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Cameroun - Affaire Abdoulaye Harissou : Une vidéo à charge contre A. Siddiki ?

Une audition à la Dgre du coaccusé du notaire a été diffusée hier à l’audience.

La salle d’audience du Tribunal militaire de Yaoundé a été transformée hier 18 janvier 2017 en une salle de projection. C’était dans le cadre de l’affaire ministère public contre Me Abdoulaye Harissou, Aboubakar Siddiki et trois journalistes. Procès dans lequel l’homme d’affaires Aboubakar Siddiki et le notaire Abdoulaye Harissou comparaissent pour les faits de complicité d’assassinat, détention et port illégal d’armes de guerre, hostilité contre la République et outrage au  président de la République.

Les trois autres accusés sont les journalistes Baba Wame, Félix Ebole Bola et Rodrigue Tongue qui sont quant eux accusés de non dénonciation. Les cinq accusés sont poursuivis pour les faits qui datent de 2014. Seuls les deux premiers accusés ne comparaissent pas libres. C’est le poste téléviseur installé dans la salle qui a retenu l’attention de toute l’assistance. L’audience d’hier qui entrait dans la suite des débats a été consacrée en grande partie à la diffusion d’un Cd contenant quelques éléments sonores.

Ces éléments sonores sont un enregistrement vidéo de l’audition d’Aboubakar Siddiki. Selon le président du Tribunal cette audition a été enregistrée en août 2014. Quatre Cd ont été déposés hier auprès du président de Tribunal par le ministère public. Ces supports ont été présentés pour qu’ils soient considérés comme pièce à charge contre les accusés. Il s’agit en effet des supports d’audition des accusés à la Dgre et leurs écoutes téléphoniques interceptés par la Dgre.

C’est le Cd d’audition d’Aboubakar Siddiki qui a été d’abord diffusé. La vidéo a montré Aboubakar Siddiki assis sur une chaise et répondant de manière incohérente aux questions à lui posées par un « enquêteur ». Sauf que la vidéo en question ne montrait ni le lieu où l’enquête se déroule, ni la personne qui a auditionné l’accusé. Dans cette vidéo, Abdoulaye Harissou déclare comment il s’est rendu à Bangui en République Centrafricaine en janvier 2013 avec pour objectif d’entrer en contact avec certains rebelles pour déstabiliser le Cameroun.

La vidéo montre aussi l’accusé prenant connaissance d’un document dénommé « plan de déstabilisation » qu’il voulait remettre aux rebelles. Ce document a été remis par l’enquêteur qui voulait savoir si l’accusé reconnaît ledit plan. Selon le  président du Tribunal ces éléments sonores ont été enregistrés le 6, le 13, le 17 et le 20 août 2014. Avant le début de la vidéo, le représentant du ministère public a relevé qu’il n’était pas important que ces supports soient diffusés par ce que s’il fallait le faire cela devait prendre plus de 48h. Un point de vue qui ne sera pas partagé par les sept conseils des accusés.

Torture

Une heure après la diffusion du premier Cd, les conseils des accusés ont demandé la parole pour quelques observations. « Nous ne voyons pas l’importance de cette vidéo parce qu’elle n’a pas été prise dans les conditions légales. Nous ne savons pas l’identité de la personne qui auditionne Aboubakar Siddiki, ni le lieu. En plus nous voyons comment l’enquêteur utilise un ton menaçant afin d’obtenir les réponses de notre client. Au moment où on filmait cette vidéo à la Dgre, notre client était en train de subir les violences physiques et morales.

En plus l’enquêteur en question ne lui a pas demandé s’il voulait être assisté par un conseil ou pas. L’accusé a été obligé de réciter les réponses qui proviennent de cette vidéo », déclare Me Chantal Edzengte Modo, avocat d’Aboubakar Siddiki. Cette réaction des avocats des accusés a surpris le ministère public qui souhaite à son tour la poursuite de la séance vidéo.

Les avocats des accusés soutiennent que ces supports provenant de la Dgre ne peuvent pas être admis comme pièce à charge contre leurs clients. Ils exigent ensuite que le président du Tribunal rejette ces supports. C’est à ce niveau que l’audience a été suspendue pour reprendre le 10 février prochain. Ce jour-là il sera question pour le Tribunal d’apprécier l’ensemble des éléments de fonds soulevés par les conseils des accusés.

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