Cameroun - Gouvernement : Gwaboubou chez Yang
© Mutations : Georges Alain Boyomo | 21 Sep 2016 13:05:33 | 6826Les nominations du ministre de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique au centre d’une controverse.
Le Premier ministre a convoqué dans ses services mardi dernier le ministre de l’Industrie, des mines et du Développement technologique (Minimidt) en vue de voir clair dans son projet de nominations des directeurs et assimilés dans ce département ministériel. Outre Ernest Gwaboubou, on signale parmi les participants à cette réunion de crise le secrétaire d’état auprès du Minimidt, Fuh Calistus gentry et des proches collaborateurs de Philemon Yang, notamment le ministre secrétaire général des services du Pm, Magloire séraphin Fouda, le directeur de cabinet, Paul Ghogomu Mingo et le conseiller technique, Pierre Fabien Nkot.
D’après nos sources, Ernest Gwaboubou a été précisément convoqué pour s’expliquer sur son «tsunami» relatifs aux postes de directeurs. Seuls deux directeurs sur huit auraient survécu au mouvement. À en croire les pourfendeurs du texte ministériel en quête des visas de la présidence de la République (ils n’ont fait que transiter par le Pm), des ressortissants de la partie anglophone du Cameroun (dont est originaire le Premier ministre) ont été «marginalisés» par Ernest Gwaboubou.
Un «oral» auquel cet ancien délégué régional du ministère de la Fonction publique s’est plié volontiers. Cette convocation du ministre de l’Industrie à la Primature survient après les nominations des sous-directeurs et des chefs de services, lesquels ont sonné le glas de nombreux responsables ayant travaillé sous Emmanuel Bonde et Badel Ndanga Ndinga. L’arrêté du 29 août 2016 portant nomination des responsables dans les services centraux du Minimidt en dit long sur «l’aggiornamento» opéré par l’ancien directeur de l’économie sociale. Sur 114 postes pourvus, six responsables seulement restent en poste. Les autres sont mutés ou appelés à d’autres fonctions.
Mais dans les dédales du Minimidt, le grief est fait à Ernest Gwaboubou d’avoir «placé ses hommes» pour en espérer des dividendes, d’avoir muté des responsables ou de les avoir appelé à d’autres fonctions, sans préciser de quelles fonctions il s’agit. En d’autres termes, si l’on s’en tient aux contempteurs de cet administrateur civil réputé d’extraction modeste, des fonctionnaires qui occupaient hier des fonctions de chefs de service et d’ingénieurs d’études sont aujourd’hui sans postes, alors même que l’arrêté du ministre de l’Industrie précise qu’ils sont mutés ou appelés à d’autres fonctions. «Sous le prétexte de vouloir assainir, le ministre a fait des nominations sur la seule base des règlements de compte.
Il n’a consulté personne. Le résultat, c’est que de nombreux cadres vont se retrouver en vadrouille dans ce ministère et cela sera contreproductif. Il n’est pas interdit de placer ses hommes lorsqu’on est nommé à la tête d’un ministère, mais il faut le faire avec un peu de méthode. Le ministre aurait pu adopter par exemple la formule, remis à son administration d’origine», enrage un ex-chef de service au Minimidt.
Opérateurs économiques
Une source proche du dossier des nominations querellées au Minimidt rejette en bloc ces accusations. «C’est sur la base du fichier du personnel que ces nominations ont été faites. Le ministre a tenu à mettre les hommes les plus qualifiés au différents postes, non pas sur une base tribale, mais sur la base des informations répertoriées sur leurs fiches respectives. Il n’est pas normal qu’on retrouve dans un ministère des ingénieurs sortis d’écoles de référence de la place et que des postes de chefs et services et de bureaux soient en grande majorité occupés par des professeurs de lycées, qui pour la plupart, n’ont pas la qualification requise.
Pendant des années, des postes ont été signalés comme pourvus lors des différents recensements des fonctionnaires et agents de l’Etat, alors qu’ils étaient vacants. Qui avait intérêt à voir prospérer cette situation ? Le ministre Gwaboubou a simplement remis les choses à leur juste place. Les enseignants qui ont été remerciés ne sauraient être au chômage ou en vadrouille. On a besoin de leur expertise dans les lycées et collèges à travers le pays», indique ce cadre au ministère de l’Industrie.
Une autre source révèle, s’agissant du mouvement attendu des directeurs, que celui-ci vise à mettre fin aux privilèges indus que certains hauts cadres s’octroient sur le dos de l’état qu’ils sont censés servir. «Des réseaux, avec pour chefs de file des directeurs, se sont constitués dans ce ministère pour extorquer de l’argent aux opérateurs économiques ou bloquer leurs dossiers lorsque leurs intérêts ne sont pas saufs. A ce jour, l’Etat du Cameroun est en procès avec des opérateurs économiques qui ont été floués par des directeurs en poste au Minimidt, en complicité avec des personnes insoupçonnées. Au moment où le chef de l’Etat parle d’industrialisation, il est inadmissible que des hauts fonctionnaires rament à contre-courant.
Le ministre est déterminé à nettoyer les écuries d’Augias. Ce n’est pas du goût de tout le monde», insiste cette source. Après dix mois d’observation, le ministre de l’Industrie a donc décidé de passer à l’offensive, en donnant un coup de pied dans une fourmilière dont tous les ressorts ne sont pas connus. Un fonctionnaire en service à la Primature déclare qu’au Minimidt, la guerre des tranchées bat son plein au point où les camps en présence sont déterminés à se pourrir la vie mutuellement.
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