PREDICATION DU DIMANCHE 14 AOUT 2022  Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 14 AOUT 2022 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

Thème : Feu, baptême, division

Textes : Jérémie 38,4-10 ; Hébreux 12,1-4 ; Luc 12,49-53

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ».

Ceux qui me connaissent savent que j'apprécie les oxymorons, cette figure de style qui juxtapose deux éléments opposés ! Un soleil noir,
Un silence éloquent, quelque chose d'horriblement bon.

Une bonne guerre,
une force de paix,
un merveilleux malheur,
une bière sans alcool...
Bref, un oxymoron est une contradiction dans les termes.

Et aujourd'hui, voici que l'évangile nous amène une espèce de contradiction ! Jésus, présenté par ailleurs dans les écritures comme « le prince de la Paix » semble amener la division, semble faire de l'existence chrétienne un oxymoron ! « Soyez un comme votre Père est UN », quant à moi, « j'apporte la division... ».

A première vue inquiétant, je vous avoue que je trouve ce texte plutôt rassurant. Tout simplement, parce qu'il nous rappelle qu'une lecture littérale des évangiles est toujours dangereuse. Tout acte de lecture est un acte d'interprétation et le sens n'est jamais donné. Alors, quel sens pouvons-nous donner à ce texte...

Le feu, ce que le Christ nous apporte est avant tout le feu de sa parole,
mais une parole radicale, inconditionnelle, une parole qui demande à chacun de se situer individuellement, à se situer librement.

Apporter une parole de feu dans sa vie, c'est avoir l'audace de la vérité,
l'audace de choix libres qui évitent le consensus mou.

Notre monde n'apprécie pas l'amour inconditionnel, or c'est cette parole de feu que nous avons à apporter...

« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. »
Feu, baptême et division : quelles paroles mystérieuses, frères et sœurs ! Difficile pour le fidèle de les comprendre, difficile aussi pour le prédicateur de les expliquer. Alors nous prendrons deux guides pour comprendre cet évangile. Deux frères, deux apôtres : Jacques et Jean.

D’abord le feu. Le feu que précisément Jacques et Jean voulaient faire descendre du ciel pour détruire un village qui ne les avait pas reçus (voir Lc 9, 54). Et je les comprends ! Il y a tellement de mal dans le monde, autour de nous, qu’on a bien envie qu’il soit détruit. Tout de suite. En plus Élie lui-même a fait une telle chose ! Et Jésus maintenant semble adopter une telle attitude !

Seulement Élie a fait descendre le feu à deux reprises : une fois pour détruire ses adversaires (2 Rois 1, 10 s.), une fois pour consommer le sacrifice (1 Rois 18, 38). Et c’est cette deuxième façon que Jésus veut imiter. Il jette le feu sur terre pour la consacrer à son Père. Il offre en sacrifice parfait d’abord lui-même, puis le monde entier.

Le feu de l’Esprit-Saint descend sur nous comme au moment de Pentecôte pour nous consacrer à Dieu. Dieu veut embraser le monde, non par colère mais par amour. C’est par amour que nous combattons le mal, c’est par amour que nous devenons, comme Jésus, une offrande agréable à Dieu.

Cela nous amène au deuxième point, le baptême : « Je dois être baptisé d’un baptême, et qu’elle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! »

Pour nous le baptême est quelque chose de profondément joyeux et c’est vrai, pourtant Jésus l’envisage avec l’angoisse. Pourquoi ? Que nous en disent-ils Jacques avec Jean ? C’est à eux que Jésus a déclaré : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et le baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés » (Mc 10, 39).

Et Jacques peut très bien nous expliquer ce que veut dire « être baptisé avec le Christ », lui qui parmi les apôtres a été le premier à donner sa vie à la suite du Christ !

L’apôtre Paul nous le rappelle aussi avec force : « Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? (Rm 6, 3)

Et il poursuit : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. Car si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable… Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivons aussi avec lui » (Rm 6, 4-8).

Nous sommes baptisés pour ressusciter des morts. Mais pour ressusciter des morts, encore faut-il être mort, car on ne peut ressusciter un vivant ! Nous, les baptisés, nous sommes tous des hommes morts appelés à la vie.

Enfin la… division. Comment Jésus peut-il dire qu’il est venu pour établir la division ? Là encore Jacques et Jean vont nous aider à comprendre. Ils ont causé la division au sein du groupe des Douze. Pourtant, c’était pour une bonne chose : ils voulaient être les plus proches possible de Jésus — un à sa droite et l’autre à sa gauche… (Mc 10, 37) ; et nous savons que les dix autres ne l’ont pas particulièrement apprécié. Il s’en est donc suivi une division de deux contre dix.

Nous voyons ici comment, même au sein de l’Église, les divisions peuvent naître très facilement : et sans qu’il y ait forcément de mauvaise volonté ! Car, Jésus ne parle certainement pas des divisions qui viennent de notre péché et qui existent indépendamment de Lui. Il parle des divisions qui viennent du fait qu’on veut être un bon chrétien. Meilleur que les autres. Plus strict, plus observant, « plus papiste que le pape » si vous voulez.

