Cameroun,Yaoundé: Le quotidien des travailleurs de nuit
© Mutations : Par Marguerite Papana | 11 Jun 2017 16:03:21 | 5714Exposés à bien de périls, ils ne bénéficient néanmoins pas de primes de risques. A 17h, alors que le soleil se couche pour la plupart sur une journée remplie, celle de Sandrine S. ne fait que commencer. Elle va regagner son domicile à 7h le lendemain.
Elle est serveuse depuis six mois dans ce snack-bar très fréquenté, juché sur une colline au lieu-dit Montée Jouvence à Yaoundé, qui n’ouvre ses portes que dans la nuit. Vêtue d’un polo sur lequel est inscrit au dos «fille de salle», Sandrine S. a du mal à circuler. Il est minuit passée et ‘’le soleil s’est déjà levé’’ pour les noctambules de la ville de Yaoundé. «C’est le samedi des bacheliers», apprend-on de la serveuse.
Des élèves qui achèvent la composition du baccalauréat. Sa cuvette de bière en main, elle essaie de garder les yeux ouverts, malgré l’éclairage et la fumée qui se dégagent de la salle aux allures de boîte de nuit. La musique d’un chanteur nigérian très à la mode que diffusent les hauts parleurs empêche de converser avec son plus proche voisin. Aucune piste de danse n’est prévue pour se trémousser. Ce qui sert de couloir est envahi par de jeunes gens qui, enlacés, dansent un «collé-serré», fument ou boivent.
Pour circuler, Sandrine S. se faufile entre les tables pour prendre les commandes des clients. Pendant qu’elle sert, elle bouscule quelques bouteilles de bière qu’elle a déjà installées sur la table. L’affluence est à son comble et le snack semble étroit. Cadre idéal pour des mains baladeuses. Sa voix qu’elle s’échine à rendre rauque et sévère ne décourage pas certains. C’est que la vue de ses formes rebondies ne laisse pas les hommes indifférents. Quand ce ne sont pas des attouchements de pervers ou de gens saouls qu’elle repousse violemment, il faut essuyer le mépris des clientes.
Ce samedi, la serveuse se fait insulter par deux clientes qui estiment ne pas avoir été bien servies. «Petite imbécile, tu n’es qu’une sale serveuse», lance une des clientes visiblement courroucée. Malgré les tentatives des voisins de table des jeunes femmes pour calmer la situation, les choses s’enveniment. Il faut l’intervention de la sécurité pour régler le problème.
Primes de travail
La sécurité est assurée par de «gros bras». À leur vue à l’entrée du snack, tout le monde se met en rang. Les visages fermés, ils ne semblent pas disposés à faire causette. Parmi eux, Maxime. Sous son polo de couleur orange estampillé «sécurité», un volume impressionnant de muscles. Il est videur. Maxime travaille de 21h jusqu’à 7h, jusqu’à ce que le dernier client s’en aille. Son travail consiste à sécuriser les biens et matériels du snack. «Quand un client est saoul, nous avons le devoir de le vider, de le mettre à l’extérieur du snack en toute sécurité», explique-t-il.
Les avant-bras herculéens de Maxime laissent entrevoir des cicatrices. Celles-ci sont des souvenirs de clients mécontents. En 20 années de service en tant que videur, il a été blessé plusieurs fois. «Toutes ces cicatrices sont des blessures de bouteilles cassées ou de couteaux. Quand tu vides un client, il est énervé et revient avec un couteau pour en découdre avec toi», raconte-t-il. «Parfois, le lendemain, tu reçois une convocation du boss. Le client dit qu’il avait une somme d’argent qui a disparu alors que ce n’est pas vrai», renchérit-il. Et pas de récompense du «boss» pour ces justes travailleurs.
Lorsqu’on parle de panier de nuit, Sandrine S. arrondit les yeux de surprise. «Le panier de nuit c’est quoi ?», demandet-elle sur un ton d’ingénue. Des primes, lui explique-t-on. Les primes, explique-t-elle, ne sont octroyées que par des clients généreux ou contents du service. Déclaration que confirme Maxime. «Tu peux avoir un ami ou bon client qui te «farote» avant de partir. A part cela, rien», fait-il savoir. Leur salaire varie entre 70 et 100 000 Fcfa. Ici, il leur est défendu de boire, de manger ou de s’asseoir pendant le service.
Mais pour Israel Mfouapon, gardien de nuit à Mvan, le problème ne se pose pas. En effet, la société de gardiennage qui l’emploie octroie des primes de nuit…, mais aussi de jour. «Les primes de nuit c’est 5 000 Fcfa et les primes de jour 3 000 Fcfa, après un an de service», affirme-t-il. Avec un salaire de 50 000 Fcfa et les risques encourus dans l’exercice de sa profession, ces primes sont du pain béni.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Accusé de coup d'État, Sani Mouhamadou contre-attaque
- Olive Ngobo accuse Badjeck de détournement de fonds
- Olive Ngobo demande à Badjeck de « répondre personnellement »
- Cabale ou vérité ? Badjeck engage des poursuites en France et au Cameroun
- Olive Ngobo Elok confirme les accusations d'Effoudou
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Affaire Effoudou : les accusations qui ébranlent le Cameroun
Cameroun - DGSN : les policiers ne peuvent plus confisquer les CNI
États-Unis - Cameroun absent : la carte américaine qui scandalise
Cameroun - RDPC en crise : Nkuété panique au Palais des Congrès
Italie - Franco Baresi mort à 66 ans : l'AC Milan pleure sa légende
il y a un mois
Canada - Ottawa : la crise des passeports camerounais vire au scandale
Mon édito avant France-Maroc en quart de final de la coupe du monde
Cameroun - Séisme à Etoudi : Baboke convoqué par la sécurité présidentielle
Afrique - Tony O. Elumelu prend sa retraite DU GROUPE UNITED BANK FOR AFRICA
Cameroun - Bac 2026 : correcteurs non payés, résultats menacés
il y a un an