Afrique - Pourquoi les Africains de la diaspora doivent mettre fin aux manifestations contre leurs dirigeants
© Correspondance : Leon Tuam | 29 May 2016 14:32:53 | 6932Les Africains de la diaspora ont l’habitude d’organiser des conférences, des manifestations et marches contre leurs dirigeants en protestation contre les manières maffieuses, discriminatoires, injustes et antipatriotiques dont sont dirigés leurs pays. Et plus ces maladresses de leurs dirigeants se multiplient, plus ces expressions publiques hostiles vont croissantes.
Dans les villes et capitales européennes et américaines surtout, cette diaspora africaine récente (n’oublions pas qu’il est des diasporas africaines) en organise beaucoup sans s’interroger sur leurs fruits et sans se demander à qui elles profitent. Il me semble qu’il est temps de fournir de réponses justes à cette question-là.
En tant qu’activiste des Droits Humains et ancien syndicaliste, j’ai piétiné rues et représentations diplomatiques africaines en occident auprès d’autres Africains pour dénoncer les abus et crimes des dirigeants de mon continent, et demandé des changements politiques, économiques et sociaux qualitatifs. Sans dire qu’il s’agissait d’erreurs, c’est depuis quelques années que j’ai commencé à voir les choses différemment. Et les raisons sont les suivantes.
1-Très attentivement depuis quelques années j’ai observé la vie sociale et politique dans les pays occidentaux (Amérique et Europe le plus) et constaté qu’il y avait aussi beaucoup d’abus et d’injustices commis sur leurs citoyens. Il y a au quotidien des violations des droits et volontés de leurs populations à des degrés divers.
Dans ces pays, les violations des droits des citoyens, les violences par la police et les différents services secrets sont nombreuses. D’autre part, les populations ne veulent pas des guerres de pillages, d’annexions et d’occupation que leurs dirigeants planifient et livrent un peu partout dans le monde, mais leurs avis ne sont jamais pris en considération ; c’est comme si elles ne comptaient pas.
Quelqu’un ici peut-il me dire quand et où est-ce qu’il a vu des citoyens français ou américains d’Afrique, d’Europe, d’Amérique ou d’Asie manifester devant les représentations diplomatiques de leur pays ou dans les rues des villes de ces continents, dénonçant les abus, les violences et le non-respect de leurs droits par leurs dirigeants ?
Qui a déjà vu des Français ou des Américains manifester contre leurs dirigeants quelque part malgré leurs gaucheries, sauvageries et trahisons ? Allons-nous oser dire qu’ils sont de si bons dirigeants ? O non, il n’y a qu’à scruter tous les coups doux ou brusques qui se donnent dans le dos de ces pauvres citoyens. L’on vous parle de liberté, que vous pouvez vous exprimer ; mais traversez un certain seuil dans la légalité, nuisez à certains intérêts, et le prix à payer sera très lourd.
L’Arabie Saoudite pour le moment au monde figure le bastion des violations des droits humains sur tous les plans de ses propres citoyens. Elle est le point du monde le plus sombre actuellement. Où dans le monde a-t-on déjà vu des victimes saoudiennes manifester contre leurs dirigeants tyranniques ? Leurs luttes impitoyablement écrasées se déroulent à l’intérieur.
Pendant et après les barbaries et génocides par des dirigeants occidentaux avec la complicité de l’ONU en Côte d’Ivoire et en Libye, qui ici a vu des Français ou des Américains de la diaspora se regrouper et manifester contre les cruautés des leurs ? Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Sont-ils si bêtes ? Non.
C’est que ces Français et Américains aiment leur pays, c’est parce qu’ils ne veulent pas donner l’occasion aux étrangers de ravaler et salir leur pays, c’est parce qu’ils veulent nettoyer eux-mêmes leurs ordures de l’intérieur et non de l’extérieur. Ils sont des patriotes, et des patriotes pétrifiés dans le moule de l’inconditionnalité. Mais certains d’eux qui auraient pu oser, ont peur d’être cruellement anéantis à leur retour au bercail.
2-Les marches et manifestations de la diaspora africaine contre les leaders africains sont plutôt très improductives à mon avis. Et en même temps, elles ne sauraient avoir d’impacts positifs sur la vie des populations des pays africains. Elles sont le plus souvent récupérées par des prédateurs.
Les luttes diasporiques africaines sont appuyées par les Etats et certaines Structures des pays hôtes seulement quand ces luttes sont des roues devant conduire à d’énormes profits. Parmi ces manifestants ou activistes, souvent l’on a déjà pointé de futurs leaders qui joueront demain le même rôle que jouent la plupart de ceux qui nous dirigent : des valets, des traîtres.
3-Les marches et manifestations des Africains de la diaspora contre leurs dirigeants profitent le plus souvent plutôt aux leaders économiques et politiques occidentaux et aux Africains diasporiques collaborateurs prêts à jouer le jeu de ces derniers. Ce sont eux qui se joindront à ceux de leurs compatriotes du pays qui courtisent les chancelleries étrangères, espérant recevoir d’eux le pouvoir pour perpétuer la domination des Africains.
Les leaders occidentaux aiment bien ces manifestations hostiles pour régler des comptes aux dirigeants africains patriotes et têtus. Ils les utilisent pour briser et enchaîner économiquement, financièrement et monétairement certains pays africains, et pour phagocyter davantage les richesses africaines.
Il faut voir que les marches, conférences et dénonciations et autres actions contre les dirigeants africains bons valets n’aboutissent à rien. Ainsi tout ce que les Ivoiriens de la diaspora entreprendront en France contre le pouvoir dictatorial et destructeur de Ouattara, d’Issoufou, de Sassou ou de Faure Eyadema, ne recevra aucun écho favorable; tandis que si ces actions sont contre les dirigeants algériens, tchadiens, burundais ou Equato-Guinéens, etc. les prédateurs avec leurs ONG et medium très vite appuieraient celles-ci.
La lutte de l’Afrique diasporique aujourd’hui doit s’orienter et s’accentuer plutôt sur des efforts à assister de manière insigne les populations africaines citadines et rurales matériellement, financièrement et didactiquement, avec des équipements pour hôpitaux, écoles, agricultures, élevages et pêches, etc.
J’ai beaucoup admiré cette forme de lutte chez un Africain d’origine camerounaise (le professeur Ambroise Kom, ancien ami de Mongo Béti) jadis basé à Boston aux Etats-Unis ; après des démarches et efforts titaniques dans la diaspora africaine pour des fonds pour la fondation et la fortification de l’Université des Montagnes au Cameroun, il est retourné au bercail. C’est l’exemple d’une lutte intelligente et patriotique plus utile à l’Afrique.
Les véritables luttes socio-politiques pour des changements qualitatifs et quantitatifs en Afrique doivent s’organiser et se dérouler à l’intérieur du continent africain et non ailleurs. Malheureusement, certains fils et filles d’Afrique s’entêtent à les mener de l’extérieur, ce qui peut relever de la naïveté, du pur désir de s’afficher ou de la trahison tout simplement. Dans tous les cas, nous devons apprendre chaque jour et avancer sans arrogance.
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