Cameroun, Aménagement urbain: Le SOS des autochtones de Yaoundé
© Le Quotidien De L'Economie : Parfait N. Siki | 29 May 2017 03:21:59 | 5322Les 44 familles de la capitale s’inquiètent d’assister à la dilution de leurs clans et de leurs spécificités anthologiques. Elles déplorent l’urbanisation destructrice de ce qu’elles sont sans ménagement.En contrebas des Brasseries du Cameroun, Razel a installé une base d’où cette entreprise de travaux publics se déploient pour l’aménagement du lit de la rivière Mfoundi.
Les Ebouns, une des 44 familles de Yaoundé, à laquelle appartiennent les frères et sœurs Ayissi, stars de la danse, de la musique et de la mode, s’étonne que ce site ait été attribué à cette entreprise sans indemnisation.
Une autre plainte portée par les autochtones de Yaoundé indique que le site occupé par le marché Mvog-Mbi à Yaoundé n’a jamais fait l’objet d’une quelconque indemnisation ou réparation. « Tout se passe comme si c’est un domaine foncier public », s’insurge un dignitaire ewondo. Dans la plupart des cas, s’ils veulent être entendus parce que particulièrement remontés, les filles et fils des différents clans de Yaoundé préfèrent garder l’anonymat. « Nous ne voulons pas être traités de xénophobes parce que nous n’en sommes pas. Nous demandons que l’aménagement de Yaoundé tiennent compte de l’existence sur les sites sollicités des familles établies depuis des siècles », se défend un autre, cadre dans une entreprise publique.
La jurisprudence Onambélé Zibi, qui a rendu public un mémorandum pamphlétaire en octobre 2016, avant de se mettre quasiment toute l’élite du département du Mfoundi à dos, effraie les voix nombreuses qui
s’expriment loin des feux de la rampe. Il n’y a pas d’autres écrits de ce genre en préparation, mais à l’écoute des uns et des autres, c’est un vrai malaise qui se vit au sein de cette partie de Camerounais qui se maudissent presque d’être nés dans une ville dont le développement se fera fatalement contre leurs racines ethniques.
Loin de s’installer dans un rejet de l’étranger, des autochtones de Yaoundé redoutent ce qu’ils voient arriver au pas de course: la dilution ou la disparition de leurs clans et la mort dans la foulée de
leurs spécificités anthropologiques et culturelles. Pour bien l’illustrer, ils prennent l’exemple des expropriations et des recasements, qui sont devenusleur lot quotidien. Le cas de Nsam revient tout le temps.
Pour ne pas revivre la catastrophe survenue dans ce quartier le 14 février 1998, où au moins 200 Camerounais avaient péri dans un gigantesque incendie, le gouvernement avait décidé de réaliser un projet
d’aménagement de la SCDP de Nsam, dont le but était d’instaurer une zone de sécurité pour éloigner des populations dont les toits de case frôlaient les installations de dépôt des produits pétroliers. Une
opération d’indemnisation et recasement est menée qui va toucher de dizaines de familles installées à cet endroit depuis des temps immémoriaux.
Les bénéficiaires vont percevoir leurs dus avec un plan de recasement à Simbok, après Mendong. L’expérience a montré que la transposition du milieu déguerpi n’a jamais eu lieu. Les terrains octroyés ont été bradés par des populations autochtones qui devaient pourtant perpétuer leur milieu culturel. Ce groupe a été dilué du fait de ce chamboulement et d’un afflux de ressources financières dans les foyers, dont certains ont volé en éclats. « Nous soupçonnons les pouvoirs publics de s’être comportés comme pour se donner bonne conscience, sans mesurer l’impact sur ces groupes familiaux. La gestion des fortes sommes d’argent s’apprend », dénonce un autochtone.
Un autre projet de délocalisation inquiète au sein des clans du Mfoundi: la section urbaine de l’autoroute Nsimalen-Yaoundé, dont les études de faisabilité sont en cours. Il est prévu la destruction des chefferies de Dakar 1 et 2 et de Nsam. Au sein des familles concernées, c’est la consternation. Elles n’ont jamais oublié les dommages que le passage du chemin de fer dans leurs villages avait provoqué. Si elles avaient résisté à cette « agression », elles craignent que celle quis’annonce sonne le glas de leur groupe culturel. « Quand on dit que l’Etat exerce son devoir de protection des minorités et des autochtones, c’est loin d’être une manœuvre pour retarder ou bloquer le développement de la capitale, mais des solutions doivent exister pour que les clans du Mfoundi continuent à exister comme des entités anthropologiques et culturelles », argumente un fils Ewondo, universitaire. Il ajoute en substance qu’ils sont conscients que le modèle villageois est incompatible avec les ambitions d’une ville de Yaoundé moderne et ouverte au monde, mais la question des populations autochtones doit se poser. L’interpellation de l’Etat est surprenante, tant c’est un fils de Yaoundé qui dirige la communauté urbaine. « Tsime Evouna a un problème, il n’écoute personne », répondent en chœur ses frères.
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