Albert Hilaire Anoubon Momo : Nous sommes à l’avant-garde de la 4ème révolution industrielle
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Le vice-président de la multinationale américaine, Trimble, explique la technologie de géolocalisation et décline ses multiples services.

Qui-est-ce Camerounais qui tient des conférences internationales dans le domaine de technologie géospatiale ?

Je suis vice-président et directeur exécutif au sein de la multinationale étatsunienne, Trimble, en charge des marchés émergents et des projets financés. Je suis membre du comité consultatif des sciences appliquées de la Nasa (National Aeronautics and Space Administration) ; membre du board de Wgic (World Geospatial Industry Council) qui est l’organisation regroupant au niveau mondial les entreprises qui opèrent dans le domaine géospatial ; membre du conseil d’administration de la Fondation Cadasta, diplômé de l’Ecole polytechnique de Yaoundé et des universités du Maryland-College Park et du Johns Hopkins aux Usa.

La technologie de géolocalisation se mondialise. L’on ne s’en passe plus. Peut-on savoir exactement où et quand elle a commencé ?

Les graines de ce que nous savons aujourd'hui de la technologie géospatiale ont été semées pour la première fois en 1832. Lors d'une épidémie de choléra à Paris (France) cette année-là, le cartographe français Charles Picquet a créé l'une des premières cartes pour montrer où les incidents de maladie étaient concentrés. Lorsque le choléra frappe Londres en 1854, le médecin John Snow s'appuya sur l'exemple de Paris.  En plus de faire une carte qui représente l'emplacement des décès dus au choléra, il a utilisé l'analyse spatiale des données pour montrer le lien entre les sources d'eau contaminées et le choléra. Au début des années 1900, la photozincographie a été inventée.  C'était une forme d'impression de carte avec des couches séparées.  Chaque couche représentant visuellement des données sur la carte.

Dans les années 1960, Roger Tomlinson a lancé le concept d'un système d'information géographique (SIG) qui a amené la cartographie traditionnelle à un nouveau niveau.  L'avènement des satellites a fourni pour la première fois des images de la surface de la Terre et de l'activité humaine, ouvrant davantage de moyens de visualiser les données.  Un SIG combine une carte de base avec la capture, la manipulation et la gestion des données.  Une carte SIG peut contenir des quantités illimitées de données.  Ces données géospatiales permettent non seulement aux utilisateurs de visualiser et d'analyser les données, mais elles aident également les utilisateurs à mieux comprendre les tendances, les relations et les modèles. Désormais les technologies géospatiales englobent la géolocalisation, les SIGs, la télédétection, l’observation de la terre, la photogrammétrie, etc.  

En l’état actuel, quel est le niveau de sa pénétration en Afrique et au Cameroun en particulier ?

En Afrique, les technologies géospatiales sont encore bien peu exploitées, mais ici et là, des avancées considérables s’opèrent. Nombre de pays africains mettent sur pied des politiques de gestion de l’information géographique et même parfois des stratégies spatiales. Ces dernières années, plusieurs pays ont entrepris de développer des réseaux géodésiques modernes, ce qui permet une géolocalisation plus affinée et précise.

Les pays les plus avancés sur le continent sont : le Nigeria, l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc. Dans un second groupe je mettrai le Kenya, l’Ethiopie, le Ghana, la Côte d‘Ivoire et le Gabon.

Le Cameroun, malheureusement, n’est pas un leader sur le continent dans ce domaine. Au contraire, sur plusieurs plans, il accuse un retard considérable par rapport à des pays à niveau de développement comparable. Il faut toutefois relever quelques initiatives pertinentes surtout au niveau du secteur privé et aussi la présence de Camerounais, y compris des fonctionnaires, dans les différents cercles où se discutent les questions géospatiales. Il faut espérer que ces actions et activités encore isolées et disparates soient le socle sur lequel se bâtira une véritable stratégie nationale que le gouvernement devrait initier.

