MANIDEM accuse Tchiroma et Tchameni de trahison et déchire l'opposition camerounaise
© Camer.be : Toto Jacques | 07 mai 2026 10:39:16 | 3089La mort d'Anicet Ekane, le 1er décembre, en détention à Yaoundé, n'a pas unifié l'opposition camerounaise. Elle l'a fracturée. Le MANIDEM, le parti qu'il a fondé et dirigé, accuse deux de ses anciens alliés Issa Tchiroma et Djeukam Tchameni de profiter du vide laissé par sa disparition pour s'approprier un héritage politique qu'ils n'ont pas construit.
Ce qui s'est passé : une décision de justice, un boycott, une rupture
Anicet Ekane est mort en détention le 1er décembre. MANIDEM affirme que le président Paul Biya porte la responsabilité directe de sa mort : arrestation arbitraire, privation de son appareil respiratoire, abandon médical.
À la suite du décès, une dispute sur l'organisation des funérailles d'Ekane a éclaté entre le parti et la famille. Le fils aîné, Muna Ekane, a saisi la justice pour obtenir le contrôle des arrangements funéraires. Il a gagné. Le tribunal lui a confié la charge de l'enterrement, reléguant MANIDEM à la périphérie d'une cérémonie que le défunt aurait, selon le parti, voulu voir placée sous son autorité.
Tchiroma et Tchameni ce dernier en détention, représenté par son épouse ont publiquement appelé à assister aux funérailles. Le MANIDEM, la veuve d'Ekane, huit de ses frères et sœurs, et le Mouvement de la Renaissance du Cameroun (MRC) ont annoncé leur boycott.
Pourquoi cette rupture était inévitable
Le MANIDEM accuse Tchiroma d'avoir gardé le silence lors de l'arrestation d'Ekane, puis de s'être tenu à l'écart pendant toute la détention. Le parti voit dans cette discrétion calculée une forme de complicité passive avec un régime dont il aurait dû être l'adversaire déclaré.
Tchameni est visé différemment. Le parti l'accuse d'avoir utilisé la proximité avec l'UPC Union des Populations du Cameroun pour construire une réputation de militant de gauche qu'il n'aurait pas méritée. MANIDEM parle d'exploitation cynique de la générosité d'un mouvement plus vieux que lui.
L'alliance entre ces formations n'était pas une coalition idéologique. C'était, selon le MANIDEM lui-même, une commodité. Les funérailles d'Ekane ont simplement rendu visible ce qui était déjà vrai.
Comment l'État gagne sans intervenir
Ce feuilleton illustre une mécanique bien connue dans la politique d'opposition camerounaise : l'État n'a pas besoin de réprimer un mouvement s'il peut attendre que ses membres se fragmentent seuls.
La décision de justice donnant le contrôle des funérailles à Muna Ekane a suffi à déplacer le conflit interne dans l'espace public. MANIDEM, privé de sa capacité à diriger la cérémonie, voit dans le programme funéraire annoncé sans concertation une tentative de diluer l'héritage politique d'Ekane pour le rendre inoffensif vis-à-vis du régime Biya.
L'ambition personnelle et les procédures judiciaires ont, une fois de plus, remplacé la stratégie collective. Ce n'est pas une anomalie dans l'opposition camerounaise. C'est le modèle.
Ce que cette crise révèle et ce qu'elle annonce
À court terme, le boycott des funérailles cristallise une fracture qui rendra toute recomposition de l'opposition difficile dans les six à douze mois à venir. Le MANIDEM sort de cette séquence isolé mais radicalisé dans sa posture anti-Biya.
À long terme, la mort en détention d'Anicet Ekane devient un marqueur politique. Si MANIDEM parvient à en faire un symbole de la répression du régime, la question de la responsabilité de l'État dans sa mort pourrait nourrir un récit d'opposition plus cohérent. Mais si les querelles internes persistent, cet héritage sera dilué avant d'avoir pu servir.
La politique d'opposition camerounaise a une habitude ancienne : transformer ses martyrs en sujets de contentieux plutôt qu'en leviers de mobilisation.
Qui décidera de la signification de la mort d'Ekane ?
La vraie question posée par cette crise n'est pas procédurale. Elle est politique. Anicet Ekane est mort en détention dans des conditions que son parti qualifie d'assassinat d'État. Qui a le droit de nommer cet acte et d'en tirer les conséquences ? Sa famille, son parti, ses anciens alliés, ou le régime qui a organisé son silence ?
La réponse à cette question déterminera si sa mort compte dans l'histoire politique du Cameroun, ou si elle est absorbée dans les disputes de ceux qui prétendaient le représenter.
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