Côte D'ivoire - Le «grossifesse», la mode dont les Ivoiriennes sont folles
© Source : Slateafrique.com | 13 May 2016 16:06:02 | 47730En Côte d'Ivoire, plus les fesses sont grosses mieux c'est. Une course en avant qui menace la santé de pas mal de femmes.
Elles prennent du «grossifesse», onguent miracle au nom révélateur ou se couvrent le derrière de gaines «push-ups»: en Côte d'Ivoire, où «big is beautiful», les femmes rivalisent d'ingéniosité pour élargir leurs formes. La filiforme Kate Moss et ses égéries n'ont jamais eu la cote à Abidjan. «En Côte d'Ivoire, pour être belle, il faut avoir un beau bassin», observe Sarah, une commerçante de 34 ans. «Les hommes préfèrent les femmes un peu fessues».
Car les rondeurs sont signe d'opulence et de «bonne santé», explique le politologue Jean Alabro. Elles sont aussi gages de «maternités glorieuses», dont «les fesses sont le siège», poursuit-il. Tous les artifices semblent donc permis pour épanouir son séant. Evelyne est vendeuse de «grossifesse», autrement appelé «botcho crème» dans le marché de Treichville, le plus important de la capitale économique ivoirienne. En nouchi, la langue de la rue, «botcho» signifie «vaste arrière-train».
Cet onguent, produit à base d'"huile de foie de morue", de miel ou encore de beurre de karité, selon sa notice, connaît un succès inégalé. «C'est ma meilleure vente», affirme Evelyne, devant la crème «jolis seins» et la pommade «bazooka», qui sert à «affermir et grossir les membres» des hommes. Des dizaines de pots s'arrachent chaque jour, à 15.000 ou 25.000 francs CFA (23 ou 38 euros) l'unité, poursuit-elle. Une fortune en Côte d'Ivoire. Dans son petit kiosque, deux gros cartons destinés au marché ghanéen voisin attendent d'être emportés.
«Ce que Dieu donne, il faut garder»
Les résultats sont «garantis au bout de 30 jours» et durent, lance Evelyne, «il n'y a pas une seule cliente qui s'est plainte». «C'est pas comme les comprimés, qui te font gonfler, et ensuite tu perds», ajoute-t-elle. Des médicaments «élargissants» vendus dans un packaging plus professionnel -la plupart venant de pays anglophones, notamment du Nigeria- sont également proposés aux clientes à Treichville. Souvent à base de corticoïdes, ils génèrent diabète, hypertension ou infections, pouvant aller jusqu'au coma, met en garde le Pr Fatima Ly, dermatologue-vénérologue à Dakar.
Dans la capitale sénégalaise, ces médicaments, souvent faux, créent un «énorme» problème de santé publique qui affecte des milliers de personnes chaque année, s'alarme-t-elle. Moins lourdes de conséquences: les «fausses fesses», sortes de culottes rembourrées, que tâte Christine à Abidjan. «C'est pour ma fille», explique cette retraitée de 56 ans.
«Moi, j'ai déjà beaucoup de derrière, c'est lourd à porter», plaisante cette dame en robe jaune, qui refuse de communiquer son nom de famille mais assure préférer le «naturel» à l'«artificiel». «Ce que Dieu donne, il faut garder», dit-il. Apparus il y a cinq ans, ces compléments fessiers se vendent comme des petits pains, à 9.000 FCFA (13,7 euros) l'unité, se réjouit Kader Camara, le propriétaire du magasin.
«Avant, on n'avait pas ce genre d'articles. C'était un secret de femmes qui, pour aller danser, se cousaient plusieurs pagnes» afin de gonfler leur derrière, raconte-t-il.
Les insatisfaites de leurs cuisses se voient aussi proposer des rembourrages grossissant le haut des jambes, appelés «pistolets», poursuit le commerçant qui, pour expliquer ce terme, mime le geste d'un cow-boy, les bras le long du corps et rangeant ses révolvers.
Des lipo-injections dans les fesses
Autre technique d'élargissement, le bouillon cube Maggi, omniprésent dans la cuisine africaine, se verrait détourné de son usage alimentaire...
«J'ai une amie d'amie qui en prenait sous forme de suppositoire pour faire grossir ses fesses», assure Francine, jeune trentenaire. Cette pratique, apparue en RD Congo, a même donné lieu à une chanson dans ce pays. Les femmes «pensent que comme c'est gras, ça va leur faire prendre du volume», observe-t-elle.
«Le bouillon doit être utilisé pour la cuisine», commente sobrement Peggy Diby, communicante pour Nestlé/Maggi en Afrique de l'ouest, qui s'interroge sur la «véracité» de cette pratique. Pour les plus argentées, reste la solution bistouri, qui passe par une opération hors de Côte d'Ivoire.
Le chirurgien plastique parisien Robin Mookherjee, qui vient chaque mois à Dakar, indique avoir vu passer «des centaines de patientes» ouest-africaines, notamment ivoiriennes, influencées selon lui par la culture négro-latino-américaine. Il cite aussi le cas de Maliennes venues le consulter depuis Tombouctou à la première occasion, dès que les combats ont cessé dans leur pays. Autant de femmes prêtes à payer 3 à 4.000 euros pour se faire «lipo-injecter» dans les fesses leur propre graisse, prélevée dans leur ventre ou leurs bras.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Justice populaire à Fondjomekwet: L'intégralité de la lettre ouverte de Philippe Roger Tamkou Ngouo
- « Le Nattesgate » : un scandale qui intrigue
- Meridianbet devient sponsor officiel de l'UFC Fight Night Belgrade
- Rebecca Enonchong face à la SRC : procès le 27 juillet à Douala
- Michel FOSSO élevé au rang de Chef de la Communauté Bamougoum de l'Ouest
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Paul Biya absent : le vide constitutionnel qui inquiète
Nigéria - Héritage de 35 millions : son mari exige tout, elle divorce
Cameroun - SNH : Chantal Biya veut évincer Nathalie Moudiki
Monde Entier - Coupe du Monde 2026 : L’Angleterre prend le bronze, la France craque après une remontée folle 6-4
Cameroun - Yaoundé capitale du VIH en milieu urbain
il y a un mois
Afrique - Polygamie africaine : de l'assumé au caché, le grand basculement
Onana tacle Eto'o : « L'ego de Donatien K » a coulé le Cameroun
Cameroun - Faux décrets à la CRTV : manipulation politique ou tentative de putsch ?
Zébé : barricades et colère autour des frais de transport Cameroun-Tchad
Cameroun - Kribi : 2,6 milliards FCFA pour faire du port un géant logistique
il y a un an