Les solutions de géo-spatiales et de géo-localisation sont nées à partir de quels problèmes ? Comment le monde vivait-il avant que ces solutions ne soient développées ?

Les solutions géospatiales sont nées du désir de l’homme de savoir où il se trouve et de se déplacer avec sûreté. La boussole peut être considérée comme le premier instrument qui a permis cela. Avant le guidage se faisait un peu au petit bonheur la chance. L’homme a toujours su choisir des objets fixes comme repères pour se guider : montagnes, rivières, plaines, ravins, végétation, etc. Il fut aussi un temps où les contacts entre différentes communautés étaient limités voire inexistants. Mais on va dire que l’homme a toujours eu un sens inné de l’orientation qui est à la base même des technologies géospatiales.

La multinationale américaine Trimble est présentée comme leader mondial du domaine. Peut-on savoir quels sont ses produits et comment opère-t-elle ?

Trimble est la première compagnie à avoir développé et commercialisé un récepteur GPS dès 1978. Depuis lors son offre s’est considérablement accrue pour inclure à la fois des équipements (récepteurs GPS, stations totales, senseurs, etc.) et des logiciels. Plus de 700 produits sont ainsi offerts qui changent radicalement des secteurs tels que la construction, l’agriculture, le cadastre, la gestion des ressources, les transports, les mines, les énergies ou les télécommunications.

Trimble a près de 12,000 employés répartis à travers le monde, des bureaux dans plus de 40 pays et des partenaires dans plus de 150 pays. C’est notamment à travers ces partenaires que la compagnie se déploie et opère partout où besoin est.

 

Vous êtes fait partie du top management de l’entreprise. Comment vous y êtes arrivé et comment vous capitalisez cette fonction pour développer le continent africain ?

Il faut dire que mon expérience a largement contribué à me faire atteindre ce niveau. J’ai pour ainsi dire roulé ma bosse aussi bien comme ingénieur ou gestionnaire de projets pour me faire un nom dans le monde des technologies géospatiales et justifier ma présence là oū je suis en ce moment.

Au sein de Trimble, je m’occupe des pays émergents, c’est-à-dire l’Amérique Latine, l’Afrique, l’Asie et une partie de l’Europe. A ce titre, j’essaie de déployer la compagnie sur le continent africain et je prends une part très active dans diverses initiatives visant à accroître l’utilisation des technologies géospatiales y compris des conférences, des séminaires, des projets et même des financements ciblés.

Que dites-vous du débat où l’on reproche à l’Afrique surtout dans sa partie subsaharienne de ne pas appliquer cette technologie dans son agriculture ; et que c’est cela qui explique sa dépendance vis-à-vis de l’occident, où elle importe les céréales et autres produits ?

Il est clair que l’agriculture de précision est le futur pour tous ceux qui comprennent que l’accroissement de la productivité agricole est un impératif. Je me réjouis que de plus en plus des africains le comprennent et adoptent nos technologies qui permettent d’augmenter la productivité de plus de 30% en moyenne. Reste à convaincre un plus grand nombre.

 

Il y a un an jour pour jour (6 aout 2021) à Douala, au Gicam, Trimble a signé une convention avec l’entreprise Camtrack pour la représenter au Cameroun. Quelle était son cahier de charge et quelle évaluation faites-vous de ses activités 12 mois après ?

Son cahier de charges était et reste très simple : accroître la présence de Trimble au Cameroun et donner accès aux produits Trimble aux Camerounais. Dans l’ensemble, je pense que cette mission a été très bien accomplie et que Camtrack est véritablement sur la bonne voie. Elle engage à la fois les autorités camerounaises et le secteur privé local en leur montrant ce qu’ils gagneraient à embrasser les technologies géospatiales. Ce discours rencontre des oreilles de plus en plus attentives et je me réjouis de voir plusieurs initiatives aussi bien publiques que privées qui intègrent ces technologies ou sont centrées sur celles-ci. J’ai aussi été informé de l’organisation très prochaine des journées géospatiales du Cameroun à l’initiative de Camtrack en collaboration avec le gouvernement camerounais et d’autres acteurs. Ce sera, je pense, l’occasion de jeter les bases d’un véritable décollage du pays dans le domaine.  J’espère que mon calendrier me permettra de répondre positivement à l’invitation à prendre part à cet événement. Dans tous les cas, Trimble se fera un plaisir de le supporter.

