Cameroun - La LEFE presse le Parlement d’adopter une loi contre les féminicides et un Code de la famille
© Camer.be : Isaac kwalla | 17 Jun 2026 09:41:44 | 1984
" Elles avaient un prénom", rappelle avec regret, le plaidoyer porté par la Ligue pour l'Education de la Femme et de l'Enfant ( LEFE).
À la veille de la Journée de l’Enfant Africain, la Ligue pour l’Éducation de la Femme et de l’Enfant alerte : 201 femmes tuées entre 2023 et 2025, et la loi qui pourrait les protéger dort dans les tiroirs.
« Nous n’avons pas besoin d’une nation qui pleure ses femmes et ses enfants. Nous avons besoin d’une nation qui les protège ». C’est par cette phrase choc que la LEFE – Ligue pour l’Éducation de la Femme et de l’Enfant ouvre son plaidoyer citoyen adressé aux députés et sénateurs, publié ce 16 juin, Journée Internationale de l’Enfant Africain.
Des chiffres qui ne déclinent pas
Le constat est implacable. Selon la conférence gouvernementale conjointe du 1er juin 2026, 201 femmes ont été tuées entre 2023 et 2025. Rien que de janvier à avril 2026, on dénombre déjà ≈ 50 féminicides, soit autant que sur toute l’année 2023. La courbe ne redescend pas : 50 cas en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025.
Pis encore, 44% des femmes en union déclarent des violences conjugales. Et le gouvernement lui-même parle de « face visible de l’iceberg » : peur, honte et pression familiale enterrent la majorité des plaintes.
"Elles avaient un prénom"
Derrière les chiffres, des visages. La LEFE cite 4 cas pour rappeler l’urgence :
- Diane, 30 ans, professeure d’anglais tuée par son mari à Douala en 2023. Condamné d’abord à 5 ans avec sursis et
- 52 000 FCFA d’amende, l’assassin n’a écopé de 20 ans qu’après mobilisation nationale.
- Christine Glawdys, 17 ans, enceinte, retrouvée mutilée dans un champ de manioc en janvier 2026.
- Jacqueline, 24 ans, tuée par son compagnon officier de police. Son dernier message vocal : « Je suis en train de mourir. Ton type est venu me taper à
- mort ».
- Divine, 11 ans, violée et tuée par le père de son camarade à Nkoabang.
« Nous ne convoquons pas ces prénoms pour remplacer la preuve par l’émotion. Nous les convoquons parce que derrière chaque renvoi en commission, il y a une Diane qui reste un jour de plus sous le même toit que son bourreau Ce que demande la LEFE aux parlementaires
Le document tient en une phrase : « des femmes et des enfants meurent, la loi qui pourrait les protéger existe déjà dans les tiroirs, et il ne manque que votre vote ».
Les 2 réformes urgentes réclamées :
1. Une loi contre les violences faites aux femmes et aux enfants : reconnaissance du féminicide comme crime, incrimination explicite du viol conjugal avec consentement libre et réversible, création d’ordonnances de protection d’urgence accessibles le jour même.
2. L’adoption du Code des personnes et de la famille : 30 ans d’attente suffisent. Objectif : mariage avec libre consentement, égalité dans la gestion des biens, protection des veuves et orphelins dépouillés par la coutume.
« Ce Code ne menace pas la famille : il la répare. Une famille qui tient par la peur n’est pas stable : c’est une prison qui attend son drame ».
L’alerte est déjà donnée
La LEFE rappelle que l’État, le Parlement, l’Église, l’ONU et la société civile ont déjà sonné l’alarme. « Ne pas légiférer, désormais, c’est choisir. Quand l’urgence est documentée à ce point, le silence du législateur n’est plus une prudence : c’est une décision ».
Le plaidoyer conclut : « L’histoire retiendra le moment où le Parlement camerounais aura cessé de constater pour commencer à protéger. Que ce moment soit maintenant ».
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