Texticules sur  Blaise Compaoré:  Son message compatissant n'enlève rien sur ce qu'il a fait
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BURKINA FASO :: Texticules sur Blaise Compaoré: Son message compatissant n'enlève rien sur ce qu'il a fait

Alassane Dramane Ouattara a sorti Ally Coulibaly, l’un de ses plus fidèles lieutenants, ministre conseiller spécial auprès du président de la république ivoirienne, et Blaise Compaoré a dépêché  Djamila.

Ça aurait pu être un de ses proches collaborateurs dans son exil abidjanais comme René Emile Kaboré mais en choisissant  sa fille, il semble avoir voulu donner une touche de dramatisation familiale et toute la gravité  à la chose. Un peu comme  dans les pays arabes quand les rois envoient leurs fils transmettre des messages de la plus haute importance.

Porteurs d’un message de l’ancien chef de l’Etat burkinabè au président Paul-Henri Sandaogo Damiba, les deux émissaires sont donc  venus hier à Ouagadougou, hasard de calendrier ou pas, alors que s’ouvrait à l’université Thomas-Sankara un colloque sur la vision du développement endogène de l’icône du CNR. Un message qui, soit dit en passant, était même déjà sur la place publique par le biais des réseaux sociaux avant que son destinataire ne le reçoive officiellement en fin de matinée.

On l’aura compris, l’adresse à ses compatriotes devait être faite lors de son récent séjour à Ouagadougou à la faveur de la rencontre de haut niveau initiée le 8 juillet dernier par l’actuel locataire de Kosyam avec ses prédécesseurs « sur des questions touchant à l’intérêt supérieur de la nation ». Un conclave qui, on le sait, n’a pas été un franc succès dans la mesure où sur les cinq personnalités attendues, seulement deux étaient là : Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Ouédraogo. Les trois autres, en l’occurrence Yacouba Isaac Zida, Michel Kafando et Roch marc Christian Kaboré, ayant été aux abonnés absents pour diverses raisons. Dans l’annonce faite hier, l’auteur affirme en effet que « ma présence parmi vous est plus qu’une joie, c’est un immense soulagement ».  

Pourquoi ne l’a-t-il donc pas lue ce jour-là ? Est-ce parce que le quorum du « club des ex » n’était pas atteint qu’il a remballé son affaire ou parce que son état de santé ne lui permettait pas de tenir un tel discours ? Peut-être y a-t-il un peu des deux à la fois !

Avec presque trois semaines de retard donc, l’ex-enfant terrible de Ziniaré a solennellement demandé pardon au peuple burkinabè pour tous les actes qu’il a pu commettre durant son magistère, « plus particulièrement à la famille de mon frère et ami Thomas Isidore Noël Sankara ». En lâchant le mot pardon, celui qui est hanté depuis 35 ans par le fantôme du défunt président du Conseil national de la révolution reconnaît (enfin ?) peut-être implicitement sa responsabilité dans l’assassinat du père de la Révolution démocratique et populaire. Un acte de contrition peut-être sincère, même si son auteur a refusé de passer sous les fourches caudines de la justice qui l’a condamné par contumace à la perpétuité le 6 avril 2022 à l’issue d’un procès qui aura duré six mois.

C’est, du reste, en vertu de cette peine qu’une partie de l’opinion exigeait son arrestation début juillet quand il a remis les pieds à Ouaga, presque huit ans après en avoir été chassé. Et il suffit d’entendre depuis hier les hurlements de cette même frange de la population pour comprendre que sa demande d’absolution est loin d’être acceptée. Au motif notamment que « la manière n’y est pas », que « c’est trop tard », que « c’est trop facile », que…que…que.

On peut bien lui accorder cette  « petite » faveur, quitte à transformer la Villa Kadhafi, qui était déjà en réfection sous Roch pour l’accueillir, en annexe cinq étoiles de la Maison d’arrêt et de correction des armées.

En vérité, quelle que soit « la manière », pour certains le crime commis par Blaise, qui a osé s’attaquer à une icône, est si inexpiable qu’il n’y a pas la moindre possibilité de rémission.

Et tant qu’il ne sera pas derrière les barreaux dans un cachot ou pendu à un croc de boucher, il n’aura pas de répit. Il faut pourtant qu’on y parvienne un jour pour exorciser les démons du passé, surtout que dans ces crimes liés à la violence en politique, on ne cessera de le dire, les saints des uns sont les diables des autres et toutes les victimes se valent, qu’on fût un leader révolutionnaire charismatique ou un réactionnaire de la pire espèce. Pendant combien de temps va-t-on encore continuer de ruminer ces haines recuites qui, en réalité, pourrissent même la vie de ceux qui les nourrissent ?

Maintenant donc que toutes ses initiatives semblent vouées à l’échec, il appartient au président de la Transition d’être à la hauteur de ses péchés en prenant le risque politique qu’il faut pour faire rentrer Blaise au bercail. Par le même fait du  prince, politique et non judiciaire, dont avait usé Mba Michel pour exhumer les dossiers emblématiques Sankara et Norbert. Mais comme c’était « pour la bonne cause », il ne s’est trouvé personne à l’époque pour relever que le premier magistrat burkinabè s’immisçait dans des affaires de justice.

Mais pendant que nous y sommes, et si le prestigieux exilé de Cocody-Ambassades prenait au mot Blandine,  une des sœurs de l’illustre disparu, qui a indiqué que pardon pour pardon « Blaise connaît bien où se trouve la famille Sankara» ? Eh bien, l’incriminé sait ce qu’il lui reste à faire : prendre son avion et venir voir les ayants droit de son « ami et frère » pour faire de vive voix son acte de contrition, lui qui,  en réalité,  n’aspire plus qu’à une chose dans l’état où il se  trouve, revenir définitivement au pays pour mourir en paix quand son heure aura sonné car dans la situation où il est, il est bien plus malheureux que celui qu’il est réputé avoir envoyé ad patres un après-midi d’octobre 87.

 

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