PREDICATION DU DIMANCHE 26 JUIN 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 26 JUIN 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : 1 Rois 19,16b.19-21 ; Galates 5,1.13-18 ; Luc 9, 51-62

Le contraste est total. Au moment même où s'ouvre le temps des grandes vacances, où des multitudes se ruent sur les autoroutes ou dans les aéroports pour partir au loin, avides de détente, de repos, de soleil, l'Evangile du jour, lui, nous montre Jésus qui décide de se rendre à Jérusalem où, il le sait, ses ennemis le mettront à mort.

Les uns partent vers le plaisir qui, idolâtré, risque de s'enliser dans l'égoïsme ; Jésus prend le chemin de la croix qui le conduira à la vraie Gloire.

Voilà déjà tout un temps que Jésus pressent sa fin tragique : pharisiens et scribes lui ont manifesté leur hostilité et par deux fois déjà, il a annoncé sa future Passion à ses disciples (Luc 9, 22 ; 9, 44). Le temps de la mission paisible à travers les villages de Galilée et dans les petites villes des bords du lac est achevé : l'heure est venue de monter à Jérusalem (Jérusalem étant sur une montagne et étant le "sommet" central d'Israël, on dit toujours qu'on y "monte").

Si vous vous faites une image du bon Jésus, bonne poire qui pardonne à l'infini en souriant toujours, si vous pensez que le chrétien doit toujours être gentil et jamais se fâcher, ces paroles de Jésus, tranchantes et sans appel, vous surprendront.

Si vous aimez être rassuré, si vous cherchez dans la religion les certitudes et la stabilité, cet évangile n'est pas pour vous. Ici, aucune fausse publicité. Jésus fait tout ce qu'il faut pour décourager de le suivre. C'est l'extrême opposé de la promotion des vocations : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Pour la promotion de la condition de disciple à plein temps, il est possible de trouver mieux.

En fait il est terriblement franc, il est terriblement clair, il est terriblement vrai. Nous le savons bien, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Le risque zéro n'existe pas et le succès n'arrive jamais sans une certaine prise de risque.

Le mariage à l'essai est une formule verbale. Que ce soit donc dans la vie affective ou dans la vie professionnelle, il est impossible de tout prévoir avant de s'engager. Je me souviens d'un étudiant qui avait affiché dans sa chambre en grosses lettres : « impossible de s'engager sans savoir et impossible de savoir sans s'engager ». J'aimerais savoir aujourd'hui comment il a résolu son énigme et ce qu'il est devenu.

La vie n'est pas seulement un don que l'on reçoit, c'est aussi une affaire à décider. Il en est de même pour le Royaume de Dieu, autrement dit pour le grand projet dans lequel le Dieu vivant se risque le premier, se risque au point d'en mourir, pour montrer que la mort n'existe pas.

Vous ne pourrez pas vérifier si la foi est vraie sans vous s'y engager totalement. Vous ne pourrez pas vérifier les promesses de l'amour sans vous y être engagé, à fond et totalement. Impossible de vérifier la résurrection si l’on n’a pas d'abord vécu, choisi la vie, défendu la vie, promu la vie de toutes les manières, à en mourir éventuellement ; impossible de ressusciter si l'on ne cesse de se protéger, de s'économiser, de se prolonger... si l'on ne vit pas en engageant toutes ses forces pour lutter contre les germes de mort qui nous empoisonnent partout.

Mais pour se lancer dans cette aventure, il faut y croire. Et pour y croire, il faut qu'il y ait quelqu'un qui trouve en son propre cœur les images et les mots pour en parler, quelqu'un qui donne corps à ses idées, quelqu'un qui veuille bien le vivre le premier, devant nous, comme témoin.

Imaginez l'oisillon dans son nid. Pensez-vous qu'il se jetterait un jour pour voler de ses propres ailes s’il n'avait jamais vu d'autres oiseaux déployer leurs ailes et s'élancer devant lui ?

Suivre Jésus, pour vivre avec lui, comme lui. C'est témoigner dans le concret de sa propre vie d'un dynamisme singulier, d'un élan de vie qui fait question, d'un parti pris de confiance qui ne peut s'expliquer que par une source ou un volcan, un socle ou un fondement, une présence jaillissante, celle de la Résurrection.

Suivre Jésus de Nazareth, c'est se risquer en témoin de l'impossible parce que Dieu est le maître de l'impossible. C'est affirmer que l'amour finira par triompher, parce que Dieu est amour. C'est affirmer que l'absolu existe et qu'il est à notre portée, parce que nous sommes limités et qu'il est donc possible de tout donner.

Suivre Jésus, c'est marcher sur les eaux parce que tout tient par le haut. C'est vivre cet état d'urgence dont parle l'évangile d'aujourd'hui, parce que le temps est court et qu'il est impossible de s'installer, pas même de prendre le temps de dire aurevoir, parce que seule importe la vie et que les vivants sont unis dans une communion qui transcende toutes les limites, toutes les distances, qu'elles soient celles de la géographie ou celles du temps.

