La sociologie du bar
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Beaucoup de gens pensent que les Camerounais sont remplis dans les bars parce que nous sommes de grands soûlards, mais ce n’est pas la seule explication. Car il y a un phénomène dans notre société que je définirais comme la sociologie du bar.

La sociologie de la drague

Les bars sont avant tout des lieux de drague et de baratinage, avant d’être des lieux de consommation de boissons alcoolisées. Puisque c’est là-bas que nous draguons les serveuses, c’est là-bas qu’on invite les nouvelles conquêtes pendant les tout premiers rendez-vous, et c’est surtout là-bas qu’on se laisse aller à faire de véritables nouvelles rencontres.
Les bars sont moins chers ! Ce n’est pas comme vos grands restaurants ou bien vos glaciers modernes, où tu es obligé d’avoir un volumineux porte-monnaie comme pour mon meilleur ami Pierre La Paix Ndamè, si tu espères conter fleurette à une nouvelle Cameruineuse. Alors que dans les bars la bière c’est seulement 650 francs CFA, le jus en plastique et la Malta c’est 500 francs CFA au maximum, et la bouteille d’eau minérale ça ne dépasse pas 400 francs CFA ! Et si en plus on ajoute le prix du poisson braisé et l’argent de taxi que tu devras remettre à la fille, tu vois bien que le bar te permet de gérer plusieurs rendez-vous dans la semaine malgré ton maigre petit salaire d’instituteur…

La sociologie de l’errance

Il y a ceux qui viennent dans les bars pour draguer, mais il y a aussi ceux qui viennent dans les bars parce qu’ils n’ont pas un autre endroit pour aller se reposer.

Je m’explique : les hommes mariés qui fuient leur domicile conjugal parce qu’ils ne souhaitent pas rencontrer leur épouse avant l’apparition de la pleine lune ; les sans-abris qui n’ont pas de domicile fixe ; les chômeurs qui sont à la recherche du travail ; les femmes célibataires qui cherchent à se faire draguer ; les enfants de la rue ; les commerçants ambulants ; les gens qui se sont donnés rendez-vous mais qui n’ont pas assez d’argent pour aller s’asseoir à la terrasse d’un café, afin de pouvoir discutailler tranquillement…

Il y a tout ça. Surtout que les bars sont situés à chaque coin de nos rues, et donc qu’il n’y a aucun effort à fournir si on veut en débusquer un. Surtout que les chaises sont installées au bord de la route, et que personne ne va venir te demander que « Mais je dis hein, qui vous a demandé de vous asseoir à cette table ? » Surtout que les Camerounais sont généralement conviviaux de nature, et ainsi les gens qui boivent sur l’autre table peuvent remarquer ton isolement et dire à la serveuse de rapidement te servir une bouteille de bière.

La sociologie de l’alcool

La bière, nous y sommes ! L’alcool. L’éthanol. Parce que beaucoup de gens pensent que les Camerounais sont remplis dans les bars parce que nous sommes de grands soûlards hein, et ils n’ont pas réellement tort ! Puisque les gens d’ici considèrent l’activité alcoolique comme une religion polythéiste. Puisque les gens d’ici sont suffisamment misérables pour ne jamais pouvoir manquer l’argent de la bière (vous avez bien compris). Puisque les Camerounais consomment de l’alcool afin de noyer leurs soucis, de se désinhiber, de se désaltérer, de s’ambiancer, de se congratuler, etc.

Les Camerounais considèrent ta capacité à ingurgiter des bouteilles de bière comme une sacrée performance, et d’ailleurs c’est même devenu un instrument de catégorisation sociale. Les Camerounais préfèrent consommer leurs bières dans les bars parce que c’est moins coûteux, bien sûr, évidemment, mais aussi parce que c’est là-bas que la majorité des soûlards se retrouvent. Et il y a un tel melting-pot dans ces endroits-là qui te permet de tapoter les fesses de la serveuse, de rencontrer des prostituées déguisées et d’ailleurs tu peux même insulter la gouvernance de Paul Biya entre deux gorgées de grande Guinness…

La sociologie du divertissement

Et enfin, c’est là-bas que nous on danse. Quand ta quantité de sobriété a volé en éclat au bout de quatre ou bien sept dames-jeannes de bières, tu te lèves avec ta bouteille et tu te mets à tournoyer au bord de la route avec les autres membres de votre charter. Tu commences à passer des coups de fil pour inviter tes meilleurs amis ꟷde bière, bien sûrꟷ et tes balles perdues à te rejoindre, et généralement ils rappliquent dans la même seconde. Et ensuite vous vous retrouvez en train de tournoyer au bord de la route avec votre bouteille de bière dans la main, parce qu’il n’existe pas de salle de cinéma dans notre Cameroun. Il n’existe pas de salle de théâtre. Il n’existe pas de championnat local de football de qualité intéressante, et enfin il n’existe ni un grand Mémorial, ni un vrai mausolée, ni un zoo ni un site touristique qui sont véritablement mis en valeur… Tsuip !

Il n’existe pas d’espaces de loisirs dans notre pays, en somme. Il n’existe pas d’innombrables lieux de culture. Il n’existe plutôt que des endroits de débauche mal famés, tels que les bars mal nettoyés et les gargotes mal entretenues. Mais puisque ce sont les seuls endroits de divertissement que nous possédons, qu’est-ce que vous pensez que nous y puissions, en réalité ?

La psychosociologie du bar

Donc beaucoup de gens pensent que les Camerounais sont nombreux dans les bars parce que nous sommes des ivrognes hein, mais là n’est pas la seule explication. Car il y a un phénomène dans notre environnement que je définirais comme la sociologie du bar.

La sociologie du sexe ! Parce que voyez-vous, la majorité des couples qui se retrouvent dans un bar vont terminer la soirée à l’horizontale, et généralement cela se passera dans une auberge.

La sociologie de la saleté ! Parce que figurez-vous que les toilettes des bars sont toujours insalubres et précaires, d’ailleurs ce sont des endroits idéaux pour l’installation et la propagation de plusieurs maladies. La sociologie du banditisme ! Parce que les braqueurs et les agresseurs ne sont jamais loin des bars à partir de 22 h 30…

Alors oui, les Camerounais sont effectivement des soûlards ! Mais nous allons aussi au bar parce que nous voulons parfois draguer, parce que nous voulons nous reposer ou alors parce que nous voulons nous divertir. Car il y a une volonté de nos dirigeants que je trouve vraiment malsaine, et que je redéfinirais ici comme la politique de l’abrutissement.

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