Cameroun : Fame Ndongo nie tout vide du pouvoir
© Camer.be : Paul Moutila | 22 Jul 2026 01:28:41 | 2105« Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti. » La formule est de Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC. Elle résume la stratégie du pouvoir face à une absence présidentielle qui, jour après jour, interroge.
44 jours. C'est le temps qui s'est écoulé depuis le départ de Paul Biya pour l'Europe, le 7 juin 2026. Officiellement, un « court séjour privé ». Dans les faits, une absence qui bat tous les records. Le président, âgé de 93 ans, n'a pas reparu. Aucune image, aucune déclaration, aucune date de retour.
Ce mardi, c'est Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et ministre de l'Enseignement supérieur, qui est monté au créneau. Dans une déclaration en quatre points, il a fermement rejeté les accusations de « vide du pouvoir ». La Constitution ne fixe aucune limite à la durée du séjour à l'étranger du chef de l'État, a-t-il rappelé. Le président continue de gouverner à distance, en examinant des dossiers et en donnant des directives.
Mais les Camerounais, eux, attendent des signes.
Une déclaration pour rassurer
Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et ministre de l'Enseignement supérieur, a donc pris la parole. Dans une déclaration en quatre points, il a tenté de couper court aux spéculations.
Selon lui, la Constitution camerounaise ne fixe aucune limite à la durée du séjour du président à l'étranger. Une affirmation juridiquement exacte : aucun texte ne légifère sur la durée d'absence du chef de l'État hors du territoire national.
Le ministre a également balayé les rumeurs sur l'état de santé du président, les qualifiant de « fausses informations ». Il a appelé les Camerounais à se concentrer sur leurs responsabilités.
Mais cette déclaration, aussi ferme soit-elle, soulève autant de questions qu'elle n'en résout.
44 jours d'absence : un record
Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026, en compagnie de son épouse, pour ce qui a été présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Quarante-quatre jours plus tard, il n'est toujours pas rentré.
C'est l'absence la plus longue du président camerounais. En 2024, il avait déjà passé 42 jours hors du pays, alimentant des rumeurs sur son état de santé.
Selon des informations de Jeune Afrique, Paul Biya se serait rendu en Suisse pour recevoir des soins dans une clinique privée de Genève. Une partie de sa famille, dont son frère et deux de ses enfants, se trouveraient également en Suisse. Le gouvernement a démenti tout séjour hospitalier.
Le paradoxe constitutionnel
La révision constitutionnelle du 4 avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président pour garantir la continuité de l'État. Mais ce vice-président n'a jamais été nommé.
« Le remède est devenu le problème », résume un article de Camer.be. En l'absence de vice-président, la question de la succession reste entière.
L'opposition, elle, ne cache pas son inquiétude. Le député Jean-Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. L'Union Démocratique du Cameroun (UDC) a appelé à la transparence pour garantir « la stabilité de la République ». Des constitutionnalistes, comme le juriste Jean Calvin Aba'a Oyono, ont également demandé au Conseil constitutionnel d'agir.
Le RDPC contre-attaque
De son côté, le parti au pouvoir tente de rassurer. Dans un éditorial du journal L'Action daté du 15 juillet, Christophe Mien Zok, directeur des organes de presse du RDPC, a écrit : « Le pouvoir n'est pas vacant et le Lion n'est pas parti. Il est encore là ».
« Jusqu'à preuve du contraire, Paul Biya reste l'unique cocher de l'attelage et de la caravane Cameroun », a-t-il ajouté.
Un pays en veille
Pendant ce temps, le Cameroun tourne au ralenti. Depuis la réélection du président en octobre 2025, le pays ne dispose toujours pas d'un nouveau gouvernement. La nomination d'une nouvelle équipe gouvernementale ne semble pas faire partie des priorités du chef de l'État.
Le Conseil supérieur de la magistrature, qui ne s'était plus réuni depuis près de six ans, a finalement été renommé le 2 juin 2026. Cette paralysie a entraîné le gel des recrutements et des intégrations de magistrats.
Les Camerounais, eux, sont sans nouvelles officielles du président de 93 ans. Sur les réseaux sociaux du cabinet civil de la présidence, sont publiés des messages du chef de l'État à ses homologues : félicitations à Emmanuel Macron pour la fête nationale française, ou encore au président du Monténégro. Mais aucune autre nouvelle ne filtre.
Ce que l'on sait, ce que l'on ignore
Faits confirmés :
- Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ».
- Il est absent depuis 44 jours.
- Jacques Fame Ndongo a publié une déclaration rejetant les accusations de « vide du pouvoir ».
- La Constitution ne fixe aucune limite à la durée du séjour à l'étranger du chef de l'État.
- Aucun vice-président n'a été nommé depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026.
Allégations / hypothèses :
- Paul Biya séjournerait dans une clinique privée à Genève.
- Son absence prolongée constituerait une vacance du pouvoir, comme le soutient l'opposition.
Ce qui reste à établir :
- La date de retour de Paul Biya au Cameroun.
- La nature exacte de son séjour en Europe.
- La date de nomination du nouveau gouvernement et du vice-président.
Que pensez-vous de la déclaration de Fame Ndongo ? Le vide du pouvoir existe-t-il vraiment ?
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