CRISE ANGLOPHONE : UNE RENAISSANCE DE LA DIASPORA CAMEROUNAISE S’IMPOSE !
© Correspondance : Ludovic Lado, Jésuite | 16 Feb 2017 11:03:42 | 8878La faiblesse principale des intellectuels camerounais indignés de ces dernières décennies, ceux de l’intérieur comme de l’extérieur, est qu’ils n’arrivent pas à s’indigner ensemble. Chacun aboie de son côté et la caravane passe. De sa cellule de prison à Birmingham, Martin Luther King, en réponse à ses critiques qui lui reprochaient d’être « extrémiste » et impatient, écrivait : « Notre génération n’aura pas seulement à répondre des mots et des actes haineux des méchants ; il lui faudra aussi répondre du silence consternant des gens de bien. Le progrès humain ne coule pas de source. Il se forge au prix des efforts inlassables de ceux qui se veulent les artisans de Dieu, et sans leur dur labeur, le temps lui-même se fait l’allié des forces de l’inertie sociale. » (Cf. La résistance non violente, Paris, Payot, 1965, p. 120). Oui, sans la solidarité des forces de changement, le temps se fait l’allié des forces d’inertie sociale. C’est cela l’un des problèmes du Cameroun.
La crise anglophone qui secoue le Cameroun a sérieusement polarisé l’opinion publique camerounaise. Là n’est pas le problème ! Il est permis de ne pas être d’accord, surtout quand chaque partie est de bonne foi. Le problème est que chaque jour qui passe les arrestations et emprisonnements des compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la privation d’internet, et bientôt de réseaux téléphoniques, les procès en cours de l’élite anglophone contestataire, etc. Bref, la solution de répression adoptée par le régime Biya va entrainer le Cameroun dans le gouffre. Et c’est le rôle des intellectuels de tirer la sonnette d’alarme, et si possible, de la tirer ensemble. Chaque jour qui passe, ces mesures de répression forgent une conscience collective anglophone qui ne peut se poser qu’en s’opposant au reste du Cameroun, celui-là qui n’a pas été privé d’internet depuis plus d’un mois. Chaque jour qui passe, la répression radicalise les anglophones.
Nous sommes nombreux à tirer la sonnette d’alarme dans les médias et les réseaux sociaux. Nous sommes nombreux à ne pas approuver la manière dont cette crise est gérée, mais seulement, comme par le passé, nous n’arrivons pas à nous indigner ensemble. Chaque chien aboie de son côté et la caravane passe. Quel gâchis !
La maladie qui frappe les partis politiques et la société civile du Cameroun, notamment leur incapacité à faire des synergies gagnantes contre l’insanité politique et sociale qui sévit au pays, semble miner aussi la diaspora intellectuelle camerounaise qui brille plus par des succès individuels que par des prouesses collectives.
Comment font les Maliens, les Sénégalais, etc. pour avoir des diasporas si bien organisées au point qu’un gouvernement ne peut les ignorer qu’à ses dépens ? Le Cameroun n’en est-il pas capable ? Comment s’étonner en effet que face à cette crise anglophone dans laquelle le Cameroun s’enlise et se fissure, qu’on n’entende pas parler d’un sommet de la diaspora Camerounaise en vue de faire entendre sa voix dans la recherche de solutions. C’est en guérissant de ses propres forces d’inertie que la diaspora camerounaise en général et sa diaspora intellectuelle en particulier contribueront à guérir le Cameroun. Une renaissance !
Le même Martin Luther King écrivait : « L’injustice est comme un abcès : pour y remédier, il faut l’exposer à la lumière de la conscience humaine et à l’air de l’opinion nationale, sans craindre la tension qui en résulte. Vous affirmez que nos actes sont condamnables parce, si pacifiques soient-ils, ils provoquent la violence. Est-ce logique ? (…) On n’a pas le droit de contraindre un individu à renoncer à obtenir ses droits fondamentaux, sous prétexte que ses démarches pourraient entraîner la violence. » (Idem, p. 119). Le moins que l’on puisse dire est que la crise anglophone expose l’abcès d’une injustice dont souffre la majorité Camerounais, mais qui ne se décline pas dans toutes les régions du Cameroun de la même manière ou avec la même intensité. On peut apprécier différemment les solutions proposées par les leaders de la contestation pour sortir de la crise. Mais si on est intellectuel au vrai sens du terme, on ne peut pas approuver la gestion actuelle de crise qui s’apparente à une punition des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. J’appelle donc tous les intellectuels Camerounais de la diaspora qui pensent que la répression n’est pas une solution durable à constituer un front unique d’indignation pour se désolidariser de la persécution de l’élite anglophone et pour proposer une alternative qui passe nécessairement par le dialogue. Comment ne pas conclure par ces autres mots de Martin Luther King : « Ainsi, malgré ma déception première d’avoir été catalogué comme extrémiste, j’ai fini, en y réfléchissant, par en être flatté. (…) Alors, il ne s’agit plus de savoir si nous sommes ou non des extrémistes, mais à quelle sorte d’extrémisme nous appartenons : celui de la haine ou celui de l’amour ? Celui qui protège l’injustice, ou celui qui propage la justice ? (Idem, p. 123-124) Le Cameroun a aujourd’hui plus que jamais besoin de ses intellectuels, de la coalition des forces de ceux-là qui ont choisi de mettre leur science au service de la dignité humaine et du bien commun. Ils ne sont peut-être pas nombreux, mais l’union fera leur force.
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