Et de fait, aujourd’hui nous voyons hélas tant de divisions dans l’Église, sachons l’admettre ! Des divisions dans les paroisses, dans les régions, dans les communautés religieuses, divisions entre les pasteurs, divisions entre les fidèles, divisions entre les aires culturelles, divisions dans les différents groupes, etc.

Oui, frères et sœurs, Jésus l’a dit ; il nous a prévenus…  Les divisions nous scandalisent, nous pèsent et nous attristent. En même temps ces divisions nous donnent l’occasion de progresser. Elles nous aident à mieux saisir combien nous avons tous besoin de ce feu que Jésus est venu jeter sur la terre. C’est l’Esprit-Saint qui fait l’unité de l’Église. C’est seulement lui qui peut nous aider à traverser et dépasser les divisions.

Mais pour cela il faut être baptisé avec le Christ, être mort avec lui, mourir non seulement au péché, mais aussi à nos aspirations et ambitions trop humaines.

Certes, nous ne pouvons pas résoudre toutes les divisions dans l’Église… mais nous pouvons commencer par celles qui nous sont les plus proches — celles dans nos familles. Car la division n’est pas fatale, l’exemple de Jacques et Jean le montre bien. Et si les frères peuvent se réconcilier, les autres le peuvent aussi. L’unité et la paix dans l’Église commencent dans nos maisons. Là où le père se réconcilie avec son fils, la fille avec sa mère, la belle-mère avec sa bru. Ce n’est que réconciliés que l’on peut offrir des sacrifices (voir Mt 5, 23).

Il y aura toujours des contemplatifs et des spirituels qui consacreront leur vie ou leur temps à la prière et à la louange de Dieu. Il y aura toujours des théologiens, poussés par l'Esprit-Saint, qui secoueront les opinions traditionnelles, poseront des questions à partir des situations actuelles et bousculeront les certitudes établies. Il y aura toujours des hommes et des femmes suscitant des débats, ramenant à l'Evangile et retournant à la croix. Et chacun sera ainsi amené à dépasser sa médiocrité et à prendre position.

Alors, pour que votre parole soit du feu, permettez-moi de vous proposer deux manières toutes simples de redécouvrir comment notre parole peut être de feu, un feu de vérité.

Comment nous pouvons avoir une parole pas simplement chaleureuse, mais brûlante.

1. Il nous faut redécouvrir que désaccord n'est pas désamour.
Nous pouvons avoir en nous une curieuse manière d'être, qui provient sans doute de notre enfance, et qui identifie le désaccord à un défaut d'amour. Si je suis en désaccord, si je suis différent, je peux avoir l'impression de ne pas être accueilli.

Du coup, il peut nous arriver d'éviter les conflits, qui finissent par pourrir et fermenter, faute d'avoir pris le temps de les exprimer. Les rapports vrais ne sont ni faciles, ni confortables, mais ils sont indispensables !  Vouloir faire comme tout le monde pour s'intégrer, pour ‘’appartenir’’ n'ajoute rien... ? Il faut être soi-même pour donner de soi-même, pour aimer inconditionnellement. Or pour être soi-même, il faut prendre position. Il ne s'agit pas de s'opposer pour se poser, mais de découvrir que le désaccord n'est pas forcément désamour. Combien de fois dans les familles, un désaccord est perçu comme un manque amour. Et si violence il y a, bien réelle et tragique, c'est parfois parce que le désaccord n'a pas été exprimé, vécu en vérité.
Deuxième petite manière simple d'avoir une parole brulante...

2. Nous avons bien des difficultés à dire « non » à temps... Curieusement, bien des personnes prennent comme une attaque le fait qu'on leur dise ''non''.  Si on dit oui à répétition à des demandes réitérées, on finira par dire à l'autre : tu m'as envahi, alors que c'est moi qui ne suis pas parvenu à baliser mon territoire, à te dire non. Tu es la goutte d'eau qui fait déborder mon vase. Or c'est à moi à être responsable de mon vase : Il faut apprendre à dire non à temps, mais également la bonne personne. Que d'énergie consumée en plainte, récrimination plutôt qu'en vérité !

Voilà le feu que Jésus vient amener... Un amour inconditionnel qui sait dire non, qui peut ne pas être d'accord. Paul Claudel disait que l'Evangile était du sel, mais que nous en avons fait du sucre,
Nous pourrions dire aujourd'hui, que la parole de l'Evangile - une parole inconditionnellement ouverte - est du feu, mais que nous en faisons une parole de confort, simplement chaleureuse et de consensus...

Jésus nous demande clairement d'être des hommes et des femmes vrais, authentiques, des êtres de feu qui osent être en désaccord, pourvu qu'ils agissent en conscience, des êtres brûlants d'amour et qui osent dire non, pourvu que leur parole soit dite en vérité.

Nos refus et nos désaccords ne sont pas des marques de désamour. Parce que la radicalité de l'évangile est bien celle-ci : « Quoi qu'il arrive, quoique nous ayons fait, nous sommes fils et filles de Dieu. »  Je vous invite donc à vivre de cette parole de feu, signifiante et insignifiante.

Frères et sœurs, que le feu de l’Esprit-Saint enflamme nos cœurs et nous aide à traverser toutes nos divisions. Amen.

 
 

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