PREDICATION DU DIMANCHE 22 MAI 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 22 MAI 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Actes 15,1-29 ; Apocalypse 21,10-23 ; Jean 14, 23-29

Mes chers enfants, je vous quitte... Je vais tous vous bénir, sans exception, vous pour qui j'ai tant prié tous les jours de ma vie, pour que vous soyez des foyers heureux et chrétiens et que vous restiez tous unis ». Ces paroles, vous ne les avez sans doute jamais entendues même si elles nous en rappellent d'autres. Ce sont en fait les dernières paroles d’un grand-père à sa famille. Après avoir dit ces quelques mots, il a béni ses huit enfants puis s'en est allé tout en douceur et en confiance de l'autre côté de la lumière.

A suivi alors le temps de l'apprentissage de l'absence, d'un deuil à devoir faire pour continuer à vivre. Un chemin à découvrir pour ne pas l'enfermer dans les vestiges d'un passé à jamais révolu mais plutôt une occasion d'enraciner sa propre vie dans ce qu'il avait semé en chacun de ses enfants et petits-enfants. Il n'est plus de ce monde, il s'en est allé dans sa propre lumière. Et chaque fois que nous faisons l'expérience d'un deuil, ici sur terre, nous sommes forcés de faire ce type de chemin alors que souvent nous ressentons un vide, une grande absence, un profond silence.

Nous entendent-ils ? Y a-t-il vraiment quelque chose après cette vie ? Nous n'avons aucune certitude. Seulement une espérance. Seulement une foi en celui qui a dit à ses amis : « je m'en vais et je reviens vers vous ». Une phrase on ne peut plus paradoxale puisque le Christ dit en même temps : je pars et je ne pars pas. Nous avons l'impression qu'il dit une chose et son contraire.

En tout cas, il ne nous a pas menti quand il a dit qu'il partait. Un peu comme s'il nous disait, aujourd'hui encore, vous ne me verrez plus. Faites-vous bien à cette idée. Vivez sans ma présence visible. Sans doute que je vous manque. Vous aimeriez peut-être voir mon visage, être certain de mon humanité et de ma divinité, contempler en mon regard toute la tendresse du Père pour ses créatures. Tout cela vous y aurez droit mais seulement dans l'éternité. D'ici là, le Christ nous laisse la place c'est-à-dire que tout ce que nous ne ferons pas nous-même ici sur terre pour améliorer l'humanité, il ne viendra pas le faire à notre place. Il nous respecte et nous laisse notre autonomie. Il ne veut pas que nous soyons de simples automates. Il s'en est allé rejoindre le Père pour y préparer notre propre place, notre demeure éternelle.

Ne soyons pas bouleversés, nous vivons tout simplement la vie telle qu'elle a été envisagée dans le plan de Dieu. Il s'en est allé, c'est vrai. Mais en même temps, il reste à nos côtés. Il n'est pas tout à fait parti. Il est là, présent, proche de nous, nous accompagnant sur cette traversée. Il est maintenant présence invisible et pourtant perceptible. Sa présence est plus profonde, plus intérieure. Elle s'enracine au plus profond de ce que nous sommes. Dorénavant, par l'Esprit, Dieu a choisi de se poser en chacune et chacun de ceux qu'il aime.

L'Esprit poursuit son œuvre divine : il est ce souffle qui nous pousse à retrouver Dieu dans les traits de celui qui s'est perdu dans sa vie, qui s'est enfermé dans une solitude de laquelle il n'arrive plus à sortir, qui dans le monde aujourd'hui a faim, ou souffre de la blessure infligée par d'autres. Oui, Dieu le Fils est là, dans chacun de nos visages, dans l'étincelle de nos regards. Il est là, bien là. Mais nous ne pouvons le découvrir et le rencontrer qu'avec l'aide de son Esprit. Ce dernier, troisième personne de la divinité, est invisible et pourtant aussi fort que le vent (nous rappelle la seconde lecture).

