Vice-président au Cameroun : Paul Mahel avertit, le silence des citoyens a un prix
© Camer.be : Paul Moutila | 08 Apr 2026 00:42:49 | 3271Une nomination, une logique, un précédent ignoré
Un vice-président nommé. Pas élu. Au Cameroun, cette réalité institutionnelle s'est installée sans résistance populaire notable. Le journaliste Paul Mahel pose la question que peu osent formuler : et si le silence des citoyens était le vrai moteur de cette dérive ?
Ce qui vient de se passer
Le Cameroun disposera désormais d'un poste de vice-président pourvu par nomination. Le titulaire ne sera pas issu du suffrage universel. Il sera désigné par le sommet de l'exécutif, selon une logique de cooptation institutionnelle.
Paul Mahel, journaliste et homme politique camerounais, a réagi publiquement à cette situation. Son analyse est directe : cette nomination ne sera pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une séquence logique que les Camerounais auraient pu interrompre bien plus tôt.
La mécanique du consentement passif
Paul Mahel identifie un mécanisme précis. Le silence civique au Cameroun ne protège pas les citoyens il les expose. Chaque concession non contestée crée un précédent. Chaque précédent légitime la suivante.
L'exemple qu'il cite est parlant. Les sénateurs nommés au Cameroun ont été présentés un jour comme des représentants du peuple. La population n'a pas protesté. Ce silence a été interprété comme un accord tacite. La logique de nomination s'est étendue. Elle a atteint aujourd'hui la vice-présidence.
Le consentement passif se définit ici comme l'absence de réaction face à une décision qui réduit le périmètre démocratique. Il ne s'agit pas d'approbation, mais d'une inaction qui produit les mêmes effets.
"Quand tu donnes la main, on te demandera le bras"
La formule de Paul Mahel condense une stratégie politique observable. Les régimes qui étendent leur emprise ne le font pas en une seule étape. Ils avancent par séquences, en testant à chaque fois la résilience de l'opinion publique.
Premier test : les sénateurs nommés. Résultat silence. Deuxième test : un vice-président nommé. Résultat à évaluer. Prochain test potentiel, selon le journaliste : remettre en question l'utilité même des élections au Cameroun.
Cette progression n'est pas propre au Cameroun. Elle s'observe dans plusieurs démocraties fragilisées à travers le monde. Ce qui la distingue ici, c'est la clarté avec laquelle un acteur médiatique local la nomme et la documente publiquement.
Si la nomination du vice-président passe sans mobilisation significative, le signal envoyé sera clair : le périmètre du non-dit s'élargit encore.
Si la nomination devient la norme pour des postes exécutifs majeurs, la question de la légitimité du suffrage universel se posera formellement. Paul Mahel ne prédit pas cela comme inévitable. Il le signale comme possible et évitable, à condition d'agir.
Le silence comme choix politique
La contribution de Paul Mahel dans ce débat va au-delà du commentaire. Elle pose une responsabilité collective. Le silence civique au Cameroun n'est pas une neutralité. C'est une position qui a des conséquences mesurables sur l'architecture institutionnelle du pays.
La vraie question n'est pas de savoir si la prochaine étape viendra. Elle est de savoir si les Camerounais décideront, cette fois, que la main donnée était déjà de trop.
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