Le pouvoir au Cameroun : les anglophones, éternels relégués aux marges des cercles de décision
© Camer.be : Alain Ndanga | 19 Mar 2026 14:57:22 | 2562L’absence de ressortissants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à la tête du Parlement récemment renouvelé illustre, une fois de plus, la marginalisation persistante de la composante anglophone dans les sphères décisionnelles. Cette situation alimente les critiques à l’égard du chef de l’État, Paul Biya, accusé par l’opinion de ne pas considérer pleinement ces populations comme des citoyens à part entière. Depuis l’indépendance en 1960, les anglophones semblent cantonnés à des rôles secondaires dans l’architecture institutionnelle.
Le Parlement camerounais, composé du Sénat et de l’Assemblée nationale, a été renouvelé le 17 mars dernier. Réunis en séance plénière, députés et sénateurs ont procédé à l’élection de nouveaux responsables à la tête des deux chambres. Théodore Datouo, originaire de la région de l’Ouest et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, succède à Cavayé Yéguié Djibril, qui aura occupé le perchoir pendant 34 ans. Au Sénat, Aboubakary Abdoulaye, lamido de Rey-Bouba dans la région du Nord, remplace Marcel Niat Njifenji, en fonction depuis 2013.
Cette recomposition institutionnelle semble s’inscrire dans une continuité historique. Déjà, lors de la Conférence de Foumban, qui a jeté les bases constitutionnelles de l’État camerounais réunifié, les préoccupations des populations anglophones avaient été, selon plusieurs analyses, insuffisamment prises en compte. Héritage de cette période, l’actuelle configuration des pouvoirs publics apparaît largement dominée par des personnalités francophones. Le pouvoir exécutif demeure entre les mains de Paul Biya, tandis que le pouvoir législatif est désormais incarné par Théodore Datouo et Aboubakary Abdoulaye. Quant au pouvoir judiciaire, il est représenté par la Cour suprême, présidée par Daniel Mokobe Soné.
Dans les faits, la présence anglophone au sein des institutions reste limitée, souvent cantonnée à des fonctions de second plan.
Sur le plan protocolaire, le président de la République occupe le premier rang, suivi du président du Sénat, puis de celui de l’Assemblée nationale. Le Premier ministre, quatrième personnalité de l’État, est actuellement Joseph Dion Nguté, originaire du Sud-Ouest. Nommé le 4 janvier 2019, il dispose toutefois de marges de manœuvre jugées restreintes par de nombreux observateurs, son influence étant perçue comme inférieure à celle de certains hauts responsables de la présidence, notamment le secrétaire général et le directeur du cabinet civil qui, d’après des sources bien introduites, sont de véritables faiseurs de ministres et de directeurs généraux, bref de postes stratégiques, sans compter les autorités administratives.
Par ailleurs, le Cameroun est confronté, depuis 2016, à une crise sécuritaire majeure dans ses régions anglophones. Initialement portée par des revendications d’avocats et d’enseignants dénonçant des discriminations systémiques, cette crise s’est progressivement transformée en conflit armé. Près d’une décennie plus tard, les réponses apportées par les autorités sont souvent qualifiées de partielles et insuffisamment structurées, laissant entrevoir l’absence d’une stratégie durable pour résoudre une situation pourtant critique.
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