Le monde est impressionné par le projet du milliardaire américain, Elon Musk, qui a annoncé construire un hôtel à la planète Mars. A quel niveau les solutions géospatiales et géolocalisations peuvent-elles intervenir dans un tel projet ?

 

Les solutions géospatiales sont au centre de la conquête spatiale. Elles interviennent dans trois domaines : le positionnement, la navigation et la surveillance. Le positionnement c’est savoir où l’on se trouve. La navigation permet d’aller du point A au point B. La surveillance consiste ici à connaître ce qui nous entoure et éviter ce qui peut être néfaste y compris les collisions.

Ce que l’humanité se prépare à faire c’est coloniser la lune et plus tard Mars. Depuis 1972, l’homme n’a plus mis pied sur la lune. Aujourd’hui d’importants travaux sont entrepris en vue de créer des cartes de la Lune et de Mars qui serviront de bases à cette colonisation. Les technologies géospatiales sont au centre de ces activités. Plus tard elles joueront un rôle encore plus important quand il faudra se déplacer et être actif sur la Lune ou sur Mars. Le projet de Musk n’est donc qu’un exemple de ce qui est en train de se préparer et qui est gigantesque.

Le pendant négatif de cette technologie c’est le fait de l’utiliser pour frapper des cibles pendant la guerre. On le voit en Ukraine avec des frappes russes. Peut-on confirmer que sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme ?

Malheureusement oui, science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Je dois toutefois temporiser cette vue de l’esprit en insistant sur les avancées énormes de l’humanité qui tirent leurs sources du secteur militaire et de la défense : le GPS, Internet, l’énergie nucléaire ou encore les véhicules (avions, voitures, etc.) sans pilotes/chauffeurs pour ne citer que ces quelques exemples.

On ne doit donc pas tout simplement diaboliser l’utilisation de la technologie à des fins de guerres mais souhaiter que les importantes avancées que la technologie délivre au monde chaque jour éclipsent le revers de la médaille.

Que prépare Trimble en perspective dans le domaine géospatial ?

L'avenir de la technologie géospatiale implique en grande partie l'intégration plus poussée du « machine learning » et de l'Intelligence artificielle.  La cartographie en tant que service, les drones et les véhicules autonomes sont des domaines de croissance qui stimulent l'adoption de la technologie géospatiale. Trimble prend à cœur son rôle de pionnier et de leader dans le domaine géospatial et nous travaillons sans arrêt à continuer à offrir à nos nombreux clients à travers le monde des produits et des services de qualité incomparable. Nous allons annoncer en Octobre en Allemagne de nouveaux produits qui révolutionneront la science géospatiale en général en offrant des précisions jamais atteintes jusqu’ici. De même en tant que pionnier du BIM (Building Information Modeling), les dernières mises à jour de nos softwares rendront la construction des infrastructures et des structures encore plus aisée et beaucoup moins coûteuse. En Agriculture, nous sommes en train de démocratiser l’utilisation des technologies de pointe aussi bien dans le cadre de l’agriculture de précision que dans celui du “climate smart agriculture”. Enfin, conscients des enjeux fonciers et miniers presque partout dans le monde, nos solutions cadastrales sont définitivement un “game changer”. Bref, nous sommes à l’avant-garde de la 4e révolution industrielle et travaillons d’arrache-pied pour transformer la façon dont le monde fonctionne.

 

 

 

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