Bien-aimés dans le Seigneur,

Je voudrais vous par ce matin du rétroviseur. Le rétroviseur est un instrument indispensable pour la conduite de tout véhicule. Il nous permet d'anticiper les mouvements de ceux qui nous suivent, de faire les manœuvres nécessaires. Et ce n'est pas pour rien que le code de la route exige depuis plusieurs années que tout véhicule soit équipé d'un rétroviseur intérieur et de deux extérieurs. Belle invention donc que le rétroviseur. Il nous facilite drôlement la vie lorsque nous conduisons. Si cet équipement est plus qu'utile pour tout véhicule, il semble qu'il n'en aille pas de même pour celles et ceux qui veulent inscrire leur vie en Dieu.

En effet, d'après les lectures de ce jour, Dieu ne semble pas aimer les gens qui vivent leur vie en regardant en arrière. Il nous attend dans la construction de nos vies, c'est-à-dire le regard tourné vers l'avenir, vers demain. Il nous convie à ne pas nous enfermer dans un passé à jamais dépassé.

Dans la foi, nous sommes appelés à devenir des visionnaires de la Création. Nous ne sommes pas poussés irrémédiablement par notre passé. Non, nous sommes tirés par notre avenir. La vie s'écrit en avant. C'est là qu'elle se réalise pleinement dans le projet divin. Les différentes images fortes utilisées par le Christ en disent long : " laisse les morts enterrer leurs morts " ou encore " celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu ". Ces phrases sont dures. Dieu le Fils est venu nous bousculer dans nos certitudes, dans nos paralysies, surtout celles qui affectent les autres et empêchent toute vision d'avenir. Un peu comme si Dieu n'aimait pas les " ont été ". Vous savez ceux qui ressassent le passé, qui justifient tous leurs actes d'aujourd'hui au nom de l'histoire.

Ces gens-là, comme le dirait Jacques Brel, ces gens-là, ces " ont été " conjuguent leur vie au passé composé. Ils se sont enfermés dans une marre de leur histoire alors que le fleuve continue de couler. Ils parsèment leurs phrases de " j'ai été ", " nous avons été " et ils pensent que parce qu'ils " ont été ", ils ont des droits acquis. Avec les " ont été ", aucune remise en question n'est possible puisqu'ils ne font référence qu'à leur passé, aussi glorieux ce dernier a-t-il pu être. Dès qu'il peut y avoir une évolution, un regard vers l'avenir les " ont été " s'indignent, crient à l'injustice. Ils ont un grand défaut : ils accusent toujours les autres sans pour autant se rendre compte que leurs propres accusations souvent dénoncent leurs propres conduites.

Les " ont été " vivent dans le passé, à ce point aveuglés dans leur présent, qu'ils sont incapables de voir et de comprendre l'avenir. Non pas qu'ils en sont exclus, plutôt ils s'en sont exclus de par leur propre attitude. En effet, les " ont été " sont souvent des entêtés. Et c'est pour toutes ces raisons-là que le Christ nous propose en méditation aujourd'hui des phrases aussi fortes de sens. Voulons-nous être des " ont été " entêtés qui n'acceptent pas de mourir à leurs projets pour en laisser naître d'autres ou désirons-nous écrire nos vies avec l'encre de Dieu c'est-à-dire tourner vers demain.

Le Christ ne nous laisse pas tellement le choix. Par définition, depuis l'instant de notre conception, nous sommes des êtres en devenir, jamais atteints, toujours en évolution. Le jour où nous nous arrêtons nous mourrons. Il est vrai qu'il est parfois plus facile de vivre sa vie au passé composé. C'est rassurant car ayant fait l'expérience, nous connaissons les tenants et aboutissants. Nous n'avons pas peur puisque nous regardons en arrière dans notre histoire. Nous vivons le déjà connu, le déjà vécu. Nous sommes emprisonnés dans notre passé. Or si le Christ, nous dit l’apôtre Paul, nous a libérés, c'est pour que nous soyons vraiment libres.

En Dieu, nous avons été appelés à la liberté. Une liberté tournée vers l'avenir, par amour, au service les uns des autres. Ne nous enfermons pas dans notre passé mais intégrons-le à nos histoires respectives. Reconnaissons qu'il est dépassé à jamais mais qu'il constitue la richesse de ce que nous sommes devenus. Libérons-nous de tous ces passés composés qui jalonnent nos existences, de tous ces pardons qui n'ont pu être donnés, de toutes ces blessures qui nous ont lézardé. Libérons-nous de tout ce qui nous empêche d'advenir, quittons tous nos masques des " ont été " pour nous tourner à jamais en Dieu vers l'avenir. C'est là que l'Esprit de Dieu nous accompagne.

Amen.

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