Cameroun - L’ÉNIGME AKERE MUNA : ENTRE LE KARAOKÉ TRIBAL ET LE POLITICO-CLOWNESQUE
© Correspondance : Alex KAMTA | 24 Jun 2025 10:39:45 | 4135« 2025, année du miracle… ou du cirque ? » À l’heure où le Cameroun s’apprête à jouer son va‑tout électoral, nous voilà gratifiés d’une nouvelle distraction nationale : Maître Akere Muna, héros du Sud‑Ouest, nous sort du chapeau… la carte de l’anglophonie ! Et hop ! Voilà qu’on tente de nous vendre l’alternance comme une loterie de la langue maternelle.
Alors qu’on espère du fond du ventre une vraie rupture, que le peuple appelle à un projet de société, à une idée de salut public, on nous sert… du communautarisme sauce 237 ! Et pas de la petite sauce piquante du quartier. Non. Du gros bouillon d’amalgames où l’on veut nous faire avaler que, pour diriger le pays, il suffit de parler anglais, d’être natif du Sud‑Ouest, et de brandir sa carte de visite ethnique.
Pendant ce temps, du côté du Grand Nord, ils ne font plus semblant. Pas de masque. Pas de danse du ventre. Leur calcul est simple, brutal, honnête à force d’être cynique : ils comptent sur le poids du nombre, le poids du fichier électoral qu’ils ont eux‑mêmes truqué hier, pour imposer demain ce qu’ils ont déjà volé aujourd'hui. Et tout ça avec la bénédiction du logiciel de fraude qu’ils maîtrisent depuis des décennies.
Alors que nous regardons ce jeu de cartes biseautées, que nous nous racontons des contes de tribus à la veillée, le peuple attend. Le peuple, cet éternel figurant du théâtre camerounais, attend qu’on lui parle du comment plutôt que du qui. Du pourquoi plutôt que du d’où. Mais visiblement, ici, tout est permis sauf l’intelligence du débat.
Me Muna, qu’on respecte par ailleurs, nous la joue version camerounaise du buffet à thème : aujourd'hui, c’est soirée "anglophone". Demain, qui sait, peut‑être soirée "damba‑tikar", "maka" ou "haoussa". Et tout ça pour quoi ? Pour finir par renvoyer la République à l’heure du petit calcul ethnique, où chacun choisira son président comme on choisit le quartier où construire son champ.
Alors posons‑nous la vraie question : le Cameroun est‑il devenu une auberge espagnole où l’on devient chef d’État à la tombola des origines ? Et si demain le peuple refusait tout simplement ce jeu de dupes ? Et si demain on choisissait enfin un président pour son idée du Cameroun, plutôt que pour son arbre généalogique ? Et si, par miracle, nous décidions de construire une nation où l’on devient ministre du peuple, pas orphelin du tribalisme ?
Car à ce jeu‑là, qu’on nous vende du Kamto, du Muna, du Bello ou du Cabral de demain, la vérité restera la même : le Cameroun ne guérira pas en remplaçant une exclusion par une autre. Il ne renaîtra pas en choisissant son roi à la loterie du lieu de naissance.
Alors, chers candidats du dimanche, entendez‑le bien : le peuple est fatigué. Fatigué des slogans creux. Fatigué des luttes de clans. Fatigué des ambitions maquillées en projets de société. Et si vous avez quelque chose à dire, qu’on parle de programme, pas de patronyme ! Qu’on parle de visions, pas de villages ! Et qu’on arrête enfin de jouer à la roulette russe du tribalisme, car elle finira par nous exploser en pleine figure.
Le Cameroun attend un chef d’orchestre, pas un DJ de la discorde ethnique. Et à ce peuple épuisé, on doit bien plus qu’une carte de visite linguistique… On lui doit un pays.
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