Appel de Patrice Nganang au génocide : Les Camerounais indignés.
© Source : Cameroon Tribune | 09 Jul 2019 11:33:00 | 12155On le connaissait jusque-là pour ses déclarations à la limite de l’acceptable sur le Cameroun, pays où se trouvent pourtant ses racines. Mais il y a peu de temps, ils sont très nombreux, les Camerounais, qui pensent que Patrice Nganang est sans doute allé trop loin dans ses diatribes contre leur pays, contre son pays d’origine. Dans une vidéo d’une quinzaine de minutes diffusée sur les réseaux sociaux, il a clairement appelé l’une des communautés du Cameroun à se mobiliser afin de se défendre pour éliminer une autre.
Plus grave, il appelle ceux de ses « frères » ayant épousé des femmes ou des hommes issus de l’ethnie qu’il veut voir exterminer à s’en séparer « froidement », de même que les enfants issus de ces unions. Le portail des camerounais de Belgique. Un véritable appel au génocide. Une sortie qui a surpris et choqué de nombreux Camerounais qui n’hésitent pas à condamner cette attitude. Eux qui n’entendent pas voir leur pays plonger dans les affres de la division ethnique à l’instar de celle qui a causé un million de morts dans un pays du continent il y a à peine un quart de siècle. Pour sa part, Me Emmanuel Mbiam, avocat au barreau du Cameroun appelle le gouvernement à réagir à cette énième sortie en engageant des poursuites judiciaires contre l’intéressé tant au Cameroun qu’à l’étranger où réside cet individu qui se prévaut aujourd’hui d’une autre nationalité .
Marianne Simon-Ekanè, secrétaire nationale chargée des Relations avec l’extérieur au Manidem : « Des appels au meurtre inacceptables »
« Les appels au meurtre lancés par ce monsieur sont inacceptables, dangereux, et doivent être condamnés par tous. Car il existera toujours des esprits faibles ou égarés pour les prendre à la lettre. Cette haine de l’autre nous renseigne sur son insatisfaction de sa propre condition, et il veut en faire une insatisfaction globale de toute une tribu dont il n’est nullement le représentant, et qui ne lui a rien demandé. Le Cameroun est un pays dans lequel les différentes communautés sociales, tout comme religieuses, vivent en harmonie. La lutte politique ne s’articule qu’autour des convictions idéologiques, des différentes visions d’une société, et non sur des considérations ethno-tribales. C’est le raccourci de ceux qui manquent d’arguments, de formation politique, ou qui ont baissé les bras. Il est très facile de jouer avec les instincts primaires des Camerounais, mais il sera très difficile d’assumer les conséquences de telles dérives.
Dr Jean Paul Mbia, politologue : « Ce combat ne peut prospérer »
« Mon collègue Patrice Nganang est un schizophrène mû par des relents pré-terroristes. Animé par une névrose obsessionnelle, il a structuré un combat qui ne peut prospérer dans un périmètre national où les valeurs républicaines de paix sociale et de cohésion nationale (au sens de Ernest Renan qui objecte de la nécessaire appartenance à un sentiment commun, des us et coutumes et institutions identiques) sont consensuellement acceptées par des voies électorales et référendaires (1972), et ce dans une ligne de concaténation. La logique insurrectionnelle invoquée et convoquée par cet esprit séditieux et génocidaire est une vue de l’esprit, une allusion faisandée et chimérique. »
Hugues Tchoumegni, artiste slameur : « Cet appel me choque »
« L’appel au génocide me démoralise et me choque dans la mesure où les conflits politiques ne doivent jamais devenir des conflits personnels. On peut avoir des soucis avec la manière dont un pays est géré, mais la gestion d’un pays ne signifie pas tuer des gens. Je pense qu’il est important que tous nos intellectuels amènent le peuple à réfléchir de façon pacifique, que l’on puisse s’asseoir à une table et discuter. Si on n’est pas d’accord avec le point de vue des autres, on ne doit pas pour autant demander qu’il y ait mort d’homme pour cela. C’est du choc des idées que jaillit la lumière, et non pas du choc des armes ».
Georges Latigelle Efouman, enseignant : « Non au tribalisme »
« Un proverbe de chez nous dit : « Si tu ne sais pas où tu vas, souviens-toi au moins d’où tu viens. » C’est ce conseil que je veux donner ici à Patrice Nganang, qui a visiblement oublié que nous avons toujours vécu en harmonie, nous, les tribus du Cameroun. Un appel à une guerre tribale, à la haine tribale, est dangereux et contre-productif pour notre pays. Et surtout dans le contexte actuel. Je pense que nous devons tous dire fermement non au tribalisme dans notre pays. Et nous devons aussi, avec patience et constance, enseigner cela à nos en- fants, leur transmettre l’amour de la patrie, qui ne peut pas s’accommoder de haine tribale, de haine des autres compatriotes en raison de leur origine ethnique. »
Christian Korondo Obam, président régional Cnjc Est : « Nous condamnons énergiquement ces propos »
« Fort des propos du professeur Nganang Patrice, je voudrais dire que certes, il y a des situations qui dans la vie pourraient pousser un être humain à perdre la raison. Mais dès lors qu'il s'agit de la promotion du tribalisme, qui n'est pas une valeur dans la société, qui de plus en plus a plutôt besoin de la participation de tous et de chacun, je ne peux que condamner énergiquement ces propos. D'ailleurs dans la région de l'Est tous les jeunes sans distinction de tribu ou d'origine vivent paisiblement et en harmonie. Ce dont nous avons besoin ce n'est pas la division. Dans la région de l'Est, les jeunes partagent tous et à égale valeur, le vivre-ensemble, et en ont conscience. Il n'est donc pas question de détruire les valeurs sur lesquelles repose notre héritage commun qui est le Cameroun. Non à la guerre tribale.»
Flora Ndolike, coordonnatrice générale de CAPGEDD-Est, leader d'association féminine à l'Est : « C’est inadmissible »
« Nous nous insurgeons contre cette sortie inopportune de ce compatriote. C'est inadmissible. Cette déclaration est totalement désapprouvée et condamnée. Il doit faire amende honorable pour dire qu'il s'est trompé. Le Cameroun n'a pas besoin d'être divisé. Car ce sont des propos de division et de haine. En tant qu'être humain, nous avons besoin de nous accepter comme nous sommes. Les ambitions politiques. »
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