Le TCS ouvre grand les yeux sur un immeuble de Victor Menye
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Le collège des juges  a demandé à l’ancien Directeur général adjoint de la Société commerciale de Banque (SCB), poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux dans l’affaire Mebe Ngo’o, d’expliciter tous les contours financiers lui ayant permis de se construire un immeuble à fonds propre.

e témoignage de Victor Menye devant le Tribunal criminel spécial (TCS) tire à sa fin et le concerné, comme les observateurs de son procès, comprend probablement mieux ce que les juges attendent de lui. Il a fallu patienter jusqu’à la troisième audience consacrée à son audition pour que les choses se clarifient. Avant que le collège des juges ne pose lui-même la première question à l’ancien Directeur général adjoint de la Société commerciale de Banque (SCB-Cameroun), il a apporté une précision préalable d’importance : «Nous voulons vous rappeler que vous êtes ici, poursuivi pour blanchiment de capitaux. Vous savez qu’il y a renversement de la charge de la preuve conformément à l’article 8 du règlement CEMAC  sur le blanchiment des capitaux. Au regard de vos déclarations, le crédit pour la construction de votre immeuble était de 650 millions de francs et le paiement anticipé de votre retraite de 138 millions de francs.»

En fait, le tribunal, concernant l’infraction de blanchiment de capitaux, s’est essentiellement consacré au mode de financement d’un immeuble appartenant à la Société civile immobilière (SCI) MAVA dont M. Menye est le promoteur. Les juges pensent-ils que cet immeuble serait en réalité la propriété de M. Edgard Alain Mebe Ngo’o dissimulé dans le patrimoine assumé par M. Menye, dont l’ancien ministre de la Défense est à la fois le coaccusé l’ami d’enfance ? Le tribunal ne l’a pas dit ainsi et n’a pas évoqué ou fait référence à l’ancien ministre en posant ses questions. Mais il a souhaité avoir toutes les précisions sur le mode de financement de l’immeuble en question. Et l’échange entre le tribunal et l’accusé a donné ceci :

«Vous confirmez que cette SCI (MAVA) a été créée par acte notarié ?
Oui. Elle a été créée en juin 2011 et les statuts ont été modifiés en 2014 parce que je devais sortir de l’actionnariat pour augmenter les capacités d’endettement. En y restant, j’allais réduire la capacité d’emprunt des personnels de la banque.

Est-ce que le terrain vous appartient ?
Oui, tous les documents seront fournis par mes conseils.

Vous confirmez que l’immeuble a été construit sur la base du crédit de 650 millions de francs et de l’avance de vos droits de retraite ?
Oui.

Vous avez également déclaré que l’immeuble a été construit par la Société Générale de Construction de Panaget. Y avait-il une convention des travaux ?
Oui, il y a un marché enregistré aux Impôts. Je vais vous produire tous les documents y afférents

Ça se passe comment lorsqu’on vous accorde un crédit ?
La banque vire dans le compte en fonction des décomptes des travaux. Vous pourrez le voir dans les relevés de compte de la SCI : la somme des décomptes fera le montant total du crédit. Et pour ce qui est de mes droits à la retraite, c’est parti de mon compte personnel pour celui de la SCI.

Quel est le numéro de votre compte personnel : il est logé où ?
31113004530140, logé à la SCB.

Et le compte de la SCI MAVA ?
Je n’ai pas le numéro en tête. Il est logé à la SCB. Les éléments vous seront fournis.

Quel est le numéro du titre foncier du terrain sur lequel l’immeuble a été construit ?
Le numéro est 1447 : la copie du titre foncier vous sera produite.»

Les questions posées étant inattendues, le tribunal a renvoyé la suite du procès à ce 14 octobre 2022 pour permettre au banquier de présenter les documents annoncés par lui comme pièces à conviction pour appuyer ses réponses. En principe, la fin de l’audition du témoin par les juges marquera une fin de son audition et, si possible, le début de l’audition du 5ème et dernier accusé de l’affaire, qui n’est autre que Mme Bernadette Mebe Ngo’o, l’épouse de l’ancien ministre. Cependant, les avocats de l’ancien DGA de la SCB Cameroun ont déjà annoncé quelques qu’ils entendent présenter quelques «exceptions», des violations présumées de la loi qui devrait aboutir à l’arrêt de la procédure pour ce qui concerne leur client. Mais, comme on le sait, il est peu probable qu’une telle demande connaisse une réponse avant la fin des débats, la loi ayant prévu dans le cas du TCS que toutes les «exceptions» soulevées par les parties soient jointes au fond.

Rappelons que M. Victor Menye est renvoyé en jugement pour «complicité de détournement de la somme totale de 18,7 milliards de francs» et «complicité de blanchiment aggravé des capitaux dont le montant avoisine 20 milliards de francs». Au début de son audition, il avait indiqué que les accusations retenues contre lui ne sont pas intimement liées aux questions que lui avait posées le juge d’instruction pendant l’enquête judiciaire.

«On me met en prison pour les questions qu’on ne m’a pas posées, ni par les enquêteurs, ni par le juge d’instruction», avait-il alors déclaré. Il s’était offusqué que les poursuites judiciaires le concernant aient pour origine les déclarations d’un autre accusé de l’affaire Mebe Ngo’o. Ce qu’il avait appelé le «kongossa». Dans la procédure judiciaire qui a pour principal accusé l’ancien MINDEF, Alain Edgard Mebe Ngo’o, en dehors de l’épouse de ce dernier, M. Menye est le seul accusé qui est sans lien contractuel avec l’administration.

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