Le Cameroun en partage
© Mutations : Par Georges Alain Boyomo | 20 Dec 2019 09:06:00 | 2573Sardinards et tontinards. Ces deux mots ont fait une entrée fracassante dans le vocabulaire du débat public au Cameroun depuis la veille de l’élection présidentielle de 2018.
Au commencement, ils semblaient établir la ligne de rupture entre les partisans de la majorité au pouvoir – du statu quo – et ceux d’un parti politique de l’opposition, porteur d’un nouvel élan. Jusqu’alors, ces néologismes ne heurtaient personne, ou presque, parce qu’ils participaient de la gouaille qui alimente quelquefois les échanges sur les réseaux sociaux.
Mais, par un extraordinaire glissement, les termes sardinards et tontinards sont devenus la grammaire du vivre-ensemble dans notre pays. En effet, des considérations d’ordre ethnique ont été greffées à ces expressions, jadis agréables à l’oreille, achevant d’en faire des cocktails Molotov. L’affaire a même pris une tournure guerrière, du moins d’affrontements à visage découvert, avec la création de la Brigade anti-sardinards (Bas) et de la Brigade anti-tontinards (Bat). Les armes sont brandies et les tirs vont dans tous les sens. Il ne reste plus qu’à compter les victimes actives ou collatérales dans les deux camps, sous le feu nourri des « brigadiers » et aspirants.
Des victimes de la haine et de l’intolérance, elles sont tellement nombreuses qu’on ne les compte plus sur les réseaux sociaux, espace que chaque belligérant ou faction veut régenter, selon son positionnement. Du virtuel au réel, il n’y a qu’un pas tel que si rien n’est fait, le Cameroun pourrait bien connaître des déchirements intercommunautaires à la moindre étincelle socio-politique.
La situation est critique au point où il nous semble important de rappeler à tous les Camerounais cette assertion d’Antoine de Saint Exupéry : « si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Accepter la différence, accepter la contradiction, se tolérer les uns les autres pour mieux coexister, tels sont les phares qui doivent éclairer le chemin de la préservation de la paix et la cohésion nationale au Cameroun.
Dans cette quête de sauvegarde de la stabilité du pays, le gouvernement, les leaders politiques et, plus globalement, d’opinion, ont chacun un rôle important à jouer. Manipuler ou instrumentaliser les ethnies dans une mosaïque comme le Cameroun, c’est assurément jouer avec le feu. Un feu qui n’épargnera personne s’il vient à être allumé. Quel que soit notre bord politique, ethnique, religieux ou culturel, personne ne sortira indemne d’une déflagration tribale au Cameroun.
Nombreux parmi nous se plaisent à commenter, souvent avec une délectation non feinte, les crises qui secouent d’autres pays. C’était le cas lorsque le Rwanda, la Côte d’Ivoire ou le Burkina-Faso ont été secoués par des convulsions socio-politiques. Disons-nous que les choses qui arrivent aux autres peuvent également nous arri-
ver et faisons tout ce qui est dans la mesure du possible pour nous en prémunir. « Je ne suis ni sardinard, ni tontinard. Je suis Camerounais ». Déjà entendue ici et là, cette phrase ne doit pas être une simple incantation ou déclaration du bout des lèvres. Elle doit être une ligne de conduite, dans nos faits et gestes, au quotidien.
En règle générale, les cycles électoraux sont des moments propices à l’exacerbation du repli identitaire. Les législatives et municipales pointant à l’horizon, il n’est pas exclu que la bête immonde du tribalisme gagne en agressivité et en nuisance. Avec de lourdes conséquences sur le climat social. Aux citoyens de faire preuve de lucidité et de maturité, car nous avons le Cameroun en partage.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Cameroun : le naufrage silencieux des universités publiques
- Paul Biya absent depuis 58 jours : coup d'État silencieux en préparation ?
- Cameroun : Biya promeut un général à la tête de la Garde présidentielle
- Biya absent, l'armée camerounaise se tribalise
- Silence présidentiel au Cameroun : qui pour rassurer le peuple ?
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Mvondo Ayolo : « Ceux qui attendent la mort de Biya partiront avant lui »
France - FESTIVAL EMUNÈ KWAMBÈ 2026: à Villejuif, la diaspora Sawa écrit une nouvelle page de son histoire
Gabon - Affaire Bongo : Sonia Rolland rattrapée par un appartement offert en 2003
Tentative de coup d'État au Cameroun : qui est Sani Mouhamadou ?
France - PARIS CROISIÈRE : LE TRIOMPHE D'UN COUPLE, LA FORCE D'UNE COMPLÉMENTARITÉ
il y a un mois
Cameroun - Francis Ngannou inaugure Venice Hall : un empire à Yaoundé
Cameroun - Le BIR débarque à Douala : le port passe sous protection militaire
Cameroun - Yaoundé : fini l'anarchie des taxis, place au QR code
Cameroun - « Je suis la voix qui crie dans le désert » : Mbede Fouda défie Indira
Cameroun - La police infiltrée une cérémonie de rasage : l'État a peur d'une barbe
il y a un an