Cameroun - Amnesty International relance l’affaire des «130 disparus»
© L’Oeil Du Sahel : RAOUL GUIVANDA | 31 Dec 2015 05:10:12 | 5273Dans un communiqué rendu public le 27 décembre 2015, l’ONG accuse l’armée d’exactions graves.
L’affaire dite des «disparus de Magdemé et Doublé», au cours de laquelle 25 suspects interpellés le 27 décembre 2014 dans ces deux localités de l’Extrême-Nord avaient trouvé la mort par asphyxie à Maroua, dans un magasin ayant servi à l’occasion de cellule aux forces de défense et de sécurité, est manifestement loin d’être terminée. «Le 27 décembre 2014, au moins 200 hommes et garçons ont été arrêtés par les forces de sécurité dans les villages de Magdémé et Doublé. Les pouvoirs publics affirment avoir interpellé 70 membres présumés de Boko Haram, dont 25 sont décédés la nuit même. Cependant, au moins 130 personnes sont encore portées disparues.
Lors de la même opération, au moins huit personnes, dont un enfant, ont été tuées, plus de 70 bâtiments ont été incendiés et de nombreux biens ont été volés ou détruits par les forces de sécurité», dénonce l’Organisation non gouvernementale Amnesty International dans un communiqué rendu public le 27 décembre 2014. «Un an après la disparition de ces garçons et ces hommes, leurs familles ne savent toujours pas ce qu’il est advenu d’eux. Elles n’ont reçu aucune information quant à l’endroit où ils se trouvent. De même, l’identité des 25 détenus qui, selon les autorités, sont morts dans une cellule du quartier général de la gendarmerie à Maroua n’a pas été révélée», poursuit le communiqué.
Pour l’armée camerounaise, cet épisode reste un trou noir dans sa guerre contre Boko Haram. Elle n’a d’ailleurs jamais, et c’est tout à son honneur, nié la tragédie survenue le 27 décembre 2014 et a immédiatement ouvert une enquête. Selon des sources sécuritaires, le commandant de la légion de gendarmerie au moment des faits, Zé Onguené Charles Gustave, devra ainsi répondre de cette affaire devant un tribunal militaire. «Nous disposons des milliers d’hommes en opération sur le terrain et il se peut que certains éléments incontrôlés se soient livrés à des exactions sur des suspects. Cette situation, en temps de guerre, n’est pas propre à l’armée camerounaise. Toutes les armées du monde, même celles les plus professionnelles comme l’armée américaine, israélienne, russe et autres connaissent ces types de problème. Chez nous, c’est un phénomène très marginal, alors marginal et chaque fois que nous en avons connaissance, nous sévissons.
Vous pouvez enquêter sur les militaires détenus ici et là, vous en aurez qui le sont parce qu’ils n’ont pas eu un comportement exemplaire dans leur mission. Nous sommes une armée républicaine qui met tout en oeuvre pour protéger les populations», avait expliqué un proche du général Kodji, commandant de l’Opération Emergence, l’un des deux dispositifs mis sur pied par le Cameroun pour combattre Boko Haram. Va pour les suspects morts asphyxiés dans la cellule magasin de Maroua. Qu’en estil alors des suspects interpellés et dont les familles sont sans nouvelles jusqu’ici camer.be? C’est ce point qui fait l’objet de crispation entre les familles, les organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme et l’armée. Les autorités camerounaises, malgré une liste à elles transmise par Amnesty International, réfutent ce chiffre. «Comme tous les suspects, ceux qui ont été interpellés et qui n’ont pas recouvré à ce jour la liberté font toujours l’objet d’enquête approfondie», explique une source sécuritaire à Maroua. Combien sont-ils ?
Sont-ils soumis à un régime d’isolement sévère alors que la justice ne s’est pas encore prononcée ? Autant de questions qui taraudent les esprits à Magdemé et à Doublé. «Nous faisons confiance à la justice et à l’armée. Mais qu’il nous soit permis de les voir, de leur apporter à manger, de leur fournir des avocats. Depuis ce 27 décembre 2014, nous ne savons plus qui est mort ou qui est encore vivants. Nous avons besoin de clarifications», plaide Ousmane, frère d’un des disparus. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, peu de voix s’élèvent dans la région pour exiger plus d’informations sur ce triste épisode de la guerre contre Boko Haram. Exacerbées par les atrocités de Boko Haram, les populations trouvent souvent dans les dénonciations des organisations des droits de l’homme, une tentative de déstabilisation de l’armée. «Il y a dans les médias une agitation autour des exactions de l’armée camerounaise. Je dois dire à ma connaissance qu’il n’en est rien et je suis bien placé pour le dire parce qu’ici à Fotokol, l’on trouve des réfugiés et des déplacés.
C’est un melting-pot. Il ne faut donc pas nous distraire. Qui égorge nos femmes et nos enfants ? Qui nous égorge à la moindre occasion ? C’est Boko Haram. A présent, l’on fait comme si c’est l’armée qui nous égorge, qui nous tue… Sans elle, que serions-nous ? Ici à Fotokol, qui peut se plaindre d’une exaction ? Personne. Parce qu’il y en a pas. Ceux qui veulent voir les exactions n’ont qu’à venir ici me voir, je leur montre là où les miens ont été enterrés, égorgés par Boko Haram», indique Mahamat Abakoura, un retraité installé à Fotokol. Son voisin, Moussa Abdourahman, âgé d’une soixantaine d’années, poursuit : «Est-ce que vous savez ce que les militaires nigérians font de l’autre côté de la frontière ? Allez discuter avec les réfugiés qui sont ici, ils vont vous dire ce à quoi se livre une armée qui commet des exactions. Quand vous écoutez leurs récits, vous pouvez saluer les efforts de l’armée camerounaise dans l’accomplissement de sa mission qui est celle de protéger les droits des citoyens. Même les Tchadiens qui ont séjourné quelques jours dans la zone de Gambarou et ses environs, n’ont pas fait de quartier. Il y a des récits, ils n’y sont pas allés de main morte. Comme mon ami Mahamat, je dis qu’il ne faut pas distraire les gens».
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- TRK, invité spécial de la 5ème édition du Summer Vibes Festival
- Drame à Douala : trois ouvriers chutent du 8e étage
- Cameroun : Joseph Fouda accusé d'escroquerie et d'espionnage
- Drame à Dschang : trois corps découverts à Mingmeto
- Diplomatie culturelle : Jean-Marc Châtaigner, plus loin, plus proche de Bangoulap
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Paul Biya, son état de santé, son retour et sa succession controversés
Sénégal - Pape Thiaw attaque la FSF : 423 millions réclamés
CAN féminine : le Cameroun joue 1,1 milliard face au Malawi
France - MISE AU POINT SUR LA LÉGITIMITÉ ET LA GOUVERNANCE D’EFRACAM
Cameroun - Affaire Fouda-Mbapou : Olive Ngobo promet de tout révéler
il y a un mois
France - Pierre Njanka Beaka : du but légendaire aux bulles de l'excellence
France - LE ROI NGUILA, CALVIN DJOUARI RACONTE LA GENESE D’UN LIVRE CONSACRE A UN HEROS DE L’HISTOIRE VUTE
France - Kissilâ Kay-Funky Mama: "Megasound c’est créer une scène pour tous les talents"
La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France consacre le retour diplomatique du Gabon
France - ANGERS A VIBRÉ AU RYTHME DU GALA DES BELLES RENCONTRES avec Lady Ponce
il y a un an