Cameroun, Revendications régionalistes : Une pratique politique?
© Le Jour : Jean-Philippe Nguemeta | 25 Mar 2017 12:08:55 | 5966Érection du Noun en région. Cette requête des parlementaires Udc s’inscrit dans une logique devenue la règle au Cameroun. Le Noun veut cesser d’être un simple département.
Les parlementaires de l’Union Démocratique Camerounais (Udc) l’ont fait savoir le vendredi 17 mars 2017 à l’hôtel des députés à Yaoundé. La cause ? Ils disent être marginalisés de façon accentuée depuis le dernier découpage territorial qui a fait de la zone Bamileke, une grande «région ».
Au commencement, il y avait deux régions à l’Ouest : la région Bamoun et la région Bamileke. Finalement, la zone Bamileke a été transformée en région.
On eût dit deux belles femmes dotées des mêmes potentialités et atouts physiques ayant épousé un puissant et charmant prince mais qu’un Léviathan a décidé de rendre l’une d’elle veuve. C’est le constat qui se dégage quand on suit de près l’actualité Bamoun et celle du département du Noun en particulier. C’est face à cet abandon ou à une sorte néantisation que les députés Udc se lèvent ces derniers temps et exigent l’autonomisation de leur région.
Ils sont formels : il faut redonner au Noun son statut historique de région.
L’Udc considère comme une grave injustice de continuer à maintenir le Noun constitué des trois quarts de la population de l’Ouest comme un simple département. Selon Tomaino Ndam Njoya, le porte-parole des députés Udc à l’Assemblée nationale, « au départ, il y avait deux régions à l’Ouest : la région Bamileké qui avait pour chef-lieu Dschang et la région Bamoun, dont le Noun était Foumban.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec cette configuration : l’ancienne région Bamileke qui affiche sept départements et l’ancienne région Bamoun un département ». D’après elle, il s’agit d’une grave injustice car le département du Noun est plus vaste que les sept départements de la région Bamileke.
Cette situation a des répercussions sur le niveau des populations et des jeunes. A ses yeux, les jeunes sont sans horizon en l’absence des infrastructures sportives. Bien plus, l’on observe un grand retard en matière d’infrastructures dans tous les domaines et secteurs d’activités. « Les populations vivent ces situations comme une injustice, comme une brimade, la seule solution, c’est d’ériger ce département en région ou de trouver toute autre formule s’analysant dans la transformation des arrondissements actuels en départements, pour la justice, l’équité, l’épanouissement des populations et, l’éloignement des causes de ressentiment qui, allant grandissants, sont des plus préjudiciables à la construction nationale », a-t-elle martelé.
L’honorable Ndam Njoya critique également le découpage électoral qui doit se faire sur la base de la superficie et des populations, le nombre de députés, Bip, services déconcentrés, structures de santé, culture réservés au département du Noun qui a le même nombre de populations que la région de l’Ouest.
Le député Mbouombouo Mama du même parti dit ne pas comprendre pourquoi on n’éclate d’un côté et on réprime de l’autre. « Ce n’est pas normal qu’on laisse prospérer des injustices. L’Etat a pour mission de fournir des biens et services et de rapprocher les administrés. Il faut s’armer de courage pour quitter Manyala, ma localité qui est à 150 km du centre ». Avis partagé par plusieurs jeunes ressortissants du département du Noun. Njoya Salatou explique qu’il faut se déplacer sur plusieurs kilomètres pour aller s’épanouir et faire signer des documents officiels. « Je me dis que la création des sous-préfectures ou leur multiplication rapprocherait davantage les administrés des gouvernants », a-t-il affirmé.
Nji B indique que plusieurs jeunes sont obligés d’aller en ville à cause des conditions de vie assez précaires. Sauf que cette espèce de contagion peut avoir d’autres agendas.
Le politologue Njoya Moussa affirme qu’ « on est dans un contexte épistolaire et il faut faire très attention. Il faut aller au-delà du discours officiel. En réalité, le discours pour la transformation du Noun en plusieurs départements s’est posé et il faut dire que cette revendication a un enjeu majeur.
Il s’agit de fragiliser l’autorité du Sultan. Mme Tomaino Ndam Njoya sait bien et nous sommes bien dans la fameuse notion du champ politique chez Bourdieu ». Il ajoute que le sultan s’est toujours posé en défenseur du maintien du Noun comme un département. « Il se joue dans cette bataille la préservation de l’hégémonie du sultan ou du monolithisme », a-t-il ajouté.
A la question de savoir s’il y a des chances que la revendication des députés Udc prospère, Njoya Moussa a précisé que depuis la réforme de 1996, rien n’a véritablement changé et le chef de l’Etat ne peut pas aujourd’hui prendre des risques pour modifier la configuration régionale actuelle.
Cette pratique n’est pas nouvelle. En 2008, des parlementaires du Grand Nord avaient exigé l’admission à l’école normale de Maroua de tous les jeunes ressortissants de cette partie du Cameroun.
Dans cette revendication, le président de l’Assemblée nationale était en tête de file. Au début des années 2000, les élites de cette même partie du Cameroun avaient publié un mémorandum qui avait eu un grand retentissement et qui avait justement fait bouger les lignes. Les auteurs ont été admis dans le gouvernement. Dans la même veine, le Sud a aussi demandé l’université.
En général, ces revendications trouvent satisfaction, du moins pour les élites qui sont recrutées dans l’appareil étatique.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- MRC : Willy Mengue et ses co-demandeurs désertent le tribunal pour la 2e fois
- Kondengui : la lettre qui accuse Biya de préparer un génocide
- RDPC : 15 ans sans congrès, 15 ans de contestations ignorées
- Kairos face au défi d’une diaspora camerounaise à réconcilier
- Fausse annonce : un « nouveau parti » attribué à Kamto circule
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
il y a un mois
Cameroun - Emmanuel Gérard Ondo Ndong n’aura pas survécu à sa liberté
Ecobank Cameroun : 25 ans dejà, des milliards mobilisés, un développement partagé.
Cameroun - Nourane Foster dénonce : la route de tous les dangers
CAN féminine : Le Cameroun sacré champion ! (3-0)
Mveng vs Effoudou : Le clash qui secoue les médias camerounais
il y a un an