Cameroun - Décès de Bah Oumarou Sanda, membre du Conseil constitutionnel
© Camer.be : Paul Moutila | 07 Aug 2026 16:55:12 | 2943Bah Oumarou Sanda, magistrat et membre du Conseil constitutionnel camerounais, est décédé ce vendredi à Yaoundé. Retour sur le parcours de cette figure de la magistrature et diplomate camerounaise.
Le doyen du Conseil constitutionnel camerounais s'est éteint à Yaoundé, emportant avec lui des décennies d'expérience judiciaire et diplomatique.
Il aura fallu attendre vingt-deux ans pour que le Cameroun se dote enfin d'un Conseil constitutionnel une institution créée par la loi de 1996 mais restée lettre morte jusqu'en 2018. Bah Oumarou Sanda en fut l'un des onze membres fondateurs. Ce vendredi, le silence des institutions contraste avec l'émotion sourde qui gagne les cercles judiciaires et politiques de Yaoundé.
La disparition d'un magistrat de carrière
Bah Oumarou Sanda est né le 10 mai 1940 à Garoua, dans la région du Nord du Cameroun. Diplômé de la section magistrature de l'École nationale d'administration et de magistrature (ENAM), il a consacré sa vie à la justice.
Son parcours l'a conduit aux quatre coins du pays : Yaoundé, Douala, Bafoussam, Foumbot. Magistrat hors hiérarchie, il a également exercé les fonctions de secrétaire général adjoint et de chargé des affaires administratives au sein de l'Assemblée nationale. Un parcours exemplaire qui lui a valu une prolongation d'activité par arrêté présidentiel en 2005, alors que son départ en retraite était initialement prévu.
L'ambassadeur du Cameroun au Tchad
C'est en février 2008 que le président Paul Biya le nomme ambassadeur du Cameroun au Tchad. Il y représentera son pays pendant une décennie, jusqu'en 2018.
À N'Djamena, Bah Oumarou Sanda a participé à plusieurs rendez-vous diplomatiques régionaux, dont le sommet extraordinaire des chefs d'État de la CEMAC tenu en 2017. Un poste qui lui a valu une reconnaissance certaine dans les cercles diplomatiques, où il s'est distingué « par sa diplomatie et sa fidélité aux institutions de l'État ».
Le retour au pays et l'entrée au Conseil constitutionnel
Son retour au Cameroun, en février 2018, coïncide avec un moment historique : l'installation officielle du Conseil constitutionnel camerounais, vingt-deux ans après sa création par la loi de 1996.
Bah Oumarou Sanda rejoint alors ce collège de onze membres appelés à trancher les questions de constitutionnalité et à jouer, le cas échéant, un rôle d'arbitre dans les grands contentieux politiques et électoraux du pays. Il y siégera jusqu'à son décès, prenant part à plusieurs décisions marquantes de l'institution.
En tant que doyen de l'institution, il apportait « plusieurs décennies d'expérience juridique et administrative ». Mais cette longévité au sein de l'appareil d'État lui valait aussi des interrogations : certains observateurs s'interrogeaient sur « l'influence que pourraient exercer ses liens étroits avec l'establishment ».
Un Conseil constitutionnel sous les critiques
Le Conseil constitutionnel camerounais est régulièrement accusé de partialité. Créé pour incarner l'arbitrage impartial, il est perçu par une partie de l'opinion publique comme une institution inféodée au pouvoir exécutif.
D'aucuns le qualifient d'« organe complètement décrédibilisé aux yeux des Camerounais ». Une réputation qui fragilise l'ensemble de l'institution, y compris ses membres les plus respectés. Bah Oumarou Sanda, bien que reconnu pour son intégrité par certains, n'échappait pas à cette défiance généralisée.
La disparition de ce magistrat chevronné intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le Conseil constitutionnel, dont le rôle est scruté de près, se retrouve orphelin d'un de ses piliers à un moment où l'institution pourrait être appelée à jouer un rôle décisif.
L'absence prolongée de Paul Biya : un contexte troublant
Ce décès survient alors que le président Paul Biya est absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026. Parti pour un « court séjour privé en Europe », le chef de l'État, âgé de 93 ans, n'est toujours pas réapparu près de deux mois plus tard.
Une absence qui « suscite de nombreuses interrogations » et alimente les spéculations sur l'état de santé du président et la vacance éventuelle du pouvoir. Le Conseil constitutionnel, seule institution compétente pour constater une éventuelle vacance, se retrouve au cœur de toutes les attentions.
Dans ce contexte, le décès de Bah Oumarou Sanda fragilise un peu plus une institution déjà sous pression. Le collège des onze membres se retrouve désormais avec un siège vacant une situation qui pourrait avoir des conséquences institutionnelles si le Conseil devait être appelé à statuer sur une éventuelle vacance du pouvoir présidentiel.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Hypothèse : Le remplacement de Bah Oumarou Sanda au sein du Conseil constitutionnel relèvera de l'autorité de nomination, en l'occurrence le président de la République ou, en cas de vacance, les institutions compétentes.
Mais avec un président absent et un Conseil constitutionnel désormais incomplet, la procédure de remplacement pourrait s'avérer complexe. Les autorités n'ont pas encore communiqué sur les circonstances précises du décès, ni sur la procédure qui sera suivie pour pourvoir le siège vacant.
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