déjà été établie « en droit par des instances habilitées, eu égard aux dispositions du Droit International ».
En effet, le 4 novembre 2022, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a publié un avis sur la détention arbitraire d'Olivier Bibou Nissack et d'autres militants du MRC.
« Olivier est un époux. Il est père de famille. Voilà plusieurs années que ses proches sont injustement privés de lui. À ce jour, aucun crime avéré ne peut lui être reproché. Aucun. » Mireille Fomekong
De Bibou Nissack à Ayuk Tabe : un appel qui transcende les clivages
Ce qui rend ce communiqué remarquable, c'est son ampleur. Madame Bibou Nissack ne se contente pas de réclamer la liberté de son mari. Elle élargit son combat à tous les prisonniers d'opinion du Cameroun.
Elle cite nommément :
- Alain Fogué Tedom et Pascal Zamboué, cadres du MRC condamnés à sept ans de prison
- Ayuk Sissuku Tabe, leader séparatiste anglophone condamné à la perpétuité
- Penn Terence, TSI Conrad, Mancho Bibixy, Cheikh Abdul Karim
- Parfait Mbvoum, opposant arrêté en novembre 2025 et détenu sans jugement
« Bien que n'ayant pas en partage leurs vues sur la sécession, cela n'autorise nullement à ce que leurs droits et libertés soient bafoués. » Mme Bibou Nissack
Une phrase qui en dit long sur la maturité politique de celle qui, en pleine épreuve personnelle, trouve la force de défendre ceux qui ne partagent pas ses convictions.
22 septembre 2020 : une date qui ne passe pas
Ce communiqué rappelle une triste réalité : le 22 septembre 2020, plus de 500 personnes avaient été arrêtées arbitrairement pour avoir participé à des manifestations pacifiques organisées par le MRC.
Six ans plus tard, 36 d'entre elles sont toujours en détention. Certaines ont purgé leur peine et n'ont pas été libérées. D'autres, comme Olivier Bibou Nissack et Alain Fogué, approchent de la fin de leur peine sans perspective de liberté.
Amnesty International dénonce des « détentions arbitraires » et rappelle que ces personnes « ont été arrêtées et emprisonnées simplement pour avoir exercé un droit garanti à la fois par le droit camerounais et par le droit international ».
« Trente-six recours ont été déposés depuis 2022 auprès de la Cour suprême du Cameroun, qui ne s'est encore prononcée sur aucun d'eux. » Hippolyte Meli Tiakouang, avocat
Une voix, des dizaines de voix
Madame Bibou Nissack conclut son communiqué par un vœu poignant :
« Madame Bibou Nissack formule le vœu que tous ces prisonniers d'opinion arbitrairement détenus puissent eux aussi bénéficier du même intérêt et des mêmes exigences de justice ou de libération de la part de la communauté nationale. »
Un appel à la communauté nationale. Pas à la communauté internationale. Pas aux organisations de défense des droits de l'homme. À nous. Camerounais.
Car la question n'est pas seulement politique. Elle est humaine. Elle est morale. Elle est celle d'une nation qui se regarde dans le miroir et qui doit décider si elle accepte que des citoyens croupissent en prison pour avoir exprimé une opinion.
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