Crise anglophone : l'école est devenue une "arme de guerre" au Cameroun
© BBC Afrique : Avec | 13 Nov 2020 11:24:00 | 2651Le Cameroun ne s'était pas encore remis d'une attaque qui a coûté la vie à des élèves de la ville de Kumba, sud-ouest, fin octobre, que d'autres incidents visant des écoles étaient déjà signalés.
Ces différentes attaques ne sont que les dernières d'une longue liste qui ensanglante le pays depuis le début de la crise dite anglophone dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays.
Ils n'avaient qu'entre 9 et 14 ans. Cinq jeunes filles et un garçon, ont été froidement abattus par des hommes armés, venus à moto, moins d'un mois après la rentrée scolaire intervenue le 05 octobre.
Là, dans leur établissement scolaire "Mother Francisca International Bilingual Academy" du quartier Fiango, leurs vies, ont pris fin, aux environs de 11 heures locales, le 24 octobre dernier.
Qui sont ceux qui ont tué les enfants ?
Juste après la "tragédie", le gouvernement a mis en cause des " bandes armées terroristes sécessionnistes", faisant allusion aux groupes armés qui réclament une sécession des deux régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays.
Depuis 2016, le gouvernement a souvent attribué de multiples attaques dans ces régions à des sécessionnistes qui seraient soutenus par des "concitoyens tapis dans l'ombre à l'étranger".
Les forces de défense du Cameroun sont, elles aussi, souvent accusées d'exactions par les organisations de droits de l'Homme.
C'était le cas en février dans le village de Ngarbuh, au nord-ouest, où selon l'ONU, au moins 23 civils, dont quinze enfants et deux femmes enceintes, ont été tués.
Après avoir nié les faits, le gouvernement du Cameroun a fini par reconnaître la responsabilité de ses militaires, suite à une pression internationale.
L'école, une arme de guerre
Les affrontements entre les groupes séparatistes et les forces de défense camerounaises ont rendu la situation sécuritaire dans les deux régions si précaire que les écoles ont dû fermer ces dernières années.
"Les séparatistes ne veulent pas que les enfants se rendent dans les écoles, institutions qu'ils assimilent au pouvoir central", explique à l'AFP Ilaria Allegrozzi, chercheuse de l'ONG Human Rights Watch (HRW) pour l'Afrique Centrale.
"L'école est utilisée comme une arme de guerre dans ce conflit", ajoute la chercheuse.
Pour le chercheur camerounais Christian Pout, "les groupes armés installés et disséminés dans les deux régions ont ciblé l'école comme un espace à travers lequel les mots d'ordre de non reprise des classes, les mots d'ordre de mise en échec de l'Etat du Cameroun serait réalisés ".
"Malheureusement, les victimes sont des enfants qui sont privés d'écoles et ne peuvent pas poursuivre leur éducation et c'est encore plus dramatiques quand les enfants sont violentés et tués. Avec Kumba nous avons atteint le comble dans l'horreur ", poursuit le responsable du Think Thank Centre Africain d'Études Internationales diplomatiques économiques et stratégiques (CEIDES).
Quelle est la situation depuis le 24 octobre ?
Après l'attaque de Kumba qui a coûté la vie aux élèves, le gouvernement indique que l'établissement, " complexe scolaire privé Mother Francisca International Bilingual Academy " n'a lancé ses activités qu'en ce début d'année scolaire 2020/2021, à l'insu des autorités administratives compétentes, et n'a pu bénéficier des mêmes mesures de protection que d'autres établissements scolaires du Département de la région".
Mais ce n'était pas la première fois que des structures éducatives ou des acteurs de l'éducation étaient ciblés par des d'attaques. Dans le passés des dizaines d'élèves avaient été déjà enlevés puis relâchés.
Une dizaine de jours après le drame de Kumba qui a profondément ému tout le pays, plusieurs enseignants, 11 selon l'AFP, ont été enlevés dans une école protestante du nord-ouest du pays.
Ils ont été libérés jeudi sous la pression de la population locale, a appris l'agence auprès des autorités religieuses.
Le Cameroun dément l'implication de ses soldats
Mardi et mercredi, c'est au total quatre écoles qui ont été attaquées en zone anglophone.
Les combats au Cameroun anglophone, mais aussi les exactions et meurtres de civils par les deux camps, selon de nombreuses ONG, ont fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile depuis 2017.
Les drames comme celui de Kumba peuvent-ils se reproduire ?
Même si le gouvernement dit avoir pris des mesures pour sécuriser les établissements scolaires, les multiples enlèvements, y compris ceux des 11 enseignants indiquent que la situation sécuritaire n'est pas stable.
"La situation sécuritaire est mitigée. Le nord-ouest et sud-ouest, c'est beaucoup de départements. La situation de la dissémination de la violence n'est pas égale d'une partie à l'autre du nord-ouest et sud-ouest. Globalement la situation n'est pas stable du point de vue de la sécurité des espaces éducatifs ; c'est pour ça nous disons qu'il faut réfléchir à relancer les fils du dialogue," explique Christian Pout.
Pour l'analyste, la solution à la crise se trouve sur le terrain politique et pas dans les confrontations
"Le Cameroun c'est dix régions : vous avez les affres de Boko Haram qui ne se sont pas totalement estompés, vous avez le débordement de la crise centrafricaine qui font que la région de l'Est parfois sur le front humanitaire et sécuritaire connaît quelques difficultés, et vous avez les deux régions du nord-ouest et du sud-ouest, pour un pays à revenu intermédiaire, malgré les capacités de résilience dont l'Etat a fait preuve face à ces multiples crises, je pense qu'il est temps de réfléchir à d'autres modalités, peut-être sur le terrain politique", recommande-t-il.
Pour l'analyste, "si des gens sont capables de perpétrer de la violence de cette manière-là, ça veut dire qu'il y a peut-être une forme d'insatisfaction par rapport à l'offre politique qui leur est faite. Peut-être qu'il est temps de trouver le moyen de renouer les chaînes de dialogue qui n'ont jamais été abandonnées mais de trouver les moyens de faire en sorte qu'on puisse amener ces personnes à la table de négociation."
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Efoulan : la fosse était prête avant le meurtre
- Collaboration ADC - TAXIGO : 50 chauffeurs présélectionnés pour Yaoundé-Nsimalen
- Partenariat MINDEF–CUY : le Génie Militaire réalise le tronçon Minkoameyos–Nkol-Nkoumou
- TAKAD AWARDS 2026 : Douala ouvre la voie à la 7ᵉ édition du « grand bal des génies africains »
- Ntandoum Watat: Lauréat du Prix d’excellence du meilleur apprenant en Hôtellerie-Restauration-DQP 2024-2025
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Emmanuel Gérard Ondo Ndong n’aura pas survécu à sa liberté
Ecobank Cameroun : 25 ans dejà, des milliards mobilisés, un développement partagé.
Cameroun - Nourane Foster dénonce : la route de tous les dangers
CAN féminine : Le Cameroun sacré champion ! (3-0)
Mveng vs Effoudou : Le clash qui secoue les médias camerounais
il y a un mois
France - Niger, Mali, Burkina : Paris change de stratégie
Cameroun - Paul Biya à Genève, décrets signés à Yaoundé : qui trompe-t-on ?
Afrique - Motsepe officialise : la CAN passe à 28 équipes
Cameroun - Kousseri en émeute : deux morts, la police accusée
Cameroun - Vacance du pouvoir : ce que cache la Constitution
il y a un an