Cameroun - Fausses notes dans la carrière des artistes - Assistance maladie : L’argent manque le plus
© Mutations : Blaise Djouokep | 28 Aug 2019 13:21:00 | 31899Les accrocs de la musique camerounaise auraient sans doute souhaité un duo entre ces deux icônes auteurs de sonorités langoureuses. Mais les circonstances en ont décidé autrement. En plein mois d’août lorsque les nouvelles inquiétantes sur l’état de santé de Marthe Zambo et Nguéa La Route, ont ravivé le capital de sympathie jadis exprimé par leurs différents fans. Il y a surtout eu ce S.O.S lancé par Mama Nguéa, comme on aime à l’appeler, en début de semaine dernière.
Une alerte accompagnée de vidéos circulant sur le Net et montrant Nguéa La Route défraichie, amaigrie et fatiguée. Ces supports à travers lesquels Mama Nguéa égraine les difficultés rencontrées et parle d’une main tendue. Il y a aussi Marthe Zambo. Même si elle n’a pas voulu rendre publique sa maladie, l’artiste ne se porte pas mieux. « Marthe Zambo va très mal. Son état de santé est critique au fil des jours. Elle a besoin d’une bonne prise en charge et cela nécessite de l’argent. Elle doit subir une intervention chirurgicale de toute urgence », confiait en milieu de semaine dernière son communicateur, Joseph Marie Debalois Fiatchoua, à la rédaction de Mutations à Douala.
Une santé précaire confirmée par l’artiste qui, joint au téléphone, avoue ne pas être en mesure de tenir un entretien, puisque très fatiguée et rongée par une maladie depuis quelque temps. « Je suis très malade. Pour l’instant, je me sens très fatiguée. Je ne peux pas vous parler », réagit-elle au bout du fil. L’opinion ne fait pas la sourde oreille. Au contraire, ces appels à l’aide reçoivent un écho favorable du ministère des Arts et de la culture, qui a dépêché une mission au chevet deux mastodontes de la musique camerounaise, afin de « leur apporter le réconfort du gouvernement ».
Comment en est-on arrivé là ? Qu’est ce qui peut expliquer qu’après une belle et riche carrière, certains artistes musiciens demandent qu’on vole à leur secours quand ils sont malades ? Les avis divergent. « Lancer un Sos quand on est artiste, quand on a touché des cachets, c’est de l’irresponsabilité. Le ministère (des Arts et de la Culture) a-t-il pour mission de soigner les artistes ? Dans vos cachets, payez l’assurance maladie. Il y a des personnes qui touchent 35 000 Fcfa et qui envoient leurs enfants à l’école. Ceux qui ont plombé le droit d’auteur au Cameroun se sont les artistes eux-mêmes », soutient Tchop Tchop, le 18 août, dans l’émission Jambo Tv qu’il anime sur Canal 2 international.
Une sortie qui lui a valu une volée de bois vert sur la toile. Sa position est pourtant partagée par Théodore Kayesse, d’après qui, le problème est celui de la gestion de la carrière des artistes qui ne considèrent pas la musique comme un métier. De ce fait, ces artistes ne s’entourent pas de toutes les précautions et garanties pouvant leur permettre de bien gérer leur carrière musicale. Le portail des camerounais de Belgique. « Certains artistes ont grandi avec une certaine définition de l’artiste, en oubliant qu’il faut en faire un métier, c'est-à-dire s’y investir totalement et vivre de ça », explique-t-il. Avant de prodiguer des conseils : « Quand on choisit d’en faire un métier, on prend toutes les dispositions possibles. Il faut donc s’organiser. Il faut des gens, des structures d’accompagnement. S’il est bien accompagné, il fera son art le plus longtemps qu’il le peut et en vivra décemment », explique ce critique d’art, tout en reconnaissant que « la situation de ces artistes est déplorable ».
Droit d’auteur
A en croire une autre frange, ces arguments ne tiennent pas, dès lors qu’elle situe le problème dans l’environnement teinté de cacophonie où est plongée la gestion du droit d’auteur. « Le salaire de l’artiste, c’est son droit d’auteur. Si un artiste n’a pas de droit d’auteur, de quoi et comment va-t-il vivre ? C’est la vraie question. Les cachets des artistes qu’ils perçoivent lors des concerts ne sont pas le droit d’auteur. Le droit d’auteur devrait être versé tous les trois mois, alors que le cachet est payé pendant les concerts qui ne sont pas réguliers. Sans droit d’auteur, on ne peut pas faire de prévision, ni se soigner convenablement », argue Debalois Fiatchoua qui estime que la situation de Mama Nguéa et Marthe Zambo est compréhensive et inhérente aux hommes et femmes de culture au Cameroun. Tout en relevant que ces artistes ne devraient pas manquer de ressources financières pour se faire soigner, ce dernier fustige les multinationales qui font venir leurs pairs au Cameroun pour des concerts de musique, en leur versant des dizaines voire centaines de millions Fcfa. Et lorsque vient le tour d’un musicien national, son cachet s’évalue en monnaie de singe.
« Les artistes ne demandent pas l’aumône. Ils demandent leur droit d’auteur pour se faire soigner. C’est leur droit. C’est leur salaire », fulmine-t-il. Du coté des artistes, le ton semble plus ferme. « Elle a travaillé, qu’on lui donne son argent. Que la tutelle assume ses responsabilités, qu’on lui verse ses droits d’auteurs, ce sont ses droits, il faut qu’on les lui donne. Elle a fait des albums qui ont bien marché. Que les responsables des droits d’auteur assument leurs responsabilités. Il faut que ces artistes vivent. Ce n’est pas après qu’on ira les décorer à titre posthume. C’est trop facile de faire de la récupération lorsqu’un artiste est mort. C’est maintenant qu’il faut les soigner », formule Ben Decca. Et Marthe Zambo c’est 17 albums en une quarantaine d’années. Une riche carrière à laquelle il faut ajouter de nombreuses distinctions aussi bien au Cameroun qu’en dehors. Mama Nguea aussi compte de nombreux albums avec plusieurs tubes à la clé.
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