Cameroun - Présidentielle gabonaise : Kyé-ossi sous haute surveillance
© Mutations : Guy Roger Mvondo | 03 Sep 2016 13:24:27 | 10985Le dispositif sécuritaire renforcé, des patrouilles se multiplient à Kyé-ossi à l'effet de parer à toute éventualité.
Les échauffourées de la présidentielle gabonaise hantent les esprits des habitants de la ville frontalière de Kyé-ossi . Même si officiellement les autorités locales refusent de l'admettre, le constat qui se dégagent au regard de la morosité ayant marqué la nuit de mercredi à jeudi dernier, est que les populations de la ville des trois frontières redoutent les répercussions de la violence éclatée mercredi à Libreville et Port-Gentil.
C’est une ville de Kyé-ossi presque déserte et relativement calme qui a accueilli les résultats de la présidentielle gabonaise mercredi dernier. L’ambiance chaude des cabarets, snacks et night-clubs, a momentanément été mise entre parenthèses, afin d'éviter tout débordement, apprend-on. La coupure d'électricité intervenue aux environs de 22 heures est venue en rajouter, selon toute vraisemblance, à la gêne liée aux restrictions imposées par les patrouilles devenues systématiques dans la ville et le long de la frontière depuis dimanche, 28 août 2016, de nuit comme de jour.
Ce matin du jeudi, 1er septembre 2016, Kyé-ossi a tout l’air d’une ville à deux visages. À la frontière avec la guinée-équatoriale, la sérénité est de mise. Les entrées et sorties se font en toute quiétude. Ici, on semble ne pas être préoccupé de ce qui se passe au Gabon. «Les gabonais ne doivent pas accepter la manipulation des forces étrangères. Ils sont responsables de l’avenir de leur pays», nargue un passant sous anonymat.
Ici, on pense dur comme fer que la France est au centre des malheurs qui secouent actuellement ce pays voisin. À l’entrée Ouest de la ville, au poste frontière Cameroun-Gabon, le scénario est plutôt différent. La fermeture de la frontière aux véhicules ajoutée à la fermeture des marchés à Bitam et Oyem, entraine un flux de personnes à Kyé-ossi ces derniers jours. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, des badauds armés de brouettes assurent le transport des bagages des ressortissants gabonais jusqu’à la ville de Meyo-Kié voisine. Les conducteurs de mototaxis qui ont pratiquement doublé les tarifs de transport, et les petits commerçants installés aux alentours du poste frontière sont entre autres bénéficiaires de cette situation de crise.
Familles d’accueil
La particularité ici est que l’actualité liée aux émeutes gabonaises alimente toutes les conversations. On s’enquiert des dernières nouvelles au passage des gabonais soumis à une identification systématique au poste de police. «La mairie de Bitam a été incendiée cette nuit. Il semble que les manifestants ont décidé de s’attaquer aux institutions de souveraineté», informe un couple en partance pour Abang Minko’o. En plus des emplettes, des gabonais profitent de leur entrée au Cameroun pour prendre attache avec des familles d’accueil.
Ceux qui ont des ramifications parentales dans la zone seraient en train de s’établir en douceur dans les villages. Depuis quelques jours en effet, un flux de véhicules immatriculés au Gabon pullule les villes du sud. Selon Simon Edjimbi Abeng, sous-préfet de Kyé-ossi, «des dispositions ont été prises au niveau de la hiérarchie pour parer à toute éventualité au cas où la situation s’enliserait davantage». Pour l’autorité administrative, «le Cameroun qui est déjà débordé par les foyers de tension installés à la frontière Est du pays et dans l’Extrême-Nord, a intérêt à sécuriser sa frontière Sud. Car, si la violence venait à s’installer dans cette zone, c’est l’ensemble du pays qui en portera un coup aux plans social et économique», souligne-t-il.
Des sources crédibles affirment dans la même veine avoir aperçu nuitamment des contingents militaires prendre la direction de la frontière quelques jours avant la publication des résultats mercredi par Pacôme Moubelet-Boubeya, ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation, de la sécurité et de l’Hygiène publique et la confirmation de l’élection d’Ali Bongo par la Commission électorale nationale et permanente (Cénap).
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