Cameroun - Gregoire Owona : "Maurice Kamto n’est pas cohérent"
© Le Jour : Propos recueillis par Flore Edimo | 27 Aug 2020 10:01:00 | 2845Quelle est votre réaction suite à la sortie du président du MRC ?
Je suis surpris et indigné en même temps. Surpris par la facilité avec laquelle Maurice Kamto, intellectuel accompli peut parler du Cameroun et de son devenir. Je l'ai dit il y’a quelques jours sur les réseaux sociaux, l'action politique en République s'exerce dans les instances prévues à cet effet. On ne peut pas s'autoproclamer leader de l'opposition dans un pays et se muer ex nihilo en chef rebelle menaçant ouvertement de déstabiliser les institutions, et partant le Cameroun. Il est temps que ces provocations cessent et qu’ensemble nous continuons à bâtir notre pays.
Toute chose qui est une oeuvre continuelle, sans fin, au-delà des régimes et mandats politiques. Le MRC a refusé d’aller aux élections locales et se retrouve aujourd’hui sans élus et par conséquent sans électeurs pour certaines élections. Il est évident que le leader de cette formation fait face à une pression des cadres et militants de son parti qui auraient pu être aujourd’hui des députés ou conseillers municipaux mais ne le sont pas à cause de ce choix visiblement égoïste et qui était un gros mensonge politique. On se souvient que certains ont publiquement exprimé cette frustration. Notre démocratie mérite plus de sérieux et de cohérence de la part de ceux qui l’animent et aspirent à gouverner. Le MRC juge les lois en vigueur inappropriées lorsqu’il ne les conteste pas tout simplement, il réfute les dirigeants en place qu’ils traitent de tous les noms… mais ses cadres revendiquent et obtiennent des diplômes ou actes civils signés par des autorités qualifiées d’illégitimes et illégales. Vous conviendrez avec moi qu’il y’a de la part de Maurice Kamto et de certains de ses partisans quelque chose d’incohérent dans leur démarche politique.
N'y a-t-il pas un fond de vérité dans ce qu'il demande ? La fin de la guerre dans les régions anglophones, et la révision du code électoral ?
Le code électoral est une loi et aucune loi n'est rigide et éternelle en l’état Les lois changent comme le monde évolue. Cependant la modification des lois s'opère dans un cadre institutionnel bien défini avec des acteurs bien définis. On ne peut donc pas s'auto exclure du jeu institutionnel et vouloir jouer hors des règles. Cela s'appelle de l'imposture. Si la loi doit être modifiée, elle le sera par le truchement du peuple camerounais légitimement représenté par les députés qu'il s'est librement choisi. Quant à la crise anglophone, M. Kamto semble avoir un bouton magique sur lequel il faut appuyer pour y mettre un terme en temps et en heure. En ce qui concerne le Gouvernement en place, nous travaillons patiemment sous l'impulsion éclairée du Chef de l'Etat à ramener progressivement l'ordre, la paix et la sécurité dans ces zones mais également à les maintenir sur toute l'étendue du territoire. L’Etat fait face aujourd’hui à des brigands qui sont aussi ses fils, sans complaisance ni faiblesse, les autorités compétentes sont entrain de régler cette crise avec méthode et fermeté.
Le top départ des régionales est lancé... Leur déroulement va-t-il apporter quelque chose à la vie politique du pays?
Justement seules les échéances électorales rythment la vie politique d'une démocratie. Je ne sais pas si le top départ est vraiment lancé, mais les choses se préparent. L’Irak, l’Afghanistan pour ne citer que ces deux pays sont en guerre depuis des années mais des élections s'y tiennent. On ne peut pas alors crier au loup de la dictature et s'opposer au carburant du jeu politique à savoir le suffrage électoral au terme duquel le peuple se dote de personnalités qui vont oeuvrer au développement harmonieux de la Nation. Il ne faut donc pas que certains soient incohérents et surtout irresponsables. Dois-je vous rappeler que Maurice Kamto qui réfute la tenue de ces élections a sollicité les suffrages des camerounais en octobre 2018 pour la magistrature suprême dans des conditions presque similaires sinon plus graves, et le peuple souverain a accordé sa préférence au Président Paul BIYA ! Le Cameroun est plus grand que nos égo mal placés et on ne doit pas laisser le vent qui souffle nous empêcher d’avancer vers le but final, nous faire perdre de vue le développement progressif du Cameroun.
Evidemment, le peuple attend de ceux qui sont en responsabilité une amélioration de la gouvernance publique et nous oeuvrons sans relâche et en dépit des résistances à promouvoir les principes et pratiques de bonne gouvernance. Toutefois je dois dire à ceux qui sont dans l’opposition que cette interpellation les concerne aussi en tant que citoyens d’une part et comme responsables de partis politiques car il y’a beaucoup de choses à revoir dans la manière dont ils gèrent leurs organisations et en cela on peut douter des dirigeants qu’ils seraient pour notre pays demain, si cela devait arriver.
Qu’est devenu l’appel à la paix que vous avez lancé chez les bétis ?
On en reparlera, laissez le temps au temps…
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