Cameroun - 20 mai 2016 : La voiture du président lâche en public
© Le Jour : William Oyono | 24 May 2016 10:09:56 | 21698Alors que Paul Biya s’apprêtait à passer en revue les troupes, son véhicule de commandement a du être remorqué en mondovision.
« Ponctuel comme un roi », selon le lexique des commentateurs de la télévision nationale, le Chef de l’Etat va faire son entrée sur le théâtre des événements aux encablures de 10h escorté successivement par la troupe équestre et les motards de la Garde présidentielle (Gp). Paul Biya va sortir de sa rutilante Maybach, la berline allemande qui a convoyé François Hollande lors de son voyage éclair au Cameroun, pour être accueilli par Joseph Beti Assomo dont c’était le premier 20 mai en sa qualité de ministre délégué à la présidence chargé de la Défense.
La suite du cérémonial immuable est connue de tous les camerounais familiers des défilés nationaux. Exécution de l’hymne national, solennité et hommage au drapeau vont constituer les autres arrêts auxquels le président de la République s’est plié. C’est alors que va se produire un rebondissement sur lequel peu de bookmakeurs auraient pu pronostiquer.
Alors que le Chef des forces armées s’apprêtait a gagné une deuxième limousine devant lui permettre de passer en revue les troupes, il lui est signifié par sa garde rapprochée que son véhicule de commandement ne répondra finalement pas présent. Une panne subite va immobiliser sa Mercedes-Benz 600 Pullman à six portes de couleur noire. Sans plus attendre, et pour ne pas provoquer un désagrément encore plus fâcheux que celui qui vient de se produire, une voiture jumelle, cette fois immaculée de blanc, va permettre à Paul Biya de poursuivre son trajet dont l’arrêt final sera la loge officielle où Marcel Niat Njifendji était déjà posté à l’entrée afin de lui présenter ses hommages.
La Mercedes dessinée par le français Paul Bracq sera difficilement conduite à l’arrière des tribunes afin de lui prodiguer probablement des soins de secours. Si le reste du défilé va se poursuivre sans autre incident, l’image de la voiture du Chef de l’Etat « tchoukée » comme on le dit de manière triviale dans le jargon populaire va occulter dans les chaumières la démonstration de force de l’armée et l’engouement des tous petits des écoles primaires.
Achetée sous l’ère du président Ahidjo, la Mercedes-Benz 600 incriminée est une véritable pièce de collection. Produite entre 1964 et 1981, ce modèle a été très prisé dans les années 1970 en Afrique où l’empereur centrafricain Jean Bedel Bokassa s’en servie comme moyen de locomotion à l’occasion de son sacre en 1977. Après avoir flirté un temps avec des Cadillac américaines et des Citroën DS de fabrication hexagonale, c’est sur la Pullman allemande que le président Ahidjo va jeter son dévolu sur la durée.
Son successeur a conservé jusqu’à ce jour cet héritage un peu vintage utilisé désormais uniquement comme véhicule d’apparat. Le roi Juan Carlos d’Espagne en 1980, François Mitterrand en 1983 et plus récemment le chinois Hu Jintao en 2007 l’ont emprunté lors de leurs passages à Yaoundé. Contrairement à plusieurs de ses homologues de par le monde, le Chef de l’Etat camerounais ne monte jamais à bord des véhicules militaires pour effectuer sa revue des troupes, leur préférant sa bonne vieille Pullman dont il est plus familier. Cette nouvelle panne rappelle une précédente crevaison dont a été victime Paul Biya en juillet 2015 au quartier Mvog-Mbi.
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