Si Dieu est aujourd'hui encore à l'œuvre dans notre monde, c'est par l'intermédiaire de l'Esprit. Un Esprit respectueux de nos libertés, de nos décisions, de nos choix même s'ils ne vont pas dans le sens divin. Un Esprit qui nous accompagne et ne nous lâche pas. Il se réjouit avec nous dans le bonheur et nous soutient dans les moments plus difficiles.

Il est douce présence de Dieu sur notre terre. Dieu s'en est allé et pourtant il est toujours là. Il s'en est allé pour que nous puissions le chercher librement, l'aimer sans contrainte. Selon lui, notre dépendance à son égard n'a de sens que si elle est librement consentie, que si cet amour réciproque est une réponse personnelle liée à ce désir de vivre en lui. Mais en attendant un tel jour, Dieu ne *souhaite pas nous laisser dans une absence insupportable, insoutenable c'est pourquoi, depuis ce jour, Dieu l'Esprit est à nos côtés. A chacune et chacun de le trouver. Ne le cherchez pas au loin. Dieu l'Esprit est en vous et chez votre voisin.

Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Jésus ne manque pas d’humour noir. Il promet la paix à ses disciples alors que lui-même est menacé de mort. Et regardez dans l’église comment il nous est présenté : en croix. Comment un torturé peut-il nous offrir la paix ? Et comment les disciples peuvent-ils connaître la paix alors qu’ils seront tous rejetés par leurs proches et finalement mis à mort par les païens ? De quelle paix parle-t-on ?

Quand on parle de paix, on pense tout d‘abord à l’absence de guerre. Et pourtant ce n’est pas assez. On a connu la guerre froide qui est une période sans conflit armé, mais de graves tensions. Et on connaît cela dans certaines familles, dans certaines communautés : il n’y a pas de conflit ouvert, mais il y règne une tension lourde et pénible, des silences étouffants. La paix, c’est beaucoup plus que l’absence de guerre. Mais que dit la Bible ?

En hébreu, le mot paix se dit shalom. Il y a un curieux passage de l’Ancien Testament où le mot paix est utilisé trois fois. C’est quand le roi David invite son général Uri. Il lui demande comment va la shalom de Joab, le chef de l’armée, comment va la shalom de l’armée et la shalom de la guerre. C’est curieux : David demande comment va la shalom de la guerre. C’est parce que le mot shalom implique une idée de plénitude. La shalom, c’est ce sentiment de bien-être profond, de certitude intérieure qui nous permet d’affronter les difficultés avec sérénité. Cela ne supprime pas les problèmes, cela permet de les dépasser.

La shalom de Jésus pendant sa vie terrestre, c’est cette certitude qu’il a d’être aimé par son Père et d’être soutenu par lui. Voilà pourquoi il affronte la mort avec calme. Voilà pourquoi il peut donner sa paix à ses apôtres. C’est cette certitude d’être porté par l’amour du Père. Et les apôtres, et chacun d’entre nous, nous pouvons recevoir cette paix. Ce n’est pas une paix que l’on se donne à soi-même. C’est une paix que l’on reçoit de quelqu’un d’autre, comme la confiance en soi. J’ai confiance en moi parce que quelqu’un me fait confiance et, grâce à cela, je peux affronter les difficultés de la vie. Et cette confiance me permet de vivre dans la paix.

C’est pour cela que le geste de paix que nous échangeons quand nous nous rencontrons ou à la fin du culte est plein de richesse. Ce n’est pas seulement un geste d’amitié ou de sympathie, ni simplement un geste de réconciliation après une dispute. C’est la transmission de l’amour et de la confiance que Dieu me fait et que je transmets à mon voisin.

Nous aussi, plongeons dans cette tendresse divine qui nous donnera cette paix qui a porté Jésus durant sa vie terrestre et qui a lancé les apôtres sur les routes du monde.

Amen.

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