Élections 2026 au Cameroun : Pourquoi le boycott est un piège pour le changement :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Abdouraman Hamadou Babba | 09 Jan 2026 13:51:23 | 778L’histoire politique du Cameroun semble condamnée à un éternel recommencement où les mêmes erreurs stratégiques produisent les mêmes désillusions populaires. Depuis l’avènement du multipartisme, une tendance lourde s’est installée dans l’ADN de l’opposition camerounaise : la fascination exclusive pour le fauteuil présidentiel au mépris des urnes locales. En 1992, le SDF ouvrait le bal des paradoxes en boudant les législatives avant de briguer la présidence. Ce schéma s'est reproduit avec une précision chirurgicale en 2020 sous l'impulsion du MRC, et se dessine à nouveau aujourd'hui. En ce début d'année 2026, l'annonce du retrait du FSNC des prochaines échéances législatives et municipales de juin ravive un débat brûlant sur la stratégie politique de ceux qui aspirent à l'alternance.
L’idée selon laquelle participer à un scrutin dont les règles sont biaisées reviendrait à légitimer le régime est un sophisme qui fragilise la base même de la démocratie. En réalité, le véritable cadeau offert au pouvoir en place n'est pas la participation, mais l'absence. Abandonner la compétition, c’est laisser le champ libre au RDPC pour s’octroyer une majorité absolue sans effort, lui offrant paradoxalement cette légitimité internationale tant recherchée. Un siège vide à l’Assemblée Nationale ou dans une mairie est une voix qui s’éteint pour le peuple. La politique de la chaise vide n'a jamais fait reculer une dictature ; elle ne fait que bétonner ses fondations en lui permettant de brandir des résultats unilatéraux comme une preuve de stabilité nationale.
Le changement ne peut être un événement isolé lors d'une présidentielle mais doit s'inscrire dans une conquête territoriale millimétrée. Les élections législatives et municipales constituent les véritables leviers de contrôle de l’État. Ignorer ces scrutins, c'est refuser de s'armer de caméras de surveillance face aux voleurs de suffrages. La sécurisation du vote ne se décrète pas depuis les réseaux sociaux, elle se gagne par une présence physique massive dans chaque bureau de vote du pays. Pour briser ce cycle d'échecs, une remobilisation citoyenne est impérative afin de transformer les scrutins locaux en remparts contre l'arbitraire. Le peuple du changement doit comprendre que chaque mairie gagnée est un bastion de liberté arraché à l'immobilisme.
En refusant le combat de proximité, l'opposition prend le risque de se couper définitivement d'une base électorale fatiguée par les promesses de grands soirs qui ne viennent jamais. La démocratie ne s’octroie pas, elle s’arrache par une participation électorale constante et rigoureuse. Si les acteurs politiques continuent de privilégier l'éclat de la présidentielle à la rigueur du travail de terrain, le Cameroun restera prisonnier de ses propres contradictions. Le rendez-vous de 2026 est peut-être la dernière chance pour le peuple de démontrer qu'il a tiré les leçons de 1992 et 2020.
Peut-on réellement espérer un résultat différent en appliquant indéfiniment la même méthode du boycott ?
Depuis le retour du multipartisme au Cameroun, le Peuple camerounais, dans une large majorité, a montré sa ferme volonté de Changement à trois reprises, en 1992, 2018 et 2025.
À chaque fois, cette volonté pourtant clairement exprimée lors de l’élection présidentielle a eu du mal à l’être lors des élections législatives immédiatement précédentes ou suivantes.
En 1992, le SDF avait boycotté les législatives de mars avant de se raviser et de prendre part à l’élection présidentielle d’octobre.
En 2020, le MRC a boycotté les législatives et en cette année 2026, le FSNC s’apprête également à boycotter les élections législatives et municipales prévues en mai, juin ou juillet…Ces acteurs politiques qui ont respectivement incarné la volonté du Changement du Peuple camerounais ont semblé et semblent privilégier l’élection présidentielle comme principal moyen d’alternance politique au détriment des élections législatives et municipales. Elles sont pourtant des leviers importants pour prendre le contrôle de l’Assemblée Nationale et du Sénat. Alors pourquoi les négliger ?
En cette année 2026, le Peuple du Changement peut-il se permettre de répéter ce qui s’est passé en 1992 et 2020 ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, peut-il s’attendre à un résultat différent cette fois-ci ?
Il me semble que non !
Nous devons procéder différemment. Il faut faire des prochaines élections législatives et municipales des étapes décisives pour ébranler la dictature et, enfin, commencer à instaurer la démocratie.L’urgence est donc à la sensibilisation et à la remobilisation du Peuple du Changement, découragé par la situation politique actuelle. Ceux qui estiment qu’il ne sert à rien d’aller à des élections dont les résultats seront volés me font penser à des personnes qui, au lieu de chercher à s’équiper de caméras de surveillance et d’un coffre-fort décident étonnamment de faciliter la tâche aux voleurs en leur livrant librement leurs biens…
Sécuriser contraint les éventuels voleurs à déployer beaucoup plus d’efforts, de moyens et d’intelligence pour ne pas se faire prendre…
Sécurisons donc les élections législatives et municipales, nos biens communs, par nos propres candidats, nos votes massifs et leurs surveillances sur tout le territoire national !À ceux qui pensent que prendre part aux prochaines élections législatives et municipales reviendrait à légitimer le régime, je leur dis ceci :
Laisser le champ libre au régime Biya-RDPC en lui permettant de s’attribuer facilement une majorité plus qu’absolue à l’Assemblée Nationale serait la meilleure façon de le légitimer. En se faisant accompagner par certains « opposants », le régime Biya-RDPC pourrait brandir haut les résultats des élections législatives et municipales comme preuve de la confirmation de sa « victoire » du 12 octobre 2025 ; sans oublier les railleries qui viseront ceux qui ont « fui les élections par peur de les perdre… ».
Abdouraman Hamadou Babba
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