Création d’une région bassa : Paul Biya embarrassé par la Grande Sanaga-Maritime ?
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« Promouvoir cette ambition légitime dans l’opinion nationale ; intéresser nos Décideurs à sa pertinence opérationnelle ; persuader lesdits Décideurs de son utilité multisectorielle pour la nation ». Tels sont les  objectifs formulés en vue de la création de la région de la « Grande Sanaga Maritime ». « Demande collective » des « filles et fils de Ngog Lituba », ce projet est détaillé dans un plaidoyer publié par le célèbre universitaire Charly Gabriel Mbock. Le plaidoyer a été adressé au chef de l’État en juin 2020.

Deux facteurs sous-tendent la démarche des peuples Bassa'a-Mpo'o-Bati : les « acquis et requis ». S’agissant spécialement des acquis, « ce sont les atouts matériels et immatériels dont la Grande Sanaga-Maritime dispose déjà ». Sous ce vocable, Charly Gabriel Mbock fait précisément référence à « notre capital historique, administratif et politique, notre espace vital, sa viabilité économique et notre vitalité culturelle ».

Au plan historique, il se rappelle « qu’au commencement était la région de la Sanaga-Maritime, et que ses ressortissants, filles et garçons, ont joué un rôle décisif dans l’accession de notre pays à la souveraineté internationale ». La monographie présente la Grande Sanaga-Maritime comme « une réalité territoriale qui offre un immense espace vital de 18 200 Km2.3 ». La viabilité économique de cette espace tient entre autres à ses « riches terres (…) paisiblement occupées par des populations laborieuses ».

Arguments à faire valoir, les requis quant à eux doivent encore être soumis à « l’intelligence » de ceux qui n’ont pas encore rejoint la cause et dont certains exercent de hautes fonctions dans l’appareil d’État. Ceci, afin de « les persuader qu’ils gagnent avec nous, pour le Cameroun, à ce que la région de la Grande Sanaga-Maritime soit créée », développe l’universitaire. Aujourd’hui, ce qu’il est convenu d’appeler Grande Sanaga-Maritime est à cheval entre la région du Littoral et la région du Centre. Elle est constituée de deux départements à savoir d’une part la Sanaga-Maritime (chef-lieu Edéa) et d’autre part le Nyong-et-Kelle (chef-lieu Eséka) L’éclatement de la Sanaga Maritime s’est opéré dans un contexte de turbulences sociopolitiques qui ont poussé les Gouvernants de l’époque à punir par dislocation et fragilisation une région accusée de rébellion indépendantiste. Dans ce climat de lutte pour l’indépendance, cet éclatement par ailleurs inspiré et soutenu par une puissance coloniale fut un acte de guerre d’une brutalité inhumaine.

Demande embarrassante

Visiblement, force est cependant de constater que deux ans après avoir été posé sur la table du président de la République, le mémorandum n’a pas encore trouvé grâce aux yeux de Paul Biya. Peut-être le moment est-il mal choisi compte tenu du contexte global marqué par le renforcement du repli identitaire, et donc la remise en cause de l’unité nationale si chère au régime du « renouveau ». La guerre sécessionniste dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2016 en est la parfaite illustration de la crise de la nation camerounaise.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Paul Biya reçoit ce type de demande embarrassante du fait de leur caractère communautaire. L’on se souvient qu’en 2017 les parlementaires de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), guidés en cela par Patricia Tomaïno Ndam, avaient crié à l’« injustice » du fait que le département du Noun dans la région de l’Est ne soit pas érigé en une région à part entière.

« Au départ il y avait deux Régions à l’Ouest : la Région Bamiléké qui avait pour chef-lieu Dschang et la Région Bamoun dont le Noun était Foumban. Aujourd’hui nous nous retrouvons avec une Région de huit départements : l’ancienne Région Bamiléké affiche sept départements et l’ancienne Région Bamoun un département », avait déclaré celle qui était alors porte-parole des parlementaires de l’Udc. Cinq ans plus tôt, c’était aux élites du « Grand Mbam » (Mbam et Kim – Mbam et Inoubou) de réclamer la fusion des deux départements en une région autonome. Des personnalités comme Seyi Mama Matsang et Robert Mouthé Ambassa ont apporté leur caution à cette revendication jugée « légitime ».

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