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Cameroun - INSÉCURITÉ TRANSFRONTALIÈRE : La guerre oubliée de l’Est

On l’effleure dans les discours mais n’y pense pas dans les élans de solidarité. La région souffre pourtant des répercutions de la crise centrafricaine sur le territoire camerounais.

Nous sommes le jeudi 19 mars 2015 aux environs de 2 heures du matin. Yoko Siré, village situé à une dizaine de kilomètres de Garoua-Boulaï, chef-lieu de l’arrondissement éponyme, lui-même situé à 240 km de Bertoua, capitale de la région de l’Est. Alors que les populations locales dorment tranquillement, elles sont loin de soupçonner le drame qui se déroule. Comme une scène qui se répète toujours, un groupe armé se positionne au carrefour situé presqu’au centre du village. Au croisement des trois qui viennent l’une de Bertoua, et les deux autres mènent respectivement vers Garoua-Boulaï et la frontière avec la République centrafricaine (Rca). C’est là que le car de l’agence de  voyages « Lux Voyages » sera intercepté par ces éléments en armes qu’on soupçonne d’être des membres de la faction Anti-Balaka, supposée être proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé.

La technique est la même  depuis quelques années sans que les troupes camerounaises, postées à quelques mètres en contrebas de là, aient eu le temps de réagir. Mahamat Abakaï, le maire de la commune de Lagdo, et une quinzaine d’autres passagers du minibus sont sortis du véhicule et conduits à l’écart. Le sous-préfet de Lagdo, que le groupe accompagnait aux obsèques d’une de ses parentes à l’Ouest du pays, profite d’un moment d’inattention des assaillants pour prendre la poudre d’escampette. Et aller signaler ce nième enlèvement au même endroit aux autorités locales. La riposte organisée immédiatement conduit au constat de la volatilisation du maire de Lagdo et de ses autres compagnons. Par ailleurs, les ravisseurs ont laissé sur place le minibus qui les transportait.

RÉCIDIVES

Ce n’est pas la première fois que des bandes armées centrafricaines s’en prennent aux civils camerounais à nos frontières à cet endroit. On se souvient déjà que, selon des sources sécuritaires approchées à l’époque des faits, « dans la nuit du jeudi 1er mai 2014 aux environs de 21 h, des ravisseurs avaient pu accéder au [même] lieu de rapt [du 19 mars 2015] à bord des camions empruntés à Garoua-Boulaï, en traversant le poste de contrôle mixte situé à quelques 800 mètres en contrebas ».

Là, poursuivaient nos sources, « ils avaient immobilisé un car de transport en provenance de Ngaoundéré et en partance pour Bertoua et fait descendre les passagers à bord dont certains seront conduits en colonne vers les premiers villages de la Rca situés non loin de là et ayant souvent servi de base arrière à des groupes armés centrafricains. »

Au total, 18 Camerounais sont pris en otage en échange d’Abdoulaye Miskine dont la libération, quelques mois plus tard, sera entachée d’un mensonge présidentiel vite rattrapé par des versions étrangères contradictoires et plus crédibles. Plus tôt, au poste de péage de Garoua-Boulaï près de Yoko-Siré, dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 septembre 2012, Emmanuel Mandjomi Moloh, un agent du centre régional des Impôts de l’Est en service ce jour à ce poste, et Jean Paul Alim, âgé de 32 ans, un jeune villageois qui l’aidait à tirer la herse avaient été abattus.

Dans la même nuit, les mêmes bandes avaient fait otages Justin Hamane, Dieudonné Itina, Antoine Ndessen et Daniel Songou, tous des Camerounais, originaires de Yoko- Siré. Pour marquer leur emprise sur le long de la frontière qui sépare le Cameroun de la Rca, ces bandes armées ont souvent sévi, tué et fait des otages dans la Kadéy, un autre département de la région de l’Est. C’est ainsi que dans la nuit du 23 au 24 mars 2013 à Kentzou, le poste de police frontière et la brigade territoriale de gendarmerie sont attaqués.

Venus pour libérer leurs camarades Joseph Tada et Franck Brinkar et Ernest Bétara et Adoumanga, des Tchadiens recrutés par la rébellion centrafricaine, les assaillants, soupçonnés d’être des partisans… d’Abdoulaye Miskine, prennent en otage le gardien de la paix principal camerounais Gérard Djazet Dountio. Un peu plus loin, le dimanche 17 novembre 2013 à 13 heures, à Gbitti,
village de l’arrondissement de Ketté, situé à la frontière avec la Rca, est attaqué par une colonne de près de 1.000 hommes armés de fusils de guerre réclamant « la libération d’Abdoulaye Miskine ».

Comme lors de l’attaque du 1er mai 2014 à Yoko- Siré. Aujourd’hui que ce leader politico- militaire a été libéré, l’on ne comprend que ces attaques se perpétuent. Tout comme l’on s’étonne de ce que, malgré « la forte présence de nos éléments des forces de l’ordre pour sécuriser nos frontières » comme le déclame à chaque fois les autorités administratives en poste à l’Est, et le redéploiement du dispositif sécuritaire par le chef de l’Etat, ces bandes armées continuent d’opérer à l’aise en plein territoire camerounais.

Toujours est-il que du côté des populations de Garoua-Boulaï, et des autres populations de la région de l’Est, l’heure est une psychose générale « tant nous nous croyions déjà à l’abri des exactions de ces groupes armés centrafricains ».

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