PREDICATION DU DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2022  Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2022 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

 Textes : Esaïe 2, 1 – 5 ; Romains 13, 11-14 ; Matthieu 24, 37-44

Chaque année, l'Eglise célèbre l'Avent. Un nouveau commencement, nous le savons très bien. Notre psychisme a besoin de certains lieux, de certains temps, qui nous permettent de nous situer et de faire le point.

L'Avent nous oriente en avant, vers le futur. Dans quatre semaines, nous célébrons Noël. Mais cela ne suffit pas. L'Avent nous dit encore d'autres choses. Nous, chrétiens, nous célébrons l'Avent parce que nous croyons que dans le temps, il y a une dynamique. Notre vie ne tourne pas en rond, mais c'est une vie qui attend, qui désire, qui espère.

L'homme est un être dynamique : pour lui, ce qui est, ne suffit pas. Il veut évoluer, changer, avoir de nouveaux regards, de nouvelles expériences. Mais parfois il veut trop, surtout dans un temps où il y a beaucoup de possibilités. Et justement là, l'homme commence à s'ennuyer : celui qui a tout, n'a plus rien à attendre.

Donc l'Avent nous pose des questions assez fondamentales : qu'est-ce que nous attendons encore pour notre vie ? Quel est notre regard sur l'avenir ? Y a-t-il un espoir, une attente, ou est-ce que tout au contraire semble être fermé pour moi ?

Mais l'attente est liée à l'attention et à la vigilance. Parfois notre vie semble être fermée, parce que nous courons trop vite, nous courons souvent derrière les faits. Nous ne gérons plus la vie ; il nous semble plutôt que c'est la vie qui nous gère ! Dans ce sens, l'évangile d'aujourd'hui est assez réaliste. L'avènement du Fils de l'Homme ressemble aux jours de Noé : on mange, on boit, on se marie, comme nous. Ce sont des bonnes choses. Toutefois, le déluge vient.

Jésus ne veut pas nous faire peur, mais il nous appelle à la vigilance, à une vie qui prête attention. La vie chrétienne est une vie alerte, une vie active, qui cherche le Royaume de Dieu. Un chrétien sait aussi que ce Royaume va venir et que nous vivons dans le provisoire. Celui qui ne prête pas attention, peut rater le coup. Le Fils de l'Homme vient, prend un homme qui travaille sur le champ et laisse l'autre. Une femme au moulin est prise, l'autre est laissée. C'est comme si le Royaume de Dieu était une sorte de concours, une procédure de sélection sévère et sans pitié comme dans le monde de commerce.

Pourquoi Dieu est-il si cruel ? Mais est-ce que ce n'est pas plutôt le monde qui est cruel ? Nous savons qu'on nous demande beaucoup. Notre société a des exigences assez sévères. Est-ce que c'est la même chose au Royaume de Dieu ? N'y a-t-il pas là un peu plus de miséricorde ? Oui, mais l'évangile nos fait un défi : nous courons après beaucoup de choses et de contraintes, mais notre manière à courir après le Royaume de Dieu est des fois plutôt faibles et sans vraie motivation. L'évangile d'aujourd'hui veut nous secouer : est-ce que nous sommes des hommes et de femmes d'attente ?

Pourquoi nous sommes parfois si faibles en tout ce qui concerne le Royaume de Dieu ? Parce que nous pensons que cela durera notre temps ? Parce que Dieu ne jouera pas les choses d'une telle manière ? Mais le fait que le Royaume de Dieu viendra à une heure que nous ne l'attendons pas, ouvre aussi un chemin d'espérance : la solution de mes problèmes, la société, le monde qui ne change pas, ma situation personnelle : tout cela ne dépend pas complètement de nous. Notre futur est un avenir : il y a Quelqu'un qui est en train de venir. La fin du monde, la fin de mon petit monde, peut aboutir à un nouveau commencement grâce à Celui qui vient. Tenons-nous donc prêts et accueillons l'espérance dans nos vies.

Bien-aimés dans le Seigneur,

Alors que les théories de Freud commençaient à être connues, une équipe médicale de Bavière décida de les défier. Pour ces médecins, il était évident que l'être humain n'a besoin que d'assouvir ses besoins élémentaires de manger et de boire pour pouvoir exister. Le reste, comme le psychanalyste le prétend, n'est que pure construction théorique de l'esprit. Afin de démontrer la validité de leurs propos, l'équipe médicale décida de faire une expérience sur cinq bébés qui venaient d'être abandonnés par leurs parents. Ils donnèrent comme injonctions aux infirmières de donner le biberon à ces bébés tout en leur interdisant de les regarder, de leur sourire, de leur adresser la parole et enfin de montrer un quelconque signe de tendresse.

