RETOUR D’EXILÉS POLITIQUES AU TCHAD : UN DÉCLIC POUR LA RÉCONCILIATION NATIONALE ?
TCHAD :: POINT DE VUE

RETOUR D’EXILÉS POLITIQUES AU TCHAD : UN DÉCLIC POUR LA RÉCONCILIATION NATIONALE ? :: CHAD

Mahamat Idriss Deby a-t-il décroché le jackpot pour la paix au Tchad en ce mois d’août 2022 ? En effet, le 8 courant, le gouvernement tchadien, après 5 mois de laborieuses négociations parvenait à un accord avec la plupart des groupes militaro-civils en guerre contre  le pouvoir, depuis Deby père.

Aussitôt cet accord signé, c’est véritablement à un retour massif des exilés, chefs de guerre et autres opposants politiques au pays que nous assistons depuis le 13 août. Ce jour-là, pas moins de 52 opposants au régime du clan Deby ont été accueillis à l’aéroport international de la capitale. Et les symboles pour marquer l’évènement d’une pierre blanche n’ont pas manqué : une rose, une poignée de main, une accolade, et des applaudissements ont accompagné la descente d’avion de chaque exilé, invité à passer par le salon d’honneur et à être raccompagné dans sa famille par une escorte officielle.

Et si les mauvaises langues ont vite fait de dire que ne revenait au pays que le menu fretin des opposants, le 15 et le 17 août, ce sont  2 importants chefs de guerre, signataires des accords de Doha, qui ont été accueillis à N’Djamena. Il s’agit respectivement de Cherif Gassim, un dissident du Conseil de commandement militaire pour le salut de la république (CCMR) et Timan Erdimi de l’Union des forces de la résistance (UFR). Deby fils est-il sur le point de réussir là où Deby père a échoué ? Faire taire les armes pour une paix durable au Tchad dans un processus démocratique consensuel. C’est là l’objectif principal du dialogue national inclusif dont les assises s’ouvrent ce 20 août.

Les 5 mois de négociations à Doha auront donc pavé la voie à ce jamborée des partis politiques et des groupes civilo-militaires tchadiens qui ont créé une instabilité chronique dans le pays qui dure depuis plus de 50 ans. Pourvu que la montagne de la réconciliation nationale n’accouche pas d’une souris et que le forum qui s’ouvre ce week-end soit une véritable catharsis nationale, historique et prospective, ciment d’un Tchad nouveau.

Le retour massif des exilés politiques pousse à l’optimisme, non sans réserve prudente, quand on sait que le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) de Mahamat Nouri et d’autres groupes militaro-civils n’ont pas signé les accords de Doha et ne participeront pas au forum qui s’ouvre demain. Ces groupes non signataires des accords de Doha ont beau être minoritaires, et le FACT a beau affirmer que le dialogue avec le Conseil militaire de transition (CMT) n’est pas rompu, on n’oublie pas qu’en politique, les alliances et les accords feu de paille sont monnaie courante.

De fait, sans jouer les oiseaux de mauvais augures, plus d’un observateur fait remarquer que la clause la plus difficile à respecter dans les accords de Doha, c’est celle qui stipule que les acteurs de la transition ne doivent pas être candidats aux élections à venir. Or le plan de succession dynastique rapidement concocté à la mort de Deby père est sur rail et a ses suppôts. Dès lors, si des partis politiques, des OSC, des groupes militaro-civils viennent aux assises du dialogue national inclusif pour organiser le départ du pouvoir du CMT et de Mahamat Itno Deby, d’autres viennent y légitimer et affermir la succession dynastique en marche depuis un certain 21 avril 2021.

Alors, ce forum de dialogue inclusif consacrera-t-il le déclic pour une véritable réconciliation nationale au Tchad où n’est-il qu’un cosmétique qui conduira à un nouveau clash entre le clan Deby et ses opposants ? On attend de voir !

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