Cameroun - Un fumet de la manipulation repéré à YAOUNDÉ
© Integration.org : Jean-René Meva’a Amougou | 21 Jan 2017 10:31:45 | 6617Un tract a circulé le 12 janvier 2017 au campus de l’Ecole normale supérieure (ENS) de Yaoundé. Le document veut susciter un piquet de solidarité des élèves-professeurs envers leurs aînés favorables à une année blanche.
As an anglophone student, you must express your solidarity to the elders. Our educational system can not be gobbled up !» Sur fond blanc d’un papier glacé, deux phrases et même une pointe d’injonction demandent un peu de solidarité de la part des étudiants. Cela précise qu’il se passe quelque chose ce 12 janvier à l’ENS de Yaoundé. Mais quoi donc ? Clairement, vers 10 heures à l’entrée de l’institution, un verrou saute sous nos yeux : un jeune tribun, presque déséquilibré par sa propre tornade d’adrénaline, entretient un groupe d’étudiants sur le contenu du tract.
A l’observation, c’est dix minutes de communication politique ponctuée par un cri de ralliement guerrier prononcé à l’unisson. «Stop it now !», entend-on. A l’analyse, bien difficile de ne pas faire rimer cette scène avec le discours dépressif des revendications des enseignants camerounais d’expression anglaise dans le Nordouest et le Sud-ouest du pays. Pressé de filer vers une voiture grise de marque Toyota VX, immatriculée NW 841 A, l’«orateur» balance : «I am relying on you to push for this» (Je compte sur vous pour exercer les pressions nécessaires dans ce sens, NDLR).
L’affaire semble sérieuse et aiguillonne la curiosité. Auprès du groupe resté à lire le tract, le reporter apprendra que leur «interlocuteur» revendique son appartenance à l’un des syndicats des enseignants en grève dans le Nord-ouest. Au-delà, il a dit être le porte-voix de la contestation qui, depuis la fin d’année dernière, s’est donné pour mission de «stigmatiser un système éducatif perçu comme inégalitaire, sinon discriminatoire».
A dire vrai, le campus de l’ENS de Yaoundé ne constitue qu’un crochet préparatoire du «vaste mouvement contestataire destiné à faire pression sur le gouvernement». Ce matin, le «distributeur de tracts» a fait passer des messages ornés d’éloges bien commodes de la méthode dite «anglophone ». Ici, il a lancé des flèches vers ce qu’il a appelé «une vieille pédagogie durcie en satanés programmes ». Là, il a procédé à la justification de la révolte dans le Nordouest et le Sud-ouest. Au final, apprend- on, il a prôné un projet de société d'affrontements communautaires qui confine à la guerre civile.
Manip
Dans sa prétention d’être au parfum de l’actualité tant à Bamenda qu’à Buea et leurs environs, l’homme a surtout soulevé la problématique d’une année blanche dans ces zones. D’après le groupe d’étudiants de l’ENS de Yaoundé qui lui a prêté une oreille, cet activiste a semé des éléments éclairants sur les desseins de certains.
«On l’a écouté (rires). En fait, son argumentaire a surtout relevé de l'inversion accusatoire, tapis rouge de la manipulation victimaire qui absout certains de toute faute, balise l'écho de zéro école dans cette partie du pays pour le compte de l’année en cours», analyse Mbong Kenneth Nanè. «C’est un raisonnement pervers qui ouvre la porte à toutes les soumissions, toutes les cécités », tranche cet étudiant en 3ème année de lettres bilingues.
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