DEBY FILS A L’ELYSEE : Tapis rouge pour un putschiste sanguinaire
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En visite d’amitié et de travail de 48 heures en France, le chef de la junte militaire au pouvoir à Ndjamena, le général Mahamat Idriss Déby Itno, le fils du défunt président tchadien qui porte le patronyme parfait de son père, a été reçu à déjeûner le 6 février dernier, à l’Elysée, par le président français, Emmanuel Macron.

Un déjeûner de travail en vue du renforcement de la coopération bilatérale entre les deux pays, mais qui avait aussi au menu des échanges, la transition tchadienne qui est entrée dans sa deuxième phase après le Dialogue national inclusif et souverain qui a décidé de sa prolongation en octobre dernier, avec la possibilité, pour le président de la transition, d’être candidat à la prochaine présidentielle.

L’autre sujet à l’ordre du jour est l’évolution de la situation sécuritaire au Sahel. Un sujet d’autant plus préoccupant pour Paris que la France est aujourd’hui à l’étroit dans ses relations avec certaines de ses anciennes colonies de cette partie de l’Afrique, comme le Mali et le Burkina Faso avec lesquels sa coopération militaire a pris du plomb dans l’aile. Ses forces Barkhane et Sabre ayant été priées de plier bagage de ces deux pays.

L’axe Paris-Ndjamena semble se porter plutôt bien

Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans cette grisaille des relations tendues de la France avec certaines de ses anciennes colonies sur fond de montée du sentiment anti-français au sein d’une certaine opinion africaine, l’axe Paris-Ndjamena semble se porter plutôt bien.

Comment peut-il en être autrement quand on voit comment le jeune officier tchadien qui a succédé à son père dans les conditions que l’on sait, a été adoubé par Paris dont la position tranchée sur les putschistes et autres auteurs de prise anticonstitutionnelle du pouvoir, ne semblait pourtant pas souffrir d’ambiguïté ? Toujours est-il qu’en faisant une exception dans le cas tchadien, Paris a posé le précédent deux poids deux mesures qui trouve difficilement justification aux yeux des démocrates africains. Et la situation paraît d’autant plus incongrue que le jeune général et chef de la transition tchadienne, a son treillis aujourd’hui entaché du sang de ses compatriotes qui s’opposaient à la prolongation de la transition, au lendemain d’un Dialogue national dit inclusif et souverain. La violente répression de la manifestation avait laissé pas moins d’une cinquantaine de macchabées sur le carreau.

Mais tout cela ne semble pas émouvoir outre mesure Paris, à en juger non seulement par la manière dont l’Elysée ne porte plus de gants dans ses relations avec le successeur illégitime du Warrior de Ndjamena, mais aussi le fait que Paris est en train de dérouler le tapis rouge à celui qui apparaît aujourd’hui plus que jamais, comme l’un des pions essentiels sur lesquels la France a décidé de miser dans cette partie agitée du continent africain. Si c’est une question de real politik, cela ne serait pas pour ennoblir l’image de cette France qui s’est toujours voulue la patrie des droits de l’Homme.

C’est Deby fils qui sortira renforcé d’une telle visite

Surtout si cette nouvelle approche devait marquer un tournant dans la politique de la France sérieusement bousculée aujourd’hui dans ce qui était encore, il n’y a pas longtemps, considéré comme son pré carré par des puissances comme la Russie et la Chine. Des pays qui traînent la réputation d’être traditionnellement peu enclins à s’ingérer dans les affaires intérieures des autres, encore moins d’être regardants sur la question des droits de l’Homme.

En tout état de cause, on ne peut pas reprocher à la France de mener sa politique comme elle l’entend au moment où les Africains eux-mêmes aspirent à diversifier leurs partenaires.

On comprend donc que dans le cas d’espèce du Tchad, le président Macron ne veuille pas froisser son hôte pour des questions d’intérêts et de sécurité, encore moins s’aliéner la confiance d’un partenaire stratégique au moment où la France est sur la sellette dans des pays du Sahel comme le Mali et le Burkina Faso confrontés au même défi sécuritaire que le Tchad. Peu importe la façon dont Deby fils s’est frayé un chemin par un tortueux dialogue dit inclusif et souverain, en vue de se maintenir au pouvoir. Peu importe aussi que cela plaise ou non à son peuple.

Et rien ne dit que pour un pays connu pour être à cheval sur les principes en matière de respect des droits humains, le président Macron a été en mesure de demander à son hôte de faire la lumière sur les événements d’octobre 2022 qui ont abouti au massacre de manifestants dans les conditions que l’on sait.

En attendant, c’est Deby fils qui sortira renforcé d’une telle visite qui ne peut que le rassurer sur le soutien de la France, dans l’optique de la suite et de la fin d’une transition qui ne manque pas d’écueils et de défis. Et cela n’est pas rien.

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