L'être humain a juste besoin d'être nourri, pensaient-ils. L'expérience tourna au cauchemar. En effet, après seulement un mois, les cinq bébés moururent. Après le décès du troisième, ils décidèrent d'arrêter cette dramatique expérimentation mais il était déjà trop tard et les deux derniers bébés se laissèrent mourir. Aucun être humain ne peut donc se contenter seulement de nourriture. Nous ne pouvons pas être réduits à notre animalité. Nous sommes les sujets de notre devenir et notre humanité prend sa source dans la relation, dans la rencontre.

Toutes et tous, nous avons un besoin vital et légitime d'aimer et d'être aimé. Sans amour, je ne suis pas seulement une cymbale retentissante, comme l'écrit l’apôtre Paul. Non, sans amour, je ne peux pas exister. L'amour est notre nourriture première, notre combustible pour vivre et avancer. Aucun devenir de notre être n'est possible, si l'amour n'en est pas le moteur. En effet, la naissance à soi naît par la parole. Nous sommes des « parlêtres », pour reprendre l'expression de Denis Vasse. La parole nous fait exister. Par elle, nous sommes reconnus. Je suis et je deviens par une simple parole. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Il ne s'agit donc pas de grands discours théoriques, d'élucubrations incompréhensibles. La parole s'inscrit dans la douceur d'un regard, s'origine dans la tendresse de mots prononcés. Elle n'existe jamais pour elle-même mais plutôt pour faire naître d'autres à eux-mêmes. En ce sens, nous touchons les fondements de tout « parlêtre ».

Prenons l'exemple suivant : comment sais-je avec certitude que je suis un être humain ? Tout simplement parce qu'à un moment donné de mon existence quelqu'un me l'a dit et m'a reconnu comme tel. La parole est donc bien essentielle pour que je puisse pleinement me sentir moi-même humain. Parler, se raconter fait de nous des êtres vivants. En conséquence, nous avons toutes et tous besoin de communiquer les uns avec les autres et il existe tant de moyens différents pour le faire. Grâce à l'informatique, nous sommes même passés du bavardage au clavardage, c'est-à-dire cette possibilité de communiquer par les claviers de nos ordinateurs.

Nous cherchons tous les moyens possibles et imaginables pour se parler. C'est sans doute pour cela que cela nous fait si mal lorsque la parole n'arrive plus à circuler, que la communication est éteinte. N'est-il pas vrai que, les gens, pour les effacer de notre cœur et de notre mémoire, il suffit de ne plus leur parler. La parole est donc bien existentielle et c'est la raison pour laquelle Esaïe nous invite en ce premier dimanche d'Avent, de nous tourner vers Jérusalem de qui vient la parole du Seigneur.

Notre vie n'a de sens que lorsque nos paroles s'enracinent dans une Parole qui trouve sa source en Dieu. Une parole de vie, une parole d'amour, une parole de liberté. Vie, amour et liberté, voilà le tout de la Torah, les composantes de la Loi divine. Ces trois paroles s'interpénètrent et ne font plus qu'une lorsqu'elles s'entendent dans le cœur de Dieu. Cette loi est une invitation constante à marcher à la lumière du Seigneur. Une lumière qui ne nous éblouit pas mais éclaire notre route. Tout simplement parce que le Dieu de Jésus se révèle à nous par sa Parole et nous fait être par elle.

En d'autres termes, nous pourrions dire que cette lumière n'est pas extérieure à nous. Elle est en nous dans ce lieu précis où Dieu inhabite en chacune et chacun de nous par l'Esprit. Il ne s'agit pas d'un éclair, mais plutôt d'une lumière toute douce, à la fois présente et qui s'efface devant nous pour que nous reprenions nous-même le flambeau afin d'éclairer à notre tour celles et ceux qui croiseront notre route. Notre parole se diffuse de tellement de manières différentes : un mot, un geste, un regard, voire un silence. Tant de modes nous sont proposés pour que nos paroles se dévoilent là où nous en sommes sur notre chemin, c'est-à-dire assis, debout ou couché. Peu importe notre position, notre état de santé. Ne devenons pas des muets de la vie mais plutôt des « parlêtres » qui rayonnent de la Parole de Dieu : une parole de vie, une parole d'amour, une parole de liberté. Amen.

 

 
 

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