Blessées de guerre
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Je discutais avec une ancienne copine que j’ai retrouvée dans mon calepin l’autre jour, mais elle ne faisait que me gronder, m’insulter, me menacer et même me vilipender. J’ai directement compris qu’elle était tout simplement devenue une blessée de guerre…

Je l’ai retrouvée dans mon calepin

J’ai une mauvaise habitude, quand quelqu’un m’énerve j’efface immédiatement son numéro ! Surtout celui des filles. Surtout celui des femmes qui te donnent leur contact pendant que tu leur achètes un gros plat de poisson braisé, mais qui ne vont jamais décrocher tes appels et qui ne daigneront même pas répondre à tes SMS.

Moi j’efface les numéros régulièrement parce que mon répertoire n’est pas une penderie. Mon téléphone n’est pas une garderie pour les numéros de téléphone en désespérance, surtout si c’est pour garder les contacts des personnes qui ne te servent strictement à rien. Et c’est ainsi que j’avais effacé le numéro de cette fille mais je l’avais quand même sauvegardé dans mon ordinateur, parce je perds souvent mes téléphones et c’est dans ma tablette que je récupère certains contacts que j’avais déjà égarés…

Elle travaillait dans un bar auparavant

C’était à la Cour suprême, à Makèpè. Ce n’est pas un tribunal hein, mais c’est un carrefour où les bars sont alignés les uns à côté des autres, un peu comme les gens s’agglutinent souvent là-bas dans nos prétoires et nos palais de justice…

Elle proposait son jus naturel aux clients qui s’asseyaient dans les buvettes pour boire leurs bières, et malheureusement elle n’en vendait pas beaucoup. Sauf lorsque ces derniers tenaient à la voir assise sur leur table, et alors là ils achetaient son jus d’ananas comme moi je l’avais fait au début lorsque je la baratinais encore.

Elle s’appelait Marisa. Elle était de teint très noir. Elle avait un adorable faciès et de jolis petits yeux, et finalement je peux m’imaginer qu’elle était vraisemblablement assez belle. Elle était toujours souriante avec les individus qu’elle prospectait, et je dois même reconnaître qu’elle leur apparaissait indiscutablement sympathique. Elle s’asseyait sur plusieurs tables à la fois, elle sifflait rapidement ses bières, elle rentrait certainement dormir avec quelques-uns des clients qui l’avaient séduite (ou alors qu’elle avait séduits), et puis elle revenait le lendemain matin comme si de rien n’était, pour recommencer le même manège.

On avait failli coucher ensemble

Failli seulement. Parce que pour vous dire vrai hein, je ne suis pas un garçon facile comme mon meilleur ami Pierre La Paix Ndamè. Mais c’est vrai que si j’étais le genre de type qui tire sur tout ce qui bouge, je l’aurai déjà déposée sur mon matelas dès la toute première rencontre. Mais au contraire je restais prudent, j’étais méfiant, j’étais méticuleux sur les sentiments qu’elle commençait à développer envers moi. Je voyais bien que c’était une fille qui avait déjà franchi la trentaine, et que si je me hasardais à vouloir jouer les forts aux fesses je tomberais instantanément dans son piège.

On a réellement failli coucher ensemble. Puisque je buvais régulièrement dans son bar, enfin, le bar où elle vendait ses jus d’ananas que presque personne n’achetait —sauf lorsqu’on voulait la déshabiller—, et que parfois elle me proposait de rentrer dormir avec moi dans ma maisonnette, et que moi je refusais catégoriquement et systématiquement !

Il y a même des matinées où elle m’invitait gentiment chez elle, mais je n’y allais jamais. Il y a des fois où elle se proposait de venir me faire la cuisine, la lessive, le ménage et tout le tralala, mais aucune de ces propositions ne me paraissait intéressante. Il y a la dernière fois où on s’est vu à la Cour suprême (pas au tribunal hein) et que je l’avais encore surprise avec un autre consommateur sur une table, et c’est là que j’avais définitivement coupé les ponts. Puis j’ai effacé son numéro parce que la mémoire de mon téléphone n’a rien à voir avec un almanach…

Elle est devenue une blessée de guerre

Honnêtement, ce n’est pas de ma faute si Marisa est devenue aujourd’hui une blessée de guerre. Sincèrement ! Et si ça se trouve, peut-être même qu’elle l’était déjà au moment où je l’avais rencontrée là-bas dans ses bars de Makèpè…

Ce n’est pas de ma faute si elle me gronde aujourd’hui, si elle m’insulte, si elle me menace ouvertement et si elle ose de surcroît me vilipender. Je pense même qu’elle doit certainement le faire avec tout le monde. Tous ses dragueurs ! Je pense qu’elle est devenue une sorte de désespérée du mariage qui ne croit plus en l’amour, et qui rejette les déboires de sa vie personnelle sur les hommes qui la côtoient actuellement, et en particulier sur tous ceux qui lui comptent fleurette.

Ce n’est pas de ma faute si elle a connu autant d’amants dans sa vie, et que finalement personne ne l’a épousée. Ce n’est pas de ma faute s’ils étaient charmants et romantiques au départ, pour devenir des crapauds et des salopards à l’arrivée. Ce n’est pas à cause de moi si elle a dû s’épuiser les reins pour rien. Ou bien sucer des cannes à sucre sans obtenir aucun résultat. Ou bien faires des enfants avec des papas non identifiés, habiter dans le concubinage avec des hommes irresponsables, ou encore se faire bastonner en public par des individus suffisamment violents et arrogants. Ce n’est pas de ma faute si Marisa est devenue aujourd’hui une blessée de guerre.

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