Emeutes de février 14 ans après, le Cameroun reste « un volcan en sommeil»
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Emeutes de février 14 ans après, le Cameroun reste « un volcan en sommeil» :: CAMEROON

Les 25, 26, 27 et 28 février 2008, le triangle national sombrait dans des violences urbaines d’une ampleur inédite.

Une double contestation politique et sociale jetait des milliers de Camerounais dans la rue. Ils entendent dénoncer le projet de révision constitutionnelle qui permet au chef de l'Etat, Paul Biya, de rempiler pour un nouveau mandat, et protester contre la hausse des prix des denrées de première nécessité. Face à cette révolte, les forces de maintien de l'ordre chargent, faisant plusieurs dizaines de morts. 

14 ans après, le Cameroun a du mal à panser ses plaies. 

D’autant plus que d’autres évènements douloureux, à l’instar de la guerre civile dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays ou encore la situation dans le Grand Nord sont venus s’ajouter à climat social déjà inquiétant.La controverse sur le bilan humain de ces émeutes reste vive 14 ans après. Le gouver- nement, dans un premier temps avait reconnu une vingtaine de morts, avant de revoir ce chiffre à la hausse, parlant de 40 morts, sous la pression d’une contre-enquête initiée par le Pr Maurice Kamto, alors Ministre délégué en charge de la Justice. 

Grèves et manifestations ont eu lieu à Douala, Yaoundé, Mbanga, Nkongsamba, Njombe-Penja, Loum, Dschang, Edéa, Limbé, Bafoussam, Foumbot, Bafang, Buéa, Bamenda, Kumba, etc. Les premières cibles des révoltes ont été les commerces et les services ; ensuite mairie, locaux des impôts et de la police, locaux de grandes sociétés agricoles et industrielles. C’est l’État et l’économie capitaliste qui sont ici attaqués. Dans tout le Cameroun il y a eu environ 3000 arrestations, selon les Ong de défense des droits de l’Homme, et on peut estimer qu’un peu moins de la moitié ont débouché sur des peines de prison ferme de trois à six mois. 

La Ligue camerounaise des droits de l’Homme estime qu’il y a eu au moins 139 morts. On compte de très nombreux blessés. Certaines arrestations ont donné lieu à des tortures, le droit a été bafoué dans les conditions de garde-à-vue, de jugement et emprisonne- ment. Quant aux familles de victimes, encore en attente que justice soit rendue, elles n’ont toujours pas pu faire le deuil. Une situa- tion d’autant plus dramatique que, comme le disait l’ancien Secrétaire Générale à la Présidence de la république, Titus Edzoa, au micro de Rfi, hier jeudi : « l’après-Paul Biya se prépare avec des luttes claniques autour du chef de l’Etat, qui n’augurent rien de très rassurant quant à l’avenir du pays ». Il est donc urgent que justice soit rendue pour réconcilier les victimes ou leurs proches avec les bourreaux afin de créer les conditions nécessaires permettant d’aller vers la paix civile. 

Cameroun un volcan en sommeil, Jean-Célestin Edjangué, l’Harmattan, 2010, 116 pages. J.-C.E.

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