Cameroun - Tribunal criminel spécial : comment le magistrat Nsoga a planifié la fuite de Dayas Mounoume
© La Météo : Mamouda Labaran | 07 Sep 2015 15:47:22 | 8087Des indiscrétions, la fuite de l’ancien directeur général (Dg) du Port autonome de Douala (Pad) aurait été bien huilée avec des complicités au niveau du Tribunal criminel spécial (Tcs), sous la férule de l’ancien procureur général Emile Zéphirin Nsoga, aujourd’hui, lui-même menacé par la prison.
L’ex-procureur général (Pg) près le Tcs a chaud. Très chaud. Désormais exposé à une sanction disciplinaire, à l’issue du Conseil supérieur de la magistrature dont on attend plus que la convocation par le chef de l’État. On apprend, de sources généralement crédibles, que l’homme pourra être jugé pas comme un magistrat en fonction, mais seront pris en compte les actes d’un homme déjà à la retraite. D’où probablement la procédure judiciaire pénale intentée en son encontre. Et devant l’avalanche des «affaires», certains pensent que l’inspection générale des services judiciaires sera sans pitié pour lui. Il se murmure qu’il sera révoqué du corps de la magistrature, malgré sa mise en retraite depuis le 28 juillet. C’est la preuve, apprend-on, qu’elle compte, pour une fois, donner un coup de pied dans la fourmilière en tapant durement sur un magistrat.
De sources proches de la chancellerie, il y a l’affaire Dayas Mounoume qui serait sur le point de se refermer sur cet ancien homme influent de la magistrature camerounaise. A ce qui se dit, M. Nsoga aurait pris une part active dans la fuite de l’ancien Dg du Pad. En effet, condamné le 3 juillet, à 15 ans d’emprisonnement ferme, Jean Dayas Mounoume avait pris le large quelques jours avant la sentence du Tcs, après avoir été informé de son arrestation, soutient-on, par l’entourage de l’ex procureur général. A voir comment un homme qui était empêtré dans une affaire de détournement de près du milliard, comparaissait libre de ses mouvements, il y a de quoi étonner.
Plus curieux encore, malgré des allégations persistantes faisant état d'une éventuelle tentative de l’ancien Dg du Pad de se soustraire à la justice en quittant le pays, il n’y a eu aucune mesure de restriction exercée à son encontre par le procureur général près le Tcs, Emile Zéphyrin Nsoga. De manière simple, des observateurs pointilleux peinent toujours à comprendre qu’un ancien gestionnaire de crédits publics poursuivi pour détournement des fonds puisse comparaître libre, sans une quelconque motivation. L’on se serait par exemple attendu à ce que l’ancien Pg puisse procéder au retrait du passeport de M. Dayas, mieux à l’assigner à résidence, ou encore le détenir provisoirement, le temps du procès, au regard de l’étendue des faits.
Au contraire, Emile Zéphirin Nsoga n’a pris aucune disposition nécessaire pour éviter que celui qui a saigné le Pad ne prenne le large. On parle avec insistance aujourd’hui des pots de vin (100 millions de Fcfa) qui auraient été mis à contribution pour bien huiler la sortie de l’ex patron du Port de Douala, du pays. Info ou intox ? La gravité des faits, dans tous les cas, ne laisse que peu de places au doute.
Chasser le naturel…
En marge de ce dossier, il y a d’autres coups fumants dont l’ancien Pg serait l’artificier. En dehors de «l’affaire Maurice Belinga», du nom du garde du corps de Nsoga écroué à la prison centrale de Kondengui qui avait alors promis à un justiciable l’arrêt des poursuites contre 11 millions de francs. D’après nos sources, ce gardien de la paix a fait état de cabinets privés d’audit mis sur pied par le haut magistrat, avec pour missions de mener de supposées enquêtes auprès des maires qui sont autant d’éléments de chantage. Il en est ainsi des fameux formulaires de convocation mis en circulation, pré-signés et pré-cachetés, redoutables armes destinées à inciter de prétendus futurs justiciables à mettre la main au coffre-fort…
Selon de sources haut placées, cette affaire de corruption qui a secoué la magistrature locale aura suffisamment ternie l’image d’une juridiction chargée de réprimer la haute criminalité financière.
De toute évidence, l’attitude de cette figure emblématique de la justice camerounaise aura été déplorable vis-à-vis de l’institution qu’il prétend servir. Sinon, à quoi penser quand ceux qui devraient prêcher par l’exemple érigent plutôt la corruption en règle? Une chose est sûre aujourd’hui : le Tcs sous M. Nsoga avait enregistré de nombreuses dénonciations venant des « clients » de cette juridiction. Selon de nombreux professionnels des milieux judiciaires, le Tcs sensé se caractériser par la célérité dans la diligence des dossiers, avait fini par se transformer en un véritable fonds de commerce, avec à la clé, des procédures élastiques.
Conséquence, pour avoir pris le Tcs en otage, il ne lui permettait plus de faire son travail en recelant les criminels, mais en les protégeant contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Comme dans le cas de la gestion du patrimoine de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) par son directeur général Jean Williams Sollo, dossier dans lequel le procureur général près le Tcs a visiblement été un frein pour la Justice.
Puisqu’il est impossible de tromper tout le peuple tout le temps, l’ancien procureur de la cour, est pris la main dans la confiture. Et, venant d’un magistrat de haut vol qui a pourtant œuvré à la structuration du Tcs, sous l’ère Amadou Ali, tous ces coups tordus ne pouvaient que mettre dans ses états l’actuel garde des sceaux, Laurent Esso. Celui là-même à qui le président de la République, président du Conseil supérieur de la magistrature (Csm) aura à nouveau confié la conduite de la justice.
Dans le cas d’Emile Zéphirin Nsoga, c’est la première fois, souligne-t-on, que Paul Biya prend un décret de ce type concernant un magistrat de ce niveau, sans passer par l’instance consultative (le Csm) dont il est également le chef. C’est dire si les lendemains s’annoncent obscurs chez l’ancien Pg.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Des Russes se mobilisent pour sauver un étudiant camerounais
- Falaise de Dschang : deux corps ligotés retrouvés
- Cambriolage chez Luc Messi Atangana : non, il n'a pas été agressé
- Meridian Scatter Whale : cap sur l'excellence et les gains.
- ICT University ouvre un nouveau chapitre de partenariat avec l'enseignement supérieur au Cameroun
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
France - PARIS CROISIÈRE – ACTE II : LA SEINE A VÉCU L'UNE DES PLUS BELLES NUITS DE LA CULTURE CAMEROUNAISE
Cameroun - Effoudou : « Ngoh Ngoh est l'auteur de l'assassinat »
Cameroun - 50 jours d'absence : Paul Biya est-il toujours au travail ?
Cameroun - Un pasteur voit en Cabral Libii le successeur de Paul Biya
Qui a volé les 44 tonnes d'or du Cameroun ?
il y a un mois
Cameroun - 44 tonnes d'or volatilisées : Nintcheu accuse les « hautes sphères »
Afrique - Burkina, Mali, Niger : la CPI craint un affaiblissement de la justice
15 tonnes d'or volatilisées : le scandale qui ébranle le Cameroun
Cameroun - Le ministre de la défense engage le BIR dans la sécurité et la protection des intérêts stratégiques
Or du Cameroun : la mafia est à la douane, pas à la mine
il y a un an