Cameroun - Lutte contre la corruption : Faut-il plus de pouvoir à la CONAC ?
© Cameroon Tribune : Azize MBOHOU | 14 Jan 2019 09:14:00 | 2634De l’avis de certains observateurs, les compétences de cette institution pourraient aller au-delà des rapports de dénonciation.
L’actualité de ces dernières semaines a été abondamment enrichie par le contenu du 7e rapport de la Commission nationale anti-corruption (CONAC). Le document est en effet revenu sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun. Les résultats d’enquêtes sur le terrain et dans plusieurs secteurs. Juste cela, diront certains. Ce travail, faut-il le rappeler, est encadré par la loi N°2006/088 du 11 mars 2006 portant création et organisation de cette institution. En son article 24 en effet, la CONAC « …élabore à la haute attention du président de la République, un rapport annuel sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun. Ce rapport est rendu public. »
Il est donc clair que la CONAC travaille dans un cadre normatif et réglementaire que lui confère la loi. Celui de mener des enquêtes sur les cas de corruption et de les porter à l’attention du chef de l’Etat. Dans ce contexte, et selon ses propres membres, elle a obtenu des résultats probants. Le premier étant une prise de conscience accrue des conséquences tragiques de la corruption sur les individus et le bien-être collectif. Tenez, en 2017, 3 982 dénonciations venant des 10 régions du Cameroun et de l’étranger. Preuve que les populations adhèrent à la lutte contre la corruption, en espérant légitimement que l’impunité régresse.
Par ailleurs, grâce à ses investigations, la CONAC a pu mettre à jour des cas de gaspillage de fonds publics, de mauvaise gestion, de fraude fiscale ou d’exécution de projets non-conformes aux normes et de fonctionnaires fictifs. En outre, à la lecture du 7e rapport, un certain nombre de mesures ont été prises dans diverses administrations publiques pour améliorer la gouvernance et réduire les opportunités de corruption, sur la base des études et recommandations faites par la CONAC. En 2017 également, la CONAC a permis à l’Etat, grâce à ses investigations, de recouvrer près de 52 milliards de F. Si la CONAC se satisfait des efforts louables et avancées notables, elle exprime tout de même un « sentiment d’inachevé qui persiste dans l’esprit des Camerounais. » Mais l’angle qui est mis en exergue, pour expliquer cette attente des populations, c’est que la CONAC devrait davantage se rapprocher d’elles. En effet, « le fait que l’institution ne soit pas basée qu’à Yaoundé la capitale limite dans bien de cas son temps d’intervention sur le terrain. »
Il est donc clair que « décentraliser » la CONAC en créant des démembrements régionaux et départementaux peut être un pouvoir supplémentaire. D’autre part, l’on pense qu’on peut réorienter les objectifs de cette structure, dans la vision globale et stratégique de lutte contre la corruption au Cameroun, en lui conférant aussi le droit d’interpeller les auteurs présumés de cas de corruption.
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