PREDICATION DU DIMANCHE 12 JUIN 2022: FÊTE DE LA TRINITE PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
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FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 12 JUIN 2022: FÊTE DE LA TRINITE PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Proverbes 8, 22-31 ; Romains 5, 1-5 ; Jean 16,12-15

La fête de la Trinité que nous célébrons aujourd'hui n'a été introduite dans le cycle de l'année liturgique qu'au 14°s. La mention d'un Esprit-Saint, légué par le Christ pour continuer sa mission, est cependant bien établie dans le Nouveau Testament. Déjà dans l'Ancien Testament, il était largement question d'un Esprit de Dieu, souffle créateur ou souffle donné aux prophètes dans leur œuvre de recréation d'une terre nouvelle et de cieux nouveaux comme y appelaient Esaïe et Jérémie.

La formulation doctrinale de la Trinité ne se fit cependant pas sans peine. Ravivée à l'occasion des querelles christologiques du 4°s., la question de la divinité de l'Esprit Saint et puis celle de la relation entre les trois personnes divines n'en finirent pas de susciter des controverses. Elles n'étaient pas finies au 11°s. où elle rebondit à l'occasion de la querelle sur le Filioque (cette petite ajoute, au 9°s., à notre Credo - qui pour le reste date du 5°s.- et selon laquelle nous disons que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils).

Loin d'y voir de vaines querelles, il faut y apprécier la patiente recherche pour approcher le mystère divin dans toutes ses dimensions. La fête de la Trinité apparaît comme une action de grâce de l'Eglise pour ce Dieu qui s'est révélé peu à peu dans l'histoire et qui veut continuer à être présent, à nous être présent.

Loin d'être un dogme abstrait, extérieur, le dogme trinitaire touche en effet intimement notre vie chrétienne. Non seulement nous sommes les bénéficiaires de cette relation (le Dieu-Fils se faisant proche de nous dans notre condition humaine et le Dieu-Esprit continuant de nous guider) mais, plus encore, nous y sommes impliqués : ce Dieu-Père devient notre Père (comme le rappelle l'épître), le Dieu-Fils nous associe à sa gloire, l'Esprit nous fait témoins du Père et du Fils pour le Monde. Nous sommes faits héritiers de cette relation trinitaire. Le signe de ce legs est le baptême qui, à son tour, nous engage à léguer à d'autres cette vie dans l'Esprit. C'est avec cette assurance et cet envoi en mission que le Christ lui-même termine sa mission (et que se termine d'ailleurs l'évangile de Matthieu).

Bien-aimés dans le Seigneur,

On raconte qu'un jour, Jésus s'adressa à Pierre par ces mots : « En vérité, Pierre, je te le dis : Y = aX² + bX + C ». Ce à quoi, Pierre répondit : « Heu...oui Jésus, mais ça veut dire quoi ? » et Jésus de lui rétorquer : « Tu ne peux pas comprendre, Pierre. C'est une parabole ».

Matthieu aura sans doute été plus à l'aise avec ces notions mathématiques, lui qui avait passé sa vie à compter pour mieux encaisser les impôts. Alors, aujourd'hui si le Christ revenait, il pourrait s'adresser à nous par ces mots : « vous avez appris qu'il a été dit que 1+1+1=3, moi je vous dis 1+1+1=1 ».

Nous serions sans doute un peu comme Pierre face à une telle affirmation. Cela nous démontre que la Trinité que nous célébrons en ce jour n'est pas une équation à résoudre mais un mystère qui se laisse découvrir non pas de manière mathématique mais plutôt par les sciences « partenatiques ». C'est une nouvelle science et je suis heureux de vous annoncer que j'en suis le père fondateur.

Oui, les sciences partenatiques peuvent nous apprendre à entrer dans le mystère de la Trinité. Je m'explique. Un être humain est né de la rencontre d'un homme et d'une femme. La relation est inscrite au cœur même de ce qui fait notre humanité. Il en va ainsi pour nous, comme il en va pour Dieu. Au fil des siècles, nous avons appris à rencontrer un Dieu en qui la relation est également inscrite. Il est Père, Fils et Esprit. Ils sont trois pour ne faire qu'un. Ils sont en relation et ne peuvent se passer l'un de l'autre. Sinon, Dieu serait un éclopé. Mais ce Dieu trinitaire auquel nous nous référons, ne se contente pas de lui-même, mieux encore, il semble ne pas pouvoir se suffire à lui-même.

Et c'est là que les sciences partenatiques deviennent intéressantes. Le Père qui s'est révélé à nous en Jésus-Christ et qui nous ouvre la voie de l'Esprit est en quête constante de partenariats. Nous avons été appelés à la Vie et nous sommes également invités à répondre à l'appel divin, c'est-à-dire à accepter d'entrer dans un processus de dynamique divine. Suite à l'événement de la Pentecôte, poussés par l'Esprit Saint, nous partons à la rencontre du Fils qui nous convie à mettre nos pas dans ses traces marquées du sceau de l'amour et ce Fils nous ramène toujours au Père.

Ni le Père, ni le Fils, ni l'Esprit ne se suffisent à eux-mêmes. Ils ont besoin l'un de l'autre. Ils sont partenaires l'un de l'autre et, en même temps, ils nous appellent à entrer dans une nouvelle forme de partenariat avec eux. Il est évident que Dieu est, mais en lui, le verbe « être » s'adjoint de la préposition « avec ». Dieu est toujours avec quelqu'un, c'est-à-dire avec nous. Il ne se contente plus d'une simple adoration, d'une prosternation.

En effet, les mages s'étaient prosternés devant lui à la crèche, les disciples se prosternent devant lui au moment où il les quitte. Le temps de la prosternation est dès lors dépassé. Dieu semble ne plus attendre nos prosternations. Il nous veut debout sur le chemin de nos vies et ce, même si nous sommes assis ou couchés. Être debout dans sa vie se décline de différentes manières.

Il s'agit tout simplement de continuer à être contagieux de Dieu là où nous en sommes dans nos histoires, où que nous nous trouvions sur notre chemin. La contagion divine a besoin de peu. Elle se nourrit d'un regard, d'un sourire, d'une parole d'amour, d'un geste de tendresse. Une caresse dit parfois tellement plus que des paroles vaines. Grâce à ce Dieu trois en un, nous n'avons plus à nous prosterner devant sa grandeur. Non, il a plutôt choisi de venir s'agenouiller auprès de nous pour entrer en relation avec nous et faire de chacune et chacun d'entre nous de véritables partenaires de sa Création.

Oui, reconnaissons-le, en toute humilité, Dieu a besoin de nous. Il ne nous veut pas en-dessous de lui comme si nous étions des êtres inférieurs. Il nous veut avec lui en partenaires responsables et pétris de sa divinité. N'est-ce pas le sens d'un des prénoms donnés au Fils, l'Emmanuel, Dieu avec nous ?

S'il est vraiment avec nous, à nos côtés, il passe alors également par nous. La fête de la Trinité nous fait ainsi entrer dans une dynamique divine où nous devenons les partenaires les uns des autres mais des partenaires privilégiés puisque c'est par l'amour que nous laissons la divinité éclater et chanter au cœur de notre humanité. Dieu est notre partenaire et nous sommes ses partenaires. Notre partenariat est une alliance qui nous lie à jamais.

Que cette réalité nous fasse, à l'instar de l'histoire de Noé, redécouvrir qu'un arc-en-ciel vit au fond de notre cœur. Cet arc-en-ciel intérieur est le signe même de cette alliance divine. Qu'il rayonne en nous pour que nous puissions à notre tour rayonner du Père, du Fils et du Saint-Esprit à chaque instant de notre vie. Amen

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