Les lions éliminés héroïquement.  par Calvin Djouari  Ecrivain Romancier
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CAMEROUN :: Les lions éliminés héroïquement. par Calvin Djouari Ecrivain Romancier :: CAMEROON

Un match, une victoire, une compétition abordée avec foi et détermination dont le but était d’écrire l'histoire.

Malgré la défaite du premier jour, et le nul concédé au second match, le dernier match des lions restera gravé dans les mémoires comme le premier pays africain à avoir battu l’équipe nationale du Brésil. Jusqu’à ce niveau, les lions ont rempli leur mission. Ils ont montré que, lorsqu’ils veulent, ils peuvent. Il y a longtemps que les lions n’avaient plus gagné en coupe du monde.

Dans une coupe du monde, je dirai la plus relevée de l’histoire, le Cameroun devant 85 mille spectateurs et plus de 3 milliards de téléspectateurs à travers le monde, a battu le Brésil avec manière. Jamais, dans l’histoire, aucune équipe de football du Brésil dans le cadre de la coupe du monde   n’avait perdu devant les africains.

La coupe du monde continue sans le Cameroun. On était venu pour jouer sept matchs, on en a joué trois. Ces trois matchs n’étaient pas de moindre car, une victoire historique malgré le malaise qu’il y avait dans cette équipe a redoré le blason de notre chère patrie.

Pour moi, les joueurs venus en renfort dans cette équipe pour cette dernière rencontre sortent héroïquement. Et la star de l’équipe reste sans contexte Vincent Aboubacar qui a donné une véritable leçon d'abnégation et de détermination. Au cours de certains matchs, on a ressenti que l’entraîneur hésitait à le mettre et voilà. Il a pointé la défense brésilienne pour offrir la première victoire d’un pays africain face à la meilleure équipe du monde. Joueur très décrié quand il ne marque pas, il a toujours tout donné pour cette équipe. En 2017 au Gabon, il n’était pas titularisé, mais ce garçon plein d’humilité nous a offert la CAN en marquant le but de victoire contre l’Egypte. Il était le joueur le plus en verve qui a montré un grand état d’esprit conquérant lors des remplacements.  Au cours de la dernière coupe des nations organisée au Cameroun, ses performances furent inégalées. Meilleur buteur de la CAN. 

Leur match d’hier certes prestigieuse, est une victoire devant une équipe de très haut niveau ; comme leurs aînés des années 90 ou des années 2000, les lions étaient séduisants dans tous les compartiments. Un match regardé par tous les experts du football mondial. Une victoire qui redonne espoir, le Cameroun bat le Brésil en match international pour la troisième fois. Pour ceux qui sont naïfs, ils diront que c’était l’équipe B du Brésil. C’est mal connaître le football brésilien. C’est la seule équipe au monde qui peut présenter cent sélections de même valeur capables d’affronter toutes les équipes au monde et de s’imposer. Tous ceux qui étaient alignés sont les stars de grands clubs européens. Tous voulaient gagner pour être titularisés. Ils n’ont pas pu développer leur jeu, contraints qu’ils étaient par la tactique camerounaise mise en place.

Je ne souhaite pas être pessimiste. Le staff des lions est un bon staff, mais il leur faut développer une autre écoute ; l’écoute par empathie qui permet de comprendre le ressenti des autres. La voix du peuple et des autres coéquipiers, doit compter. Le staff a réussi à repérer des grands joueurs qui donnent des lueurs d’espoir. Il reste maintenant à reconstruire cette équipe et la stabiliser avec des petits changements. C’est une équipe jeune et motivée dans le jeu.


L’équipe est bonne, mais Rigo ne peut pas continuer. Il faut un nouvel entraîneur, capable de préparer la nouvelle éthique et les compétitions à venir. Song a montré ses limites, il doit rester au sein de lions, mais plus comme entraîneur. Il faut les hommes de poigne, Rigo n’a plus d’énergie chacun peut le constater physiquement.

Les conflits au sein du staff.

La coupe du monde aura montré à notre staff, qu’il ne gère pas seulement les carrières, mais aussi des ressources humaines et dans ce contexte, il faut avoir la compétence intellectuelle pour le faire. 
Il y a une nouvelle dynamique qui est née dans le football camerounais.
Il a manqué dans cette équipe un meilleur management.

Rigo ou son mentor, s’ils sont des bons leaders, comme je pense l’imaginer, ne sont pas de bons manageurs, car ils n’ont pas les connaissances requises pour la seconde catégorie. Et cela s’est vu avec l’affaire Onana. On ne gère pas les conflits avec le cœur, c’est avec la tête. Je ne vais pas m’aventurer, sur qui devrait être aligné, mais on peut dire que les meilleurs étaient là, sur le banc avant le match contre le Brésil et il a manqué de faire un bon coaching. Quand on prend les décisions instinctives en pensant qu’on voit mieux que les autres, la nature nous en enseigne toujours sur le réel parce qu’on ne peut pas être sage tout seul. Avoir une équipe de gestion des conflits est primordial au bon fonctionnement d’une équipe comme la nôtre. Les conflits non résolus peuvent causer des échecs alors que les joueurs sont bons. Les mésententes nuisent à la cohésion de l’équipe, aux performances, et au bien-être de l’entourage immédiat. Une équipe qui n’a pas mis en place un expert de gestion de ces mésententes trouvera les situations comme nous l’avons vu. On sait qu’Eto'o fils est mal entouré avec sa détermination de réussir le football camerounais. Il doit y réfléchir.


Comme en 2002, on quitte la coupe du monde avec 4 points. Alors que nous étions les meilleurs. Et à chaque fois, la question de l’indiscipline est évoquée. C'est toujours facile de voir les choses de l'extérieur et de critiquer, c’est vrai. Mais c’est notre équipe nationale. Ce pays nous montre que si on essaie avec les jeunes, on peut changer les choses. On l’a vu avec l’entrée des joueurs comme Christopher Wooh, Ebossé, Tcham et Mbekely. Sortir de la coupe du monde dans une poule comme la nôtre, dans les circonstances qu'on connaît, c'est un exploit avec 4 points.

Et si Onana avait raison ?

Le cas Onana a eu des répercussions sur le résultat contre le Brésil puisqu’on constate que la défense dont il était question a été renouvelée et ceux qui ont joué, sont semble-t-il le choix espéré du gardien de l’Inter de Milan. Ce choix respecté sans lui dans les buts, a permis la victoire mais aura permis aussi de dévoiler la grande stature du gardien Epassy qui méritait de jouer comme titulaire. Les agissements d’Onana auront produit des ondes négatives, mais grâce au ministre les dispositions ont été bien gérées pour avoir un résultat positif.

Généralement une équipe se dissout après le mondial, parce que l’élimination détériore l’atmosphère, mais ici, il faut stabiliser ce groupe, sans oublier de faire des petites reformes.

Le cas Embolla

 Le ferment de décomposition qui a détruit les chances du Cameroun est d’origine camerounaise. Ce natif du Cameroun a marqué les 2 buts décisifs qui ont cloué notre équipe nationale. Un but le premier jour et un autre au dernier match qui opposait la suisse à la Serbie. Ceci nous enseigne que la diaspora peut beaucoup apporter à l’édification de notre patrie et quand on n’y tient pas compte, voilà ce qui arrivera toujours. On dénombre dix joueurs d’origine camerounaise dans les équipes nationales présentes au mondial. On a même des camerounais qui jouent à l’équipe nationale Bolivienne.

Le Cameroun désormais est une équipe multiraciale. 

Aujourd’hui, les joueurs des lions indomptables viennent d’origine diverse, ce qui est une très bonne nouvelle ; c’est dire aussi que les différends peuvent augmenter davantage. Un joueur comme Joël Matip ou Etame Mayer a la culture des enfants élevés en occident. Onana qui est allé très tôt en Europe a certainement déjà changé dans ses habitudes d’origine. Il faut savoir gérer cet aspect. Quand ces enfants prennent leur décision, ils ne reviendront pas comme ces joueurs du terroir qui ont grandi entre les bras des grand-mères. Il faudra savoir gérer tous ces joueurs qui viennent d’horizon divers et qui ont des fortes personnalités. Il faudra bien analyser un désaccord sur un sujet, il faudra écouter les   opinions des autres et tenir compte de ses valeurs, etc. Le désaccord ne mène pas toujours à la négativité. Dans le cas d’Onana, il y avait effectivement un blocage quelque part et le changement des joueurs l’a démontré. Les désaccords au sein d’une équipe ne sont pas une mauvaise chose, mais il faut savoir prévoir pour l’éviter avant qu’il n’y ait pas éclatement et si le conflit éclate, il faut être en mesure de pouvoir tout résoudre afin de préserver l’harmonie du groupe.


Quand on observe bien ce qui s’est passé au sein des lions, il n’y a pas eu de conflits d’intérêts, ni de relation, (situation de coéquipiers tendus), mais il s’agissait d’un conflit de méthode : Onana avait un désaccord avec l’entraîneur sur le choix des défenseurs parce qu’il est bien placé sur le terrain pour observer les 21 joueurs en action. Mais l’entraîneur a cru qu’il voulait imposer sa stature. En 82, les gens ne savent pas pourquoi Onana Eloundou jouait à la place de Ndoumbé lea, je ne vais pas prononcer les noms, mais ce fut un cas similaire.


Heureusement que le ministre Mouellé, qui agit toujours en bon diplomate est venu remettre la paix pour éviter les débordements. Il a d’ailleurs su adopter un comportement calme, méthodique, et neutre face aux différents camps, sans hausser le ton, mais en se présentant comme un miroir ce qui a permis une meilleure compréhension et une meilleure écoute pour cette victoire finale. Bravo